Compte-rendu, opéra. Grand-Théùtre de Tours, le 11 octobre 2015. Puccini : Madama Butterfly. Anne-Sophie Duprels (Madama Butterfly), Avi Klemberg (Pinkerton), Suzuki (Delphine Haidan), Jean-Sébastien Bou (Sharpless), Antoine Normand (Goro), François Bazola (Oncle Bonze). Alain Garichot (mise en scÚne). Jean-Yves Ossonce (direction).

Puccini : Madama Butterfly Ă  l’OpĂ©ra de Tours, avec Anne-Sophie Duprels… C’est avec un enthousiasme mĂ©ritĂ© qu’a Ă©tĂ© accueillie – au Grand-ThĂ©Ăątre de Tours – cette magnifique production de Madama Butterfly, signĂ©e par Alain Garichot et crĂ©Ă©e in loco en 2001. Il faut ici saluer son remarquable travail, trĂšs « wilsonien », dans sa volontĂ© dâ€˜Ă©pure. L’opĂ©ra s’ouvre ainsi sur un plateau nu avec, pour tout dĂ©cor, un praticable bas qui symbolise la maison de Cio-Cio San. Sur les cĂŽtĂ©s ou tombant des cintres, des cloisons translucides dĂ©limitent des espaces clos et permettent de trĂšs esthĂ©tisants jeux d’ombres : le sacrifice de l’hĂ©roĂŻne, vu ainsi au travers d’une de ses cloisons de papier, tandis que l’enfant joue juste devant, est particuliĂšrement rĂ©ussi et poignant. Mais les lumiĂšres sont ici au moins aussi importantes que les dĂ©cors et l’on retiendra donc la qualitĂ© du travail de Marc DelamĂ©ziĂšre, dont les Ă©clairages fortement dramatiques sculptent littĂ©ralement l’espace.

 

 

 

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Trop rare en France, la superbe soprano française Anne-Sophie Duprels investit le rĂŽle de Butterfly de son tempĂ©rament de feu et de sa sensibilitĂ© passionnĂ©e. Sa voix se fait tour Ă  tour porteuse de rĂȘves, de nostalgie, de tourments, Ă©pousant les nuances de la partition. La chanteuse rappelle utilement que l’hĂ©roĂŻne de Puccini n’a rien d’un papillon fragile ni d’un rossignol automate, mais requiert une tragĂ©dienne sachant doser ses effets.
(NDLR: Les tourangeaux ont pu dĂ©jĂ  la dĂ©couvrir dans La Voix Humaine prĂ©cĂ©demment produite ici mĂȘme Ă  Tours au cours de la saison derniĂšre : voir notre reportage vidĂ©o dĂ©diĂ© Ă  La Voix Humaine Ă  l’OpĂ©ra de Tours, prĂ©sentĂ©e alors en couplage avec L’heure espagnole de Ravel). La cantatrice est portĂ©e par la direction du maĂźtre des lieux, l’excellent Jean-Yves Ossonce (lequel vient d’annoncer son dĂ©part de l’institution tourangelle en 2016, aprĂšs 16 ans de bons et loyaux services…) qui prend un plaisir contagieux Ă  mettre en valeur une Ɠuvre qu’il respecte visiblement.
Comme toujours sous sa direction, l’Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire Tours se montre sous son meilleur jour, c’est Ă  dire admirable de prĂ©cision et d’engagement.
On dĂ©chante par contre avec le Pinkerton d’Avi Klemberg qui n’a aucune des qualitĂ©s requises par son personnage. La voix manque de puissance et de projection, l’Ă©mission est serrĂ©e et souvent brouillonne, l’acteur est falot ; bref, il livre une prestation vocale et scĂ©nique sans charme ni Ă©clat. Jean-SĂ©bastien Bou est en revanche un vrai luxe dans la partie de Sharpless, gratifiant l’auditoire de sa coutumiĂšre magnifique ligne de chant. Delphine Haidan possĂšde Ă©galement du rĂ©pondant en Suzuki : elle allie profondeur d’approche Ă  un portrait vocal attachant et prĂ©cis. De son cĂŽtĂ©, Antoine Normand se montre suavement inquiĂ©tant dans le rĂŽle de Goro, tandis que François Bazola demeure un solide Oncle Bonze. Enfin, Pascale Sicaud-Beauchesnais fait une Ă©lĂ©gante apparition en Ă©pouse amĂ©ricaine.

 

 

Compte-rendu, opĂ©ra. Grand-ThĂ©Ăątre de Tours, le 11 octobre 2015. Giacomo Puccini : Madama Butterfly. Anne-Sophie Duprels (Madama Butterfly), Avi Klemberg (Pinkerton), Suzuki (Delphine Haidan), Jean-SĂ©bastien Bou (Sharpless), Antoine Normand (Goro), François Bazola (Oncle Bonze). Alain Garichot (mise en scĂšne). Jean-Yves Ossonce (direction). Madama Butterfly Ă  l’affiche de l’OpĂ©ra de Tours, encore le 13 octobre 2015.

 

 

Prochaine production Ă  l’OpĂ©ra de Tours : La Belle HĂ©lĂšne d’Offenbach (Jean-Yves Ossonce, direction. Bernard Pisano : mise en scĂšne et chorĂ©graphie), du 26 au 31 dĂ©cembre 2015.  

 

Illustration : © François Berthon / Opéra de Tours 2015

 

 

VIDEO, reportage : La Voix humaine de Poulenc Ă  l’OpĂ©ra de Tours

tours-la-voix-humaine-l-heure-espagnole-opera-de-tours-classiquenewsVIDEO, reportage : LA VOIX HUMAINE de Poulenc Ă  l’OpĂ©ra de Tours, les 10,12,14 avril 2015. OpĂ©ra en un acte couplĂ© avec L’Heure espagnole de Ravel. Entretiens avec Catherine Dune (mise en scĂšne) et Anne-Sophie Duprels (Elle). Pas de tĂ©lĂ©phone sur la scĂšne tourangelle, mais une vaste lit criblĂ© de cordes barreaux, emprisonnant Elle, l’unique hĂ©roĂŻne de l’opĂ©ra de Poulenc. Elle exprime les vertiges, tourments et frustration du dĂ©sir fĂ©minin, c’est aussi un chant Ă  la portĂ©e universelle auquel Catherine Dune envisage contrairement Ă  d’autres mises en scĂšne, une fin en forme de libĂ©ration cathartique… Extraits de la production prĂ©sentĂ©e Ă  Tours sous la direction de Jean-Yves Ossonce. © studio CLASSIQUENEWS.TV 2015

 

Voir aussi notre CLIP vidĂ©o de La Voix humaine et de l’Heure Espagnole Ă  l’OpĂ©ra de Tours, les 10,12 et 14 avril 2015

 

 

 

Compte rendu, opĂ©ra. Tours, OpĂ©ra, le 10 avril 2015. Poulenc : La Voix humaine. Ravel : L’Heure Espagnole. Anne-Sophie Duprels, Elle. Aude Estremo (Concepcion)
 OSRCT. Jean-Yves Ossonce, direction. Catherine Dune, mise en scĂšne.

FamiliĂšre de la scĂšne tourangelle, la soprano Catherine Dune – qui chantait cette saison Despina de Cosi  fan Tutte de Mozart, offre ici sa premiĂšre mise en scĂšne Ă  Tours. La sensibilitĂ© et l’humanitĂ© de l’artiste se ressentent  dans l’approche du diptyque choisi par le chef et directeur Jean-Yves  Ossonce : en associant les deux drames en un acte, La voix humaine puis L’Heure espagnole, de Poulenc et Ravel respectivement, il s’agit bien Ă  travers chaque hĂ©roĂŻne : “Elle ” puis la femme  de l’horloger Torquemada, Concepcion, de deux portraits de femmes que la question du dĂ©sir et de l’amour taraude, exalte, exulte, met au devant de la scĂšne.

 
 

Nouvelle production convaincante Ă  l’OpĂ©ra de Tours

Deux portraits du désir féminin

 

heure-espagnole-ravel-opera-de-tours-aude-estremo-clip-video-classiquenews-copyright-2015Deux espaces clos, lieux de l’enfermement, unissent les deux univers lyriques mais le poids Ă©touffant du huit clos – vĂ©ritable billot sentimental  et cathartique oppresse chanteuse et spectateurs dans La Voix humaine quand les dĂ©lices doux amers, tragico comiques de la dĂ©licieuse comĂ©die  de Ravel, produisent un univers tout autre :  magique et onirique surtout fantastique et surrĂ©aliste. C’est ce second volet qui nous a le plus  sĂ©duit. … non pas tant par sa durĂ©e : presque une heure quand La voix humaine totalise  3/4 d’heure,  que par la profonde cohĂ©rence qu’apporte la mise en scĂšne.
L’Heure espagnole impose sa durĂ©e impĂ©rieuse au couple dĂ©luré  et si mal appareillĂ© de l’horloger Torquemada (en blouse et Ă  lunettes, sorte de voyeur de laboratoire), et de son Ă©pouse la belle brune Concepcion dont l’excellente Aude Estremo fait une prodigieuse incarnation : tigresses toute en contrĂŽle, la pulpeuse collectionne les amants sans ĂȘtre satisfaite, -frustration inconfortable qui on le comprend en cours de soirĂ©e n’est pas sans ĂȘtre cultivĂ©e par son Ă©poux lui-mĂȘme dont Catherine Dune fait l’observateur assidu mais discret des frasques de sa femme. La sensibilitĂ© extrĂȘme de la metteure en scĂšne sait aussi cultiver la pudeur et l’innocence quand surgit l’amour vĂ©ritable entre Concepcion et le muletier Ramiro dont le charme direct et physique contraste avec le poĂšte Gonzalvo, bellĂątre mou des corridas d’opĂ©rettes, aux Ă©lans amoureux toujours vellĂ©itaires (impeccable Florian Laconi).
Dans cet arĂšne  de pure fantasmagorie, Didier Henry a le ton juste du songe ; le baryton Alexandre Duhamel (Ramiro),  celui naturel  du charme sans esbroufe, et c’est surtout la mezzo Aude Estremo, dĂ©cidĂ©ment qui en donnant corps au personnage central,  rend son parcours trĂšs convaincant d’autant que la voix est sonore, naturellement puissante et finalement articulĂ©e. Son piquant et son tempĂ©rament L’univers dĂ©lurĂ© fantasque dĂ©fendu ici  souligne avec finesse les multiples joyaux dont la partition est constellĂ©e ; c’est un travail visuel qui s’accorde idĂ©alement Ă  la tenue de l’orchestre dont le raffinement permanent et le swing hispanisant convoquent le grand opĂ©ra : l’air de Concepcion,  qu’elle aventure qui marque le point de basculement du personnage (son coup de foudre troublant vis Ă  vis du muletier) fait surgir une vague irrĂ©pressible de candeur et de sincĂ©ritĂ© dans une cycle qui eut paru artificiel par sa mĂ©canique rĂ©glĂ©e Ă  la seconde  (les sacs  de sable que l’on Ă©ventre pour en faire couler la matiĂšre comme un sablier).

voix-humaine-anne-sophie-duprels-tours-opera-classiquenews-copyright-2015En premiĂšre partie de soirĂ©e (La Voix humaine), Anne-Sophie Duprels sĂ©duit indiscutablement par son chant velouté  et puissant Ă  la diction parfois couverte par l’orchestre. Sur un matelas dĂ©multipliĂ©, ring de ses ressentiments sincĂšres amĂšres, le chant se libĂšre peu Ă  peu dans une mise en scĂšne Ă©purĂ©e presque glaçante dont les lumiĂšres accusent la progression irrĂ©pressible : la cage qui enserre le coeur meurtri de l’amoureuse en rupture s’ouvre peu Ă  peu Ă  mesure que les cordes qui la composent et qui descendent depuis les cintres, sont levĂ©es, ouvrant l’espace ; rĂ©vĂ©lant l’hĂ©roĂŻne Ă  elle-mĂȘme en une confrontation ultime : dire, exprimer et nommer la souffrance, c’est se libĂ©rer. C’est au prix de cette Ă©preuve salvatrice – essentiellement cathartique-,  qu‘Elle prend conscience de sa force et de sa volontĂ© ; volontĂ© de dire : tu me quittes. Soit je l’accepte. Laisser faire, lĂącher prise, renoncer. … autant d’expĂ©riences clĂ©s que la formidable soprano Ă©claire de sa prĂ©sence douce et carressante, nuancĂ©e et intense.

Dans la fosse, en maĂźtre des couleurs et des teintes atmosphĂ©riques, Jean Yves Ossonce fait couler dans la Voix humaine le sirop onctueux et ductile de l’ocĂ©an de sensualitĂ© dont a parlĂ© Poulenc,  lequel semble compatir avec Elle ; le chef trouve aussi le charme d’une dĂ©contraction Ă©lĂ©gantissime de l’Heure Espagnole, dont le dialogue idĂ©al avec la mise en scĂšne et les dĂ©cors suscite un formidable cirque nocturne, enchanteur et rĂ©aliste Ă  la fois. La profondeur se glisse continĂ»ment dans cet Ă©loge feint de la lĂ©gĂšreté  La rĂ©ussite Ă©tant totale, voici aprĂšs le formidable Trittrico de Puccini prĂ©sentĂ© en mars dernier (prĂ©cision et sĂ©duction cinĂ©matographique), la nouvelle production de l’OpĂ©ra de Tours  qui crĂ©e lĂ©gitimement l’Ă©vĂ©nement dans l’agenda lyrique de ce printemps. A voir au Grand ThĂ©Ăątre de Tours les 10, 12 et 14 avril 2015.

 

 

 

APPROFONDIR : voir notre clip vidĂ©o La Voix humaine et l’Heure espagnole au Grand thĂ©Ăątre de Tours les 10,12,14 avril 2015

 

 

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Illustrations : © studio CLASSIQUENEWS.TV 2015