Rain de Anne Teresa De Keersmaeker sur Arte

keermaeker de anna teresa danse rain classiquenews Anne Teresa De Keersmaeker (c) Herman Sorgeloos 2011_2arte_logo_2013Télé. Arte. Rain, De Keersmaeker: 1er novembre 2015, 23h50. Anne Teresa De Keersmaeker ne cesse de renouveler la langue chorégraphique contemporaine. Flamande de cœur c’est à dire addict à la modernité tragique, celle qui depuis Pina Bausch mêle étroitement théâtre et danse. Tout corps ne peut se mouvoir sans (s’) émouvoir, sans dénoncer, exulter, crier, exprimer une situation souvent tendue voire tragique. Formée à l’école muera fondée par Béjart à Bruxelles, la flamande, souveraine de la danse en Belgique découvre à New York, la rythmique entêtante, hypnotique de Steve Reich.

Du 21 octobre au 8 novembre 2015, Anne Teresa de Keersmaeker présente au Palais Garnier à Paris, sa nouvelle création : Bartok / Beethoven / Schönberg. Rain diffusé sur Arte est aussi créé à Paris en 2001 sur la partition de Reich : Music for 18 musicians. Inspirée aussi du roman de Kirsty Gunn, Keersmaeker cultive un geste d’une suprême liberté de mouvement ; les corps vêtus par le styliste Dries Van Noten exultent comme sous la pression d’une menace murmurante, présente et presque imperceptible. Rain marque la 3ème collaboration de Keersmaeker avec Steve Reich (après Fase,en 1982, et Drumming de 1998). Le temps, l’espace, le déplacement du corps comme élément narratif composent une approche critique de la danse contemporaine et font ici une écriture très personnelle. Rain est le premier ballet écrit par Anne Teresa de Keersmaesker pour l’Opéra de Paris.

arte_logo_2013Télé. Arte. Rain, Anne Teresa De Keersmaeker (2001). 1er novembre 2015, 23h50. Le prochain nouveau ballet de De Keersmaeker programmé à l’Opéra de Paris : Bartok / Beethoven / Schönberg est diffusé le 5 novembre 2015 sur Arte Concert.

 

Compte rendu, danse. Paris. Palais Garnier, le 24 octobre 2014. Anne Teresa de Keersmaeker : Rain. Marc Moreau, Letizia Galloni, Adrien Couvez, LĂ©onore Baulac… Ballet de l’OpĂ©ra de Paris. Steve Reich, compositeur. Synergy Vocals, Ensemble Ictus. Georges-Elie Octors, direction musicale.

keersmaker anna teresa de keersmakerLa danse d’Anne Teresa de Keersmaeker revient Ă  l’OpĂ©ra de Paris pour les dernières semaines de prĂ©sence in loco de Brigitte Lefèvre, comme directrice sortante du Ballet de l’OpĂ©ra National de Paris. Rain, crĂ©Ă© par la chorĂ©graphe flamande en 2001, fait son entrĂ©e au rĂ©pertoire du Ballet en 2011, l’oeuvre est maintenant reprise pour la première fois. Deux distributions sans Etoiles interprètent la pièce contemporaine sur la musique pĂ©tillante et obsessionnelle de Steve Reich, jouĂ©e par l’Ensemble Ictus avec la participation de Synergy Vocals. Anne Teresa de Keersmaeker est l’une des figures marquante du monde de la danse actuelle. Particulièrement jouĂ©e en France, malgrĂ© une absence notoire Ă  Paris, sa danse aux allures Ă©clectiques est en rĂ©alitĂ© un produit unique, issu de la relation de la chorĂ©graphe avec la musique et de son souci Ă©vident pour la forme et les formes. Elle se veut maĂ®tre des mouvements, lignes et angles d’un monde au chaos. Pour Rain, « danse de la pluie », il s’agit d’une Ă©tude impressionnante de formes gĂ©omĂ©triques et formules mathĂ©matiques dans une forme chorĂ©graphique savante et de grand rigueur. Cette soirĂ©e d’automne  invite sur scène 10 danseurs, Sujets, CoryphĂ©es et Quadrilles confondus. Une vĂ©ritable opportunitĂ© pour de jeunes danseurs d’explorer un langage et un rĂ©pertoire loin de l’acadĂ©misme classique qu’ils maĂ®trisent par ailleurs si bien.

 

La danse d’Anna Teresa de Keersmaeker revisitĂ©e

Le Ballet de l’OpĂ©ra National de Paris n’est pas la compagnie Rosas (crĂ©atrice de l’œuvre). Il semble donc curieux de vouloir comparer ce que les crĂ©ateurs ont fait en 2001 avec la performance de nos danseurs parisiens. Les individualitĂ©s caractĂ©ristiques de la compagnie de la chorĂ©graphe sont bien Ă©videmment absentes. Voici une troupe classique, peut-ĂŞtre la meilleure au monde, essayant de se libĂ©rer des contraintes et dogmes qui dĂ©corent l’Ă©difice de la danse classique. Une programmation et un conditionnement artistique qui ne se transforme pas facilement, surtout quand le maintien d’une qualitĂ© et d’une tradition historique est l’un de ses piliers. En l’occurrence, l’attrait de la chorĂ©graphe pour les contrastes et les contradictions semble s’accorder parfaitement avec la situation. Mais qu’est-ce que cela donne ? Commençons par la fin. Nous avons Ă©tĂ© surpris de la standing ovation que le public ensorcelĂ© a si gĂ©nĂ©reusement offert aux danseurs, après 1h10 des mouvements perpĂ©tuels sous la musique rĂ©pĂ©titive mais protĂ©iforme et riche de Steve Reich. Remarquons dĂ©jĂ  Ă©galement la prestation fabuleuse de l’Ensemble Ictus et de Synergy Vocals interprĂ©tant la pièce devenue l’emblème de Reich « Music for 18 musicians ».

Quant aux danseurs leur prestation est idĂ©alement exaltante ! La danse audacieuse de la chorĂ©graphe est interprĂ©tĂ©e avec une attention indĂ©niable Ă  la beautĂ© des gestes. ImmĂ©diatement nous sommes frappĂ©s par un Marc Moreau (Eros de rĂŞve dans le PsychĂ© de Ratmansky du 19 juin dernier -2014- Ă  l’OpĂ©ra de Paris) glissant mais dĂ©sarticulĂ©, Ă  l’investissement vivifiant, trait qu’il partage avec ses complices sur scène. La prestation monte et descend, mais tourne aussi. La sensation de gradation est prĂ©sente et les danseurs se lâchent et se relâchent de plus en plus. L’effort physique est Ă©vident. Adrien Couvez, CoryphĂ©e, fait preuve d’une certaine virtuositĂ© que nous prenons du plaisir Ă  dĂ©couvrir. L’extension est belle, certes, mais surtout ce qui nous interpelle, c’est l’aspect tranchant de ses mouvements. Il coupe le vent sans hĂ©sitation ainsi que le souffle d’un public impressionnĂ©. Les filles paraissent davantage libĂ©rĂ©es. SĂ©verine Westermann et Laurence Laffon, mais aussi LĂ©onore Baulac et Camille de Bellefon, prĂ©sentent un je ne sais quoi de sauvage, avec une sorte d’abandon très plaisant. Letizia Galloni comme JĂ©rĂ©my-Loup Quer quant Ă  eux s’ouvrent et s’exposent progressivement, avec des mouvements parfaitement maĂ®trisĂ©s qui relèvent de leur formation mais aussi d’une volontĂ© progressiste. Ils sont tous engagĂ©s et engageants et la rĂ©action du public est complètement mĂ©ritĂ©e. Une Ĺ“uvre riche et intĂ©ressante pour plusieurs raisons, Ă  dĂ©couvrir et redĂ©couvrir au Palais Garnier les 21, 23, 25, 26, 28, 30 et 31 octobre, ainsi que les 2, 3, 4, 6 et 7 novembre 2014.