Concert hommage aux victimes des attentats du 13 nov 2015

arte-concert-arts-de-la-scene-ballets-vod-critiques-classiquenewsCONCERT EVENEMENT pour les victimes du 13 nov 2015, demain vendredi 13 nov 2020, 20h. 5 aprĂšs le traumatisme perdure… Pour dĂ©passer la sidĂ©ration, sublimer l’insupportable tout en cĂ©lĂ©brant tant de vies assassinĂ©es par des barbares haineux, Louise Albertini a commandĂ© une nouvelle partition au compositeur libanais Bechara El-Khoury, en mĂ©moire de son fils StĂ©phane, fauchĂ© lors de l’attentat abject du Bataclan le 13 nov 2015 : une priĂšre musicale pour les victimes du terrorisme. C’est assurĂ©ment le point fort de la soirĂ©e concert Ă©vĂ©nement ; EnregistrĂ© en huis clos mardi 10 nov dernier Ă  la Philharmonie de Paris, mesures sanitaires obliges, le concert Ă©vĂ©nement en hommage aux victimes des attentats du 13 nov 2015 sera diffusĂ© sur ARTEconcert demain vendredi 13 nov Ă  20h. La partition ainsi crĂ©Ă©e et diffusĂ©e est rĂ©alisĂ©e par Isabelle Druet, mezzo soprano, sous la direction du chef PIERRE BLEUSE. Au programme : Symphonie n°31 en rĂ© majeur dite “PARIS” de MOZART / ” Il fait novembre en mon Ăąme “, crĂ©ation, de Bechara EL-KHOURY.

 

 

________________________________________________________________________________________________
VOIR le CONCERT sur ARTECONCERT : https://www.arte.tv/fr/arte-concert/

et sur le site de La Philharmonie de Paris.

 

 

 

6xlsy

 

 

 

 

 

 

 

 

Compte rendu, festivals 2016. Montpellier, festival Radio France. Les 11 et 12 juillet 2016. Karine Deshayes, Bataclan…

Compte rendu, festivals 2016. Montpellier, festival Radio France. Les 11 et 12 juillet 2016. Terre de fantasmes multiples le grand Sud Ă  Montpellier dĂ©ploie sa formidable lyre allusive. Notre correspondant et envoyĂ© spĂ©cial Pedro Octavio Diaz Ă©tait prĂ©sent pour plusieurs Ă©vĂ©nements artistiques mĂ©morables, les 11 et 12 juillet derniers. Compte rendu et bilan de l’édition montpeliĂ©renne du Festival Radio France dĂ©centralisĂ©, hors de la Maison ronde parisienne
 Compte rendu en 3 Ă©tapes, 3 programmes diversement Ă©valuĂ©s
 sous le filtre impertinent, critique de notre rĂ©dacteur globe trotter.

FESTIVAL RADIO-FRANCE MONTPELLIER – OCCITANIE. Du 11 au 26 JUILLET 2016. LES VOI(X)ES DE L’ORIENT. Le Sud est dans l’imaginaire de bien de cultures, synonyme d’un indĂ©nombrable fantasme. A la fois redoutable et Ă©merveillant, le Sud tout comme l’Orient, sont des Ă©pigones de la fascination. Le voyage vers le MĂ©ridion de la France et enivrant. DĂšs que le train file parmi les champs verts d’Ile de France, passant dans le feuillage enchĂąssĂ© des forĂȘts Bourguignonnes ou les collines mordorĂ©es du Lyonnais, on aperçoit dĂ©jĂ  une toute autre lumiĂšre. La coupe du soleil se renverse totalement sur les garrigues quasi-dĂ©sertiques du Vaucluse, et les mĂ©andres turquoises du RhĂŽne, juste avant de tourner vers NĂźmes et arriver au coeur de la ville de pierre blanche et palmiers qu’est Montpellier.

L’histoire a gĂątĂ© Montpellier, des Ă©tudiants de mĂ©decine du Moyen-Âge Ă  la citĂ© ultra-dynamique de l’Ăšre digitale, la ville des Ă©tangs est devenue un centre culturel nĂ©vralgique et musical en particulier. AprĂšs 31 annĂ©es de passion, le Festival Radio France Ă  Montpellier s’engage encore une fois dans la redĂ©couverte et la diffusion des talents prometteurs. Cette Ă©dition, Jean-Pierre Rousseau et son Ă©quipe ont pris les routes de l’Orient pour des voyages surprenants avec des escales dans toutes les nuances du spectre musical.

 

 

 

Ă©tape 1 : LUNDI 11 JUILLET 21h, OPERA BERLIOZ – LE CORUM
LES MILLE ET UNE NUITS

KARINE DESHAYES, mezzo-soprano
Orchestre national Montpellier Languedoc-Roussillon
Michael SchÞnwandt, direction
Lambert Wilson – rĂ©citant

MAURICE RAVEL  1875-1937
ShĂ©hĂ©razade –  Asie
NIKOLAÏ RIMSKI-KORSAKOV  1844-1908
Shéhérazade, La mer et le vaisseau de Sinbad
Le récit du prince Kalender
CARL NIELSEN 1865-1931
Aladin, Le rĂȘve d’Aladin
Danse de la brume matinale
La FlĂ»te d’Aladin
MAURICE RAVEL  1875-1937
Shéhérazade, La flûte enchantée
NIKOLAÏ RIMSKI-KORSAKOV  1844-1908
Shéhérazade, Le jeune prince et la jeune princesse
CARL NIELSEN  1865-1931
Aladin, La place du marché à Ispahan
MAURICE RAVEL  1875-1937
ShĂ©hĂ©razade, L’IndiffĂ©rent
NIKOLAÏ RIMSKI-KORSAKOV  1844-1908
ShĂ©hĂ©razade, FĂȘte Ă  Bagdad – La mer – Le Vaisseau se brise sur un rocher

 

 

L’Ouverture du livre d’images

Comme dans une estampe, les couleurs d’Ă©tĂ© envahissent les places et esplanades de Montpellier. Parmi les feuilles et les fontaines, la fraĂźcheur se faufile doucement. On se plairait Ă  ressentir la brise de la toute proche MĂ©diterrannĂ©e et qui gonfla jadis les voiles des navires qui partaient pour cet Orient aux cieux parfumĂ©s d’encens et Ă©toilĂ©s tels des voiles de soie.

Ce soir, les pages de la merveille littéraire des Mille et Une Nuits allait prendre place pour introduire le 31Úme Festival. Un incipit qui incite à redécouvrir les contes enchanteurs de la belle Shéhérazade et les aventures inachevées de ses personnages.

La musique a souvent fait appel Ă  ces fables persanes pour s’essayer Ă  l’Ă©vocation de l’Orient. Tant par la force de la parole, comme Ravel et les poĂ©sies de Klingsor et les rĂȘveries enivrantes de Rimski-Korsakov, la sensualitĂ© des Mille et Une Nuits en musique portent le trĂ©sor de l’exotisme et de la beautĂ©. Ajoutant tant du mĂ©rite que de la magie Ă  ce programme, la redĂ©couverte en France des pages de l’Aladdin de Carl Nielsen sont une surprise de taille. Le gĂ©nie Danois ne pouvait pas ĂȘtre Ă©cartĂ© d’une si belle Ă©vocation.

En effet, ce programme est composĂ© avec adresse, nous offrant Ă  la fois des piĂšces et musiques qui nous sont familiĂšres, mais aussi une dĂ©couverte qui, sans doute, passionnera les mĂ©lomanes pour Nielsen, un des grands compositeurs Danois. Pour certains, il est connu par son opĂ©ra Maskerade ou ses symphonies. Cependant son Aladdin prouve ĂȘtre un rĂ©el chef d’oeuvre de la musique narrative et allĂ©gorique. Nous recommandons notamment au lecteur le mouvement “La place du marchĂ© Ă  Ispahan”, avec ses quatre orchestres spatialisĂ©s, on se croirait au coeur des souks et des ruelles d’une mĂ©dina.

Karine Deshayes, cantatesPour ce concert, le voile s’est ouvert avec Karine Deshayes, au timbre riche de nuances et des contrastes essentiels Ă  Ravel. MalgrĂ© un manque de prosodie manifeste, nous sommes embarquĂ©s dans les rĂ©cits enivrants de ShĂ©hĂ©razade et des volutes de la musique de Maurice Ravel. Soliste Ă  son tour aussi, Lambert Wilson nous offre une voie ponctuĂ©e de poĂ©sie. Avec une dĂ©clamation enchanteresse et limpide, il dĂ©peint avec finesse une introduction allusive Ă  ce rĂȘve. Ses interventions nous rappellent Ă  la genĂšse littĂ©raire de ces nuits oĂč l’on survit par la passion du rĂ©cit et la soif de l’aventure.

Saluons vivement l’Orchestre National de Montpellier Languedoc-Roussillon et bien Ă©videmment ses chefs de pupitre. On y dĂ©couvre des phalanges aux mille et une couleurs. Dans Rimski-Korsakov et Nielsen il est Ă©vident que nous sommes face Ă  un orchestre manifestement au sommet. Le parcours de l’ONMLR, chaotique Ă  cause de la crise rĂ©cente, a survĂ©cu tel le phĂ©nix aux promesses des rĂ©cifs. Tel le navire de Sinbad il franchit les mers et nous mĂšne vers une multitude de dĂ©couvertes que nous souhaitons partager encore et encore. Nous remarquons notamment la sublime prestation de Dorota Anderszewska, premier violon super soliste de l’Orchestre, elle incarne la voix de ShĂ©hĂ©razade avec clartĂ© et sensualitĂ©. GrĂące Ă  ces formidables musiciens on a plaisir Ă  parcourir les belles pages de ce livre d’images que le programme nous propose. EspĂ©rons retrouver bientĂŽt cet orchestre au pinacle dans les plus grandes pages du rĂ©pertoire et aussi dans des redĂ©couvertes.

A sa tĂȘte, le chef Danois Michael SchĂžnwandt fait un travail fascinant d’orfĂšvre, notamment chez Nielsen. On y retrouve des sonoritĂ©s inattendues, et dans les pages de Rimski-Korsakov, il nous dĂ©voile des surprises bien cachĂ©es avec des tempi enthousiasmants.  A la fin, nous avons la joie de redĂ©couvrir en Bis, la “Grande Marche Orientale” de l’Aladdin de Nielsen, un salut musical qui promet des nouvelles surprises pour la suite du festival. En rentrant, au loin, perce d’une façade la lueur d’un abat-jour, serais-ce une moderne ShĂ©hĂ©razade qui se plaĂźt Ă  la rĂȘverie ou Ă  l’Ă©vocation?

 

 

 

Ă©tape 2 : MARDI 12 JUILLET 2016 – 18h, SALLE PASTEUR – LE CORUM

Jacques Offenbach
BA-TA-CLAN

FĂ©-an-nich-ton – StĂ©phanie Varnerin – soprano
FĂ©-ni-han – RĂ©my Mathieu – tĂ©nor
KĂ©-ki-ka-ko – Enguerrand de Hys – tĂ©nor
Ko-ko-ri-ko – Jean-Gabriel Saint-Martin – baryton

AgnĂšs PagĂšs-Boisset – piano
Jean-Christophe Keck – direction

 

 

Le voyage se poursuit, aprĂšs avoir passĂ© par les encens de Bagdad, place Ă  la chinoiserie rĂȘvĂ©e des Boulevards parisiens.

KECK jean christophe keck operas offenbach les contes d hoffmann opera classiquenews 3_Offenbach_enchanteur_Jean-Christophe_KeckOn se plairait Ă  parler des concordances onomastiques sur le titre de l’oeuvre redĂ©couvertes ce 12 juillet Ă  Montpellier, mais que l’on nous excuse de passer sous silence toute corrĂ©lation. Ce n’est pas par les effusions que l’on rend hommage aux trĂ©passĂ©s, mais par le silence du recueillement.  Saluons l’enthousiasme et la vitalitĂ© du Festival Radio-France de Montpellier qui retrouve pour son public les trĂ©sors du passĂ© et les rend Ă  des nouvelles lumiĂšres. Aussi nous aimons Ă  voir jaillir, grĂące Ă  la vision du Festival, des nouveaux talents.

Pour les retrouvailles de Ba-ta-clan, c’est une belle Ă©quipe qui s’offre Ă  nous, afin de donner une nouvelle vie Ă  ce petit opĂ©ra comique d’Offenbach, son premier grand succĂšs. Ba-ta-clan a tout de la fantastique imagination du gĂ©nie comique du Second Empire. La musique est pĂ©tillante et le crescendo de l’intrigue nous mĂšne tout droit vers un des dĂ©nouements les plus comiques de sa production. En effet, tous “les chinois” de cette partition s’avĂšrent ĂȘtre des Français dĂ©guisĂ©s.  De quoi alimenter la satyre politico-sociale pour une Ă©poque qui savait bien l’autodĂ©rision.

Finalement, comme dans l’intrigue, tous les chanteurs “chinois” sont bel et bien Français. Et c’est la fine fleur du chant Français qui nous offre une interprĂ©tation dĂ©sopilante et sensible au style. Incarnant le seul rĂŽle fĂ©minin, StĂ©phanie Varnerin nous rĂ©jouit par une voix claire, gĂ©nĂ©reuse, agile. Tout autant, le tĂ©nor Enguerrand de Hys, campe un KĂ©-ki-ka-ko, dĂ©sopilant de la premiĂšre Ă  la derniĂšre note. Ce jeune tĂ©nor, rĂ©vĂ©lation de l’ADAMI, se rĂ©vĂšle ĂȘtre un acteur complet et; il nous ravit lors du Ba-ta-clan final par une allĂ©gorie de trompette trĂšs rĂ©ussie. De mĂȘme son interprĂ©tation ne dĂ©mĂ©rite pas dans la richesse de son timbre qui est tour Ă  tour cristallin et veloutĂ©, un bel Ă©quilibre. Avec un accent de Brive-la-Gaillarde voulu par son personnage, le tĂ©nor RĂ©my Mathieu nous propose un FĂ©-ni-han aux couleurs multiples qui ajoutent une magie spĂ©ciale Ă  son personnage de souverain incompĂ©tent. Portant sur son visage le masque du terrible gĂ©nĂ©ral Ko-ko-ri-ko, Jean-Gabriel Saint-Martin est parfait et notamment dans le duo franco-italien avec FĂ©-ni-han. Le talent incontestable de cette joyeuse troupe nous fait constater encore une fois, que le chant Français a une relĂšve certaine et qui nous ouvre des voies nouvelles dans l’interprĂ©tation. Avec un Ă©gal talent, nous sommes admiratifs par la formidable prestation de Anne PagĂšs-Boisset,qui interprĂšte au piano la partition d’orchestre d’Offenbach sans perdre ni l’Ă©nergie, ni le rythme ni l’esprit.

A la tĂȘte de cette joyeuse troupe, le grand passionnĂ© d’Offenbach Jean-Christophe Keck nous propose un Ba-ta-clan rafraĂźchi, incandescent, empli de joyaux inoubliables qui demeurent dans la tĂȘte bien aprĂšs la fin de l’opĂ©ra comique.

Dans l’attente de la reconnaissance d’Offenbach comme l’un des grands gĂ©nies lyriques de la musique Française, continuons Ă  le redĂ©couvrir avec Jean-Christophe Keck. ambassadeur engagĂ©s, passionnant.

 

 

 

Ă©tape 3 : MARDI 12 JUILLET 2016 – 20h30
LA SYMPHONIE FANTASTIQUE 

MAURICE RAVEL 1875-1937
Concerto pour piano en sol Majeur 

HECTOR BERLIOZ 1803-1869
Symphonie fantastique opus 14
Épisode de la vie d’un artiste en cinq parties
RĂȘveries – Passions
Un Bal
ScĂšne aux champs
Marche au supplice
Songe d’une nuit de sabbat

Lucas Debargue, piano
Orchestre National du Capitole de Toulouse
Tugan Sokhiev direction, remplacé par Andris Poga

 

 

Les détours 

Un festival est l’occasion de rencontres et de dĂ©couvertes. La thĂ©matique d’un festival est aussi ce que serait une boussole pour l’explorateur dans une jungle infranchissable. Le Festival Radio-France de Montpellier s’est toujours dĂ©marquĂ© par le respect de sa thĂ©matique et de ses dĂ©clinaisons en propositions Ă  l’imagination passionnante. C’est pourquoi l’on s’Ă©tonne du programme du concert du soir du 12 juillet. S’il est vrai que faire une entorse au parcours thĂ©matique est souvent nĂ©cessaire pour faire une respiration dans la suite des programmes, un tel dĂ©tour Ă©tait-il pertinent?

Dans la nouvelle configuration rĂ©gionale, Toulouse et Montpellier sont les deux piliers et aussi les deux rivales culturelles du grand sud-ouest de la France. Le Capitole et l’OpĂ©ra ComĂ©die se font face mais sont tout aussi riches par les moyens et la programmation. Convier au grand Festival de Montpellier l’Orchestre du Capitole scelle la volontĂ© d’intĂ©gration culturelle de la nouvelle Occitanie.berlioz-hector-dessin-michael-leonard-1980De mĂȘme, ce concert offre l’occasion Ă  Montpellier d’accueillir la premiĂšre interprĂ©tation du Concerto en sol de Ravel au jeune Lucas Debargue. Ce pianiste a suscitĂ© une vĂ©ritable passion auprĂšs des mĂ©lomanes depuis son triomphe au concours Tchaikovsky. Depuis, on constate que son agenda doit se remplir avec un ressac incessant de sollicitations. Il est vrai que son Concerto en sol a Ă©tĂ© techniquement irrĂ©prochable. En admettant que la musique est un art plus qu’une exactitude scientifique, alors la muse Erato devait vaquer ailleurs. MalgrĂ© des gestes Ă  l’enthousiasme Ă©tudiĂ© qui ont davantage polluĂ© l’interprĂ©tation qu’ajoutĂ© un rĂ©el raffinement, nous remarquons que Monsieur Debargue semble plutĂŽt vouloir gesticuler comme une “cĂ©lĂ©britĂ©” du piano que partager une Ă©motion. Tel est, hĂ©las, souvent le lot de la perfection technique, la beautĂ© froide, l’univers impĂ©nĂ©trable mais un dĂ©faut de partage, de gĂ©nĂ©rosité . osons dire : de simplicitĂ© musicale ?

AprĂšs les applaudissements, “pour les fauteuils au fond de la salle”, M. Debargue nous propose un Menuet sur le nom d’Haydn en “bis”. Cette sublime piĂšce de Ravel devient ainsi une sorte de prĂ©texte aux ovations.

En deuxiĂšme partie, l’Orchestre du Capitole nous propose une Symphonie Fantastique aux accents de dĂ©jĂ  vu. Le rĂ©chauffĂ©, heureusement comporte des saveurs intĂ©ressantes grĂące Ă  la direction incandescente et prĂ©cise d’Andris Poga. Finalement, l’indisposition du maestro Sokhiev, nous fait dĂ©couvrir un chef Ă  l’esprit narratif perçant et aux multiples facettes de coloriste. Que ce soit dans Ravel ou dans Berlioz, Andris Poga se fond dans la musique et offre au Capitole une belle occasion de nous surprendre.

Ce dĂ©tour des routes de l’Orient semble un peu surprenant et finalement dĂ©cevant. MalgrĂ© tout, nous poursuivons la route des Orientales promesses en quittant Toulouse et ses briques roses sans regret.

31Ăšme fĂȘte de Radio France dans cette citĂ© de pierre blanche et de soleil, la leçon de l’Orient nous rĂ©jouit. On se plait Ă  ouvrir mentalement le coffret de santal des musiques inconnues murmurĂ©es par les sables et les dunes. Ou bien en imaginant des fables sous les arpĂšges des musiques insoupçonnĂ©es.
Et le train qui prend le cap vers les plaines de l’Île de France traverse encore et toujours un pays qui a toujours rĂȘvĂ© des contrĂ©es oĂč le soleil ne se couche pas.

 

 

 

Montpellier. Ba-ta-clan d’Offenbach, hommage aux victimes du terrorisme

offenbachMontpellier, mardi 12 juillet 2016. Offenbach: Ba-ta-clan. La culture et l’opĂ©ra engagĂ©s, tels qu’on les aime. PassionnĂ©ment. BA-TA-CLAN, ou trois syllabes, rempart contre la barbarie, ou manifeste pour le vivre ensemble rĂ©sistant, rĂ©solument, viscĂ©ralement pacifiste, fraternel et humaniste. Un nouveau triptyque qui inscrit la musique et l’opĂ©ra, le chant et le travail collectif du spectacle tel l’appel Ă  vaincre le terrorisme
 BA-TA-CLAN ou libertĂ©, Ă©galitĂ©, fraternitĂ© : mĂȘme combat. Jamais Offenbach n’aurait imaginĂ© pareil destin pour son Ɠuvre dont la conjonction du titre avec la rĂ©cente actualitĂ©, fait aujourd’hui la brĂ»lante expressivitĂ©. Le festival de Montpellier ose cet Ă©tĂ© un hommage musical pourtant juste : « Ba-ta-clan, en hommage Ă  toutes les victimes du terrorisme ». Car il ne faut pas oublier ce qui a Ă©tĂ© commis. Car il faut absolument s’élever contre toute atteinte Ă  notre dĂ©mocratie et faire de notre culture, une action concrĂšte de rĂ©sistance. VoilĂ  pourquoi classiquenews souligne la pertinence de cette production au sein de l’agenda plutĂŽt copieux de l’étĂ© 2016.

Offenbach: Ba-ta-clan
Montpellier, mardi 12 juillet 2016, 18h
Le Corum, salle Pasteur

Entrée libre dans la liste des places disponibles
Diffusion en directe sur France Musique
Billetterie, réservations recommandées :
AU +33 (0) 4 67 02 02 01
Du lundi au vendredi de 10h Ă  12h et de 14h Ă  18h.

Synopsis. L’action se dĂ©roule dans une chine des plus fantaisistes – Pays de ChĂ©-i-no-or – dans les jardins du palais de l’Empereur FĂ©-ni-han dit ” Roi en son palais ” . Ko-ko-ri-ko, chef de la garde conspire contre l’Empereur. Offenbach imagine d’emblĂ©e une scĂšne d’ouverture oĂč le chinois de mise s’élĂšve tel un galimatias incomprĂ©hensible, source d’onomatopĂ©es redoutables pour les chanteurs


La princesse FĂ©-an-nich-ton, lectrice de romans français, est visitĂ©e par le mandarin KĂ©-ki–ka-ko, tous deux s’aperçoivent qu’ils sont français : KĂ©-ki-ka-ko est en rĂ©alitĂ© le Vicomte Alfred de CĂ©risy qui fit un jour naufrage sur les cĂŽtes chinoises et FĂ©-an-nich-ton est une chanteuse lĂ©gĂšre c’est Ă  dire Virginie Durand capturĂ©e par les soldats de FĂ©-ni-han lors d’une tournĂ©e en ExtrĂȘme-Orient. Ils Ă©voquent avec nostalgie la vie parisienne Ă  jamais perdue


L’Empereur FĂ©-ni-han chasse les conspirateurs ; il est lui aussi en proie au spleen car il partage le sort de la princesse et du mandarin : lui aussi est français, natif de Brive-la-Gaillarde 
 il s’appelle en rĂ©alitĂ© Anastase Nourrisson et dĂ©cide lui aussi de rejoindre la France et Paris.

Les fuyards FĂ©-an-nich-ton et KĂ©-ki-ka-ko sont arrĂȘtĂ©s par Ko-ko-ri-ko qui exige en italien Ă  l’Empereur leur exĂ©cution. Mais Virginie et Alfred chantant La Ronde de Florette, FĂ©-ni-han s’en Ă©meut et reconnaissant des compatriotes, enjoint pour les sauver Ă  Alfred de prendre sa place comme Empereur afin de lui permettre de rejoindre Paris illico.
Mais KĂ©-ki-ka-ko / Alfred, refuse et chante le Ba-ta-clan, l’Hymne des conjurĂ©s. MĂȘme l’Empereur entonne le chant qui est Ă©crit contre lui. Sur ces entrefaits, on apprend que Ko-ko-ri-ko est lui aussi d’origine française : nĂ© rue Mouffetard, maison de la blanchisseuse ; il est prĂȘts Ă  les aider dans leur fuite pourvu qu’il puisse ” fĂ©-ni-hantiser ” Ă  la place de I’ Empereur.

BientĂŽt des escales / relais, de PĂ©kin Ă  Pantin sont organisĂ©s ; dans leur bonheur, les fuyards chantent une derniĂšre fois le motif du Ba-ta-clan : hymne fraternel pour la libertĂ© et l’émancipation; marquant le retour Ă  la vraie vie.

Le chant du Ba-ta-clan, hymne à la liberté et à la révolte

Sous couvert de comĂ©die fantaisiste, Ba-ta-clan Ă©gratigne le pouvoir et la sociĂ©tĂ© française, en 1855, soit 3 ans aprĂšs le coup d’Etat qui a instituĂ© l’Empire aprĂšs la RĂ©publique. Virage dĂ©mocratique des plus brutal qu’Offenbach n’oublie pas de dĂ©noncer avec une subtilitĂ© musicale et poĂ©tique que Ba-ta-clan illustre avec dĂ©lire et aplomb dramatique. L’Empereur FĂ©-ni–han (« faineant ou fait hi-han ? ») cible la figure emblĂ©matique de ce Second Empire fantĂŽche, le Prince Louis NapolĂ©on. Pour se faire Ă©lire PrĂ©sident de la RĂ©publique française, Louis NapolĂ©on sut paraĂźtre masquĂ© sous le masque du parfait benĂȘt, neutre et sans relief. Comme le prĂ©cise le texte de prĂ©sentation de cette production Ă  Montpellier : « Victor Hugo, lui-mĂȘme ne cachait pas ses prĂ©fĂ©rences pour ” un fainĂ©ant, un automate qui soit leur crĂ©ature ».

Dans leur livret Offenbach et Halevy dilue davantage leurs pics satiriques en rĂ©servant au personnage du jeune coq français, Ko-ko-ri-ko ce chant italiano-chinois, mixte propre Ă  dĂ©router lĂ  encore les esprits affĂ»tĂ©s et critiques. Cour nonchalante et molle (aboutissant au dĂ©sastre de 1870), la Cour de NapolĂ©on III, FĂ©-ni-han, Ă©pingle un Second Empire oublieux, et nĂ©gligent : en particulier Ă  l’endroit du demi-frĂšre de Louis NapolĂ©on, le Duc de Morny, ainsi que pour ceux qui l’aidĂšrent Ă  rendre possible le Coup d’Etat de 1852.

Irresponsables et plutÎt individualistes, les personnages de Ké-ki-ka-ko et Fé-an-nich-ton incarnent deux parisiens du boulevard qui se détachent des contingence de politique générale pour mieux réussir leur propre fuite.
C’est pourtant le chant de la rĂ©volte qui est aussi appel Ă  la libertĂ©, le Ba-ta-clan qui les rĂ©unit tous, y compris l’empereur, prĂȘt Ă  entonner l’hymne qui lui est directement hostile. C’est peut-ĂȘtre cette absence de conscience et de responsabilitĂ© qu’Offenbach et HalĂ©vy dĂ©noncent en profondeur.
Une responsabilité et une conscience démocratique qui font défaut aussi en ce début du XXIÚme siÚcle.
Ba-ta-clan est une farce chinoise aux enjeux politiques plus affĂ»tĂ©s qu’il n’y paraĂźt. Production lyrique Ă©vĂ©nement Ă  Montpellier.

Festival de Radio France et Montpellier 2016

JACQUES OFFENBACH (1819-1880)
Ba-Ta-Clan
Chinoiserie musicale en 1 acte (1855)

Livret de Ludovic Halévy
Version de concert
Édition critique de Jean-Christophe Keck

Stéphanie Varnerin, soprano,  Fé-an-nich-ton
Rémy Mathieu, ténor,  Fé-ni-han
Enguerrand de Hys, ténor,  Ké-ki-ka-ko
Jean-Gabriel Saint-Martin, baryton,  Ko-ko-ri-ko

Anne PagĂšs-Boisset, piano
Jean-Christophe Keck, direction
En hommage Ă  toutes les victimes du terrorisme

Dans le cadre de la journĂ©e “À pleines voix”