Cd critique. ANAMORFOSI : Allegri, Marazzoli, Monteverdi (Le PoĂšme Harmonique, juin 2018 – 1 cd ALPHA)

POEME-HARMONIQUE-ANAMORFOSI-allegri-monteverdi-marazzolli-mazzochi-cd-review-critique-cd-classiquenews-vincent-dumestreCd critique. ANAMORFOSI : Allegri, Marazzoli, Monteverdi (Le PoĂšme Harmonique, juin 2018 – 1 cd ALPHA) – Au carrefour du profane et du sacrĂ©, se dĂ©veloppe une mĂȘme musique, constante et touchante par ses aspĂ©ritĂ©s passionnelles. En hymnes sacrĂ©s ou en vers madrigalesques, l’écriture musicale ne varie pas, mais elle modifie son sens selon les paroles associĂ©es : il n’y a donc pas de « mĂ©tamorphoses » comme nous l’explique le PoĂšme Harmonique qui du reste nous parle aussi d’anamorphoses (le titre du cd : intitulĂ© plus adaptĂ© Ă  ce dont il est question : une mĂȘme chose dont l’aspect varie selon le point de vue) ; tout du moins, il s’agit ici d’un changement de paroles, donc superficiel ; un changement d’enveloppe (linguistique) ; les vertiges de la musique eux sont toujours invariables, constants. « Vers 1630 en Italie, un voyageur franchit le seuil d’une Ă©glise. Double vertige ! Tandis que l’Ɠil se perd dans la profusion baroque, l’oreille croit rĂȘver. Quels sont ces bruits de bataille, ces plaintes amoureuses, ces disputes thĂ©Ăątrales qui ont remplacĂ© les cantiques ? » Ainsi est rĂ©sumĂ© le prĂ©texte de ce nouveau programme que l’ensemble de Vincent Dumestre a dĂ©jĂ  Ă©prouvĂ© en concert. A quelques pertes de tension prĂšs et de faiblesses (bien anecdotique) dans le parcours musical, nous tenons lĂ  un cycle de perles baroques captivant, oĂč brillent surtout les jeunes voix actuelles, la soprano DĂ©borah Cachet en tĂȘte, voix aux fulgurances naturelles et sincĂšres, irrĂ©sistible. Dramatiques et introspectives, articulĂ©es et flexibles.

Tout commence par une version assez dĂ©concertante du Misere d’Allegri, en plusieurs sĂ©quences chorales, homorythmiques, d’un piĂ©tisme et dolorisme retenue, parfois tendu, d’un expressionnisme bien contorsionnĂ© (dissonances harmoniques manifestes au point crucial du texte). Retour aux sources soit, mais rĂ©fĂ©rence Ă  une pratique (d’époque?) quand mĂȘme, surornementĂ©e, Ă  la limite de l’indigestion ; avec des variations trĂšs Ă©loignĂ©es de ce que nous connaissons. LĂ  est bien la mĂ©tamorphose par contre, qui modifie considĂ©rablement le parcours mĂȘme du texte, empruntant selon l’improvisation des chanteurs compositeurs improvisateurs, des circonvolutions qui demeurent caprices d’interprĂštes. A chacun de juger. Pas sĂ»r qu’Allegri eĂ»t apprĂ©ciĂ© telle relecture de son texte originel. Serait-ce pour mieux troubler l’humble auditeur, frappĂ© par la recueillement des chanteurs ? Les mĂ©lismes dans l’aigu expriment un mal ĂȘtre, une douleur infinie, jamais apaisĂ©e et tendue.
Des passions (trop) contenues, que libĂšre autrement le choix des piĂšces qui suivent. Anamorfosi : le titre souligne combien une mĂȘme musique dans le cas de Monteverdi par exemple ou Luigi Rossi peut sonner diffĂ©remment, si l’on change uniquement les paroles. Du profane au sacrĂ©, la mĂȘme intensitĂ© passionnelle s’y dĂ©ploie, avec une sincĂ©ritĂ© Ă©gale.

Dans le Rossi («  Un allato messagier »), la mezzo Eva Zaïcik déroule une belle voix mais au relief linguistique trop lisse sur la durée. Pas assez de contrastes, de verbe mordant. Là encore une langueur douloureuse et insatisfaite. Le tempérament guerrier qui rappelle le Combattimento de Monteverdi, met du temps à chauffer (pour exprimer la douleur de Madeleine).

Justement dans « Si Dolce ù’l martire » (de l’inestimable Monteverdi) :  DĂ©borah Cachet Ă©claire l’angĂ©lisme et la tendresse de l’air MontĂ©verdien ; l’incandescence et l’effusion d’une priĂšre qui pleure JĂ©sus (« mio GesĂč » rĂ©pĂ©tĂ© en scansion) ; tĂ©moignage d’une fervente saisie, touchĂ©e, brĂ»lĂ©e par le Fils ; l’ardeur et l’expressivitĂ© mordante, qui fusionne flexibilitĂ© et brĂ»lures du texte, commentĂ©es ensuite par le violon solo : l’acte de compassion, ce don d’une Ăąme mystique Ă  JĂ©sus, incarnĂ©, dĂ©fendu de façon aussi presque guerriĂšre – transe amoureuse et langueur dĂ©vorante, par le soprano dĂ©licat mais puissant de DĂ©borah Cachet, est assurĂ©ment l’acmĂ© de ce programme. Entre voluptĂ© et mysticisme, la soprano rĂ©ussit une remarquable incarnation de la foi baroque.

Profane ou sacrée, la lyre du premier Baroque Italien
s’embrase grĂące au soprano de DĂ©borah Cachet


On se dĂ©lecte tout autant des dĂ©nuement et langueur des pĂ©nitents dĂ©munis dans les somptueuses priĂšres de Domenico Mazzochi (sur la vie brĂšve) puis de Marco Marazzoli, qui semblent fondre l’esprit mordant de la commedia, et la priĂšre dolente des pĂȘcheurs saisis, soit l’équation surprenante, inouĂŻe de
 la verve dĂ©bridĂ©e et de la grĂące la plus nuancĂ©e : aucun doute la leçon de la voluptĂ© montĂ©verdienne est ici totalement assimilĂ©e, sublimĂ©e par deux Ă©critures proches du sublimes.
La voici, ardente, fulgurante, la ferveur romaine du premier baroque. Marco Marazzoli, gĂ©nie opĂ©ratique, succĂšde 3 duos d’un fini linguistique et poĂ©tique savoureux auquel rĂ©pond l’écrin musical, languissant, contrastĂ©, fervent, essentiellement amoureux, des instrumentistes et chanteurs. Les couples, surtout DĂ©borah Cachet et le tĂ©nor Nicholas Scott, expriment avec une rare finesse et articulation, les multiples nuances du texte (« Chi fĂ  che ritorni » : cĂ©lĂ©bration du temps de l’innocence, perdu, si fragile, fugace
) aux instants de la jeunesse prĂ©servĂ©e oĂč la vie dans sa candeur premiĂšre, dĂ©couvre l’élan du dĂ©sir, morsure et vertige du plaisir
 Preuve est encore faite de l’absolu gĂ©nie de Marazzoli.

CLIC D'OR macaron 200Puis, le programme des afflictions sacrĂ©es, se poursuit avec les larmes de Marie au sĂ©pulcre (Monteverdi : « Maria quid ploras »), belle Ă©loquence linguistique oĂč chaque voix pĂšse, articule, nuance l’élan collectif. MĂȘme expressivitĂ© caractĂ©risĂ©e et dans une ampleur suave et flexible dans le dernier Ă©pisode collectif, « Pascha concelebranda », priĂšre Ă  plusieurs qui captive par la diversitĂ© des effets et des nuances expressives du chant, entre drame profane, cantate sacrĂ©e, dramma opĂ©ratique
 tout en louant JĂ©sus et le miracle final de sa RĂ©surrection, les voix rĂ©alisent une crĂšche vivante et naturelle ; un thĂ©Ăątre sincĂšre immĂ©diatement Ă©mouvant. L’élĂ©gance du geste, la fine sensualitĂ© qui cisĂšle chaque arĂȘte du verbe, et qui fonde ici l’idĂ©e d’une conversation continue, accrĂ©ditent davantage la complicitĂ© des solistes ici rĂ©unis, serviteurs du gĂ©nie montĂ©verdien. Le verbe se fait action et geste. Chant et musique, caresses tendres et dĂ©licieuses priĂšres. On se croirait revenu au temps des pionniers baroques, Ă  l’époque oĂč Christie et Harnoncourt dĂ©couvraient les mondes du premier baroque italien. Exaltant. Superbe programme. Donc CLIC de CLASSIQUENEWS

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Cd critique. ANAMORFOSI : Allegri, Marazzoli, Monteverdi (Le PoĂšme Harmonique, juin 2018 – 1 cd ALPHA)

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Video
https://www.youtube.com/watch?v=q5RlIa6hSFg
ALLEGRI & MONTEVERDI: ANAMORFOSI, Le PoĂšme Harmonique & Vincent Dumestre

Release date → September 2019  -  Stream//Download//Buy → https://lnk.to/AnamorfosiID

Allegri’s Miserere, its heartbreaking harmonies, its verses alternately cha…

ALLEGRI & MONTEVERDI: ANAMORFOSI par Le PoĂšme Harmonique & Vincent Dumestre (EPK)