COMPTE-RENDU, CRITIQUE, opéra. OLDENBURG, le 16 fev 2019. RAMEAU : Les Paladins. de Carpentries / Kossenko.

COMPTE-RENDU, CRITIQUE, opéra. OLDENBURG, le 16 fev 2019. RAMEAU : Les Paladins. de Carpentries / Kossenko. Parler de pèlerinage est plutôt une notion d’ordre liturgique. Faire le pèlerinage aussi est un acte de foi, une action qui bouleverse à tout jamais les individus qui l’entament. Au cœur de la démarche, il y a un sens mystique, tout pèlerin est un témoin. En 1760, Rameau a 77 ans, pour l’époque c’était un vieillard, mais les génies n’ont pas d’âge. Dans la partition des Paladins, truffée d’hédonisme et de passages d’une grande virtuosité, Rameau déploie la plus belle de ses palettes. L’intrigue, inspirée du conte erotique de Lafontaine « Le petit chien qui secoue de l’argent et des pierreries », même si elle est expurgée de certains passages licencieux, reste un livret empreint de sensualité. Les personnages paraissent des caricatures d’eux mêmes. Le barbon, la jeune fille emprisonnée et le jeune cavalier incognito rappellent furieusement les Bartolo, Rosine et Almaviva du Barbier de Beaumarchais.

 

 

« Pilgrim’s progress »

 

 

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S’engager à faire un opéra si français dans un théâtre tel que celui d’Oldenburg, semblait une opération délicate. En effet le style Français baroque avec ses codes et ses spécificités, semble parfois inaccessible pour les interprètes étrangers. Or, grâce à l’enthousiasme des équipes artistiques et le courage de la direction du théâtre, cette magnifique production a eu lieu. Oldenburg est une ancienne cité ducale dans le giron de la ville Hanséatique de Brême. Avec son ancien palais ducal, d’un jaune pastel charmant, ses belles ruelles et surtout son sublime théâtre à la salle lambrissée du XIXeme siècle. Le soutien du Centre de Musique Baroque de Versailles a contribué à parfaire cette production hors pair.

Ces Paladins ont réuni les forces vives de la maison avec les chanteurs de la troupe dont les jeunes talents, les extraordinaires danseurs du ballet d’Oldenburg et l’orchestre du cru, nous remarquons un ensemble artistique homogène et enthousiasmant. Chaque soliste a pris à bras le corps le style et affronté les obstacles de cette œuvre. Nous remarquons l’Argie aux couleurs puissantes de Martyna Cymerman, le fabuleux Orcan de Stephen K. Foster, la Nerine pétillante de Sooyeon Lee et dans le double rôle d’Atis et de Manto l’inénarrable Philipp Kapeller. Dans une moindre mesure l’Anselme de Ill-Hoong Choung a relevé les défis du rôle du barbon.

Les danseurs du Ballet d’Oldenburg ont offert à la musique de Rameau, une interprétation éclatante. On remarque d’ailleurs l’inventivité chorégraphique d’Antoine Jully. Le chorégraphe Français, révèle ainsi des bijoux insoupçonnés dans la partition de Rameau.

L’orchestre moderne avec des membres jouant sur instruments anciens est impressionnant par la souplesse et la couleur. On se plaît à oublier par moments que c’est un orchestre ne jouant pas intégralement sur boyaux. Menés par l’immarcescible talent d’Alexis Kossenko, qui est un des grands chefs Ramistes de tous les temps, on peut saisir chaque nuance de la partition de Rameau la plus proche de Telemann et de l’Ecole de Mannheim. Vivement Acanthe et Cephise avec ce formidable artiste !

Au sommet de l’art dramaturgique, François de Carpentries nous offre encore une fois une magnifique mise en scène ! A la fois simple dans le déroulé de la narration et profonde dans l’expression des sentiments, la mise en scène de François de Carpentries évoque très poétiquement, la nécessité de fantaisie dans la vie pour la croquer à pleines dents. Le besoin irrépressible de candeur pour révéler toute l’humanité qui nous habite. Nous encourageons vivement les professionnels à se pencher et ressentir le travail de François de Carpentries, trop absent de nos scènes Françaises.

A l’issue de cette production on semble s’éveiller du rêve poétique et philosophique qui peuple l’illusion de l’opéra. On se sent beaucoup plus sensible au beau, on se vit encore plus humain, comme une renaissance bénéfique au calme de la douce lumière nordique d’Oldenburg.

  

 

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COMPTE-RENDU, CRITIQUE, opéra. OLDENBURG, le 16 fev 2019. RAMEAU : Les Paladins. de Carpentries / Kossenko.

Samedi 16 fĂ©vrier 2019 Ă  19h30 – Oldenburgisches Staatstheater – Oldenburg (Allemagne)

Jean-Philippe Rameau
Les Paladins

Argie – Martyna Cymerman
Atis / Manto – Philipp Kapeller
NĂ©rine – Sooyeon Lee
Orcan – Stephen K. Foster
Anselme – Ill-Hoon Choung
Un Paladin – Logan Rucker

Musette – Jean-Pierre Van Hees

BallettCompagnie Oldenburg
Opernchor des Oldenburgischen Staatstheater

Oldenburgisches Staatsorchester
Dir. Alexis Kossenko

Mise en scène – François de Carpentries
ChorĂ©graphie – Antoine Jully

Photos : Paladins © A REMY – S WALZL

  

  

 

Concerts Rameau : Procopio / Kossenko. Les 6 et 25 août 2014.

video_procopio_manon Rameau : Procopio / Kossenko. Les 6 et 25 aoĂ»t 2014.  Deux ramistes de la nouvelle gĂ©nĂ©ration, Bruno Procopio et Alexis Kossenko cĂ©lèbrent le gĂ©nie de Jean-Philippe Rameau pour l’annĂ©e des 250 ans de sa disparition en 1764. Le premier, claveciniste et chef d’orchestre, a enregistrĂ© et publiĂ© chez Paraty deux disques particulièrement remarquĂ©s : un cycle d’extraits des ouvertures et ballets des opĂ©ras avec l’orchestre Simon Bolivar sur instruments modernes (album intitulĂ© ” Rameau in Caracas “), puis une nouvelle lecture des Pièces pour clavecin en concerts.  Le second, flĂ»tiste, a Ă©ditĂ© chez  Erato un rĂ©cital instrumental et lyrique dĂ©diĂ© au Rameau amoureux avec la soprano Sabine Devielhe et son ensemble Les Ambassadeurs. Les deux musiciens ont tous les deux Ă©tudiĂ© au Conservatoire SupĂ©rieur de Paris (CNSMDP).

Bruno Procopio / Alexis Kossenko

Rameau new generation

 

 

 

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CPE Bach 2014. Parallèlement les deux interprètes s’engagent Ă©galement pour rĂ©tablir le gĂ©nie d’un autre compositeur baroque, Carl Philipp Emanuel Bach dont 2014 marque le tricentenaire. Par son Ĺ“uvre, son style et son activitĂ© musicale en particulier Ă  Hambourg, Carl Philipp montre qu’il ne doit pas sa cĂ©lĂ©britĂ© uniquement pour ĂŞtre le fils de Bach dont il a Ĺ“uvrĂ© Ă  rĂ©Ă©diter les Ĺ“uvres et Ă©ditĂ© le catalogue : c’est un auteur majeur de l’Ă©poque classique, illustre reprĂ©sentant de l’esthĂ©tique Empfindsamkeit.
En 2014, Alexis Kossenko s’apprĂŞte Ă  publier d’ici l’hiver 2014, un nouveau disque dĂ©diĂ© aux Trios et aux Concertos (Alpha 821). De son cĂ´tĂ©, Bruno Procopio vient d’enregistrer au clavecin, les fameuses Sonates WĂĽrttembeg, considĂ©rĂ©es comme l’un des plus importants recueils de Sonates pour clavier de la première moitiĂ© du XVIIIème siècle. L’album devrait sortir Ă©galement dans le dernier trimestre de cette annĂ©e (Ă©galement pour le label Paraty, distribuĂ© par Harmonia Mundi). Le claveciniste connaĂ®t d’autant mieux le style et l’Ă©criture de CPE Bach qu’il a enregistrĂ© avec le mĂŞme Orchestre Simon Bolivar (et pour cette session, première pour la phalange vĂ©nĂ©zuĂ©lienne) sur instrument d’Ă©poque, plusieurs Sinfonie du compositeur baroque.

 

 

 

agenda

 

En aoĂ»t 2014, avant la sortie de leur albums CPE Bach, les deux ramistes reconnus abordent l’intĂ©grale des Pièces pour clavecin en concert de Jean-Philippe Rameau, les 6 aoĂ»t  au festival  Musique et nature en Bauges, puis 25 aoĂ»t au festival Berlioz de la CĂ´te Saint-AndrĂ©.

Rameau : Pièces pour clavecin en concert
Bruno Procopio, clavecin
Alexis Kossenko, flûte
Patrick Bismuth, violon
Romina Lischka, viole de gambe

VOIR Bruno Procopio jouer les Pièces pour clavecin en concerts

Mercredi 6 août 2014, 21h (Eglise de Pugny-Chatenod)
Lundi 25 août 2014, 17h (Couvent des Carmes, Beauvoir en Royans)

 

Premier concert : La Coulicam – La Livri – Le VĂ©zinet
Deuxième Concert : La Laborde – La Boucon – L’Agaçante – Premier Menuet et Deuxième Menuet
Troisième Concert : La Poplinière – La Timide – Premier tambourin et Deuxième tambourin en rondeau
Quatrième Concert : La Pantomime – L’indiscrète – La Rameau
Cinquième concert : Fugue La Forqueray – La Cupis – La Marais

 

 

 

L’art de la conversation en musique

 

Rameau_Joseph_Aved-Portrait_de_Jean-Philippe_Rameau_vers_1728Les Pièces pour clavecin en concerts de Jean-Philippe Rameau. Au dĂ©but de sa carrière et bien avant les premiers accomplissements lyriques, Rameau a publiĂ© trois livres de pièces de clavecin entre 1706 et 1728, puis sont venues les Pièces de clavecin en concerts… C’est son seul cycle de musique de chambre et le plus inventif de son temps.  Rameau explique dans la prĂ©face (intitulĂ©e « Avis aux concertants »), qu’ayant constatĂ© le succès immĂ©diat de la forme mĂŞlant clavecin et violon, il a souhaitĂ© Ă©crire pour cette combinaison particulièrement concertante, riche en possibilitĂ©s de dialogues, telle une vĂ©ritable conversation en musique : « Le quatuor y règne le plus souvent, Ă©crit-il. Il faut non seulement que les trois instruments se confondent entre eux, mais encore que les concertants s’entendent les uns les autres, et que surtout le violon et la viole se prĂŞtent au clavecin, en distinguant ce qui n’est qu’accompagnement, de ce qui fait partie du sujet. C’est en saisissant bien l’esprit de chaque pièce, que le tout s’observe Ă  propos. » Chaque instrumentiste doit donc maĂ®triser qualitĂ© d’Ă©coute et virtuositĂ© caractĂ©risĂ©e.
Jamais relĂ©guĂ© au second plan tel un instrument d’accompagnement, le clavecin a souvent un rĂ´le concertant, mais il peut ĂŞtre Ă  l’unisson avec les dessus ou leur servir d’accompagnateur colorĂ©. “Cinq de ces pièces ont d’ailleurs Ă©tĂ© adaptĂ©es par lui-mĂŞme pour clavecin seul. Lors de notre enregistrement, nous nous sommes donc interrogĂ© sur la position du clavecin Ă  cĂ´tĂ© des deux dessus. Comment respecter son rĂ´le concertant ? Nous avons donc choisi de le mettre au centre de l’enregistrement, car la difficultĂ© a Ă©tĂ© pour nous de situer les instruments les uns par rapport aux autres” ajoute Bruno Procopio.

Le cas des Pièces pour clavecin en concerts de Rameau reflète idĂ©alement le goĂ»t des Lumières en France au XVIIIème : c’est l’emblème d’un art de vivre copiĂ© comme modèle dans toute l’Europe. A Rameau revient le prodige d’offrir au temps de Voltaire et des Rois Ă©clairĂ©s (Louis XV et La Pompadour, FrĂ©dĂ©ric II de Prusse, L’impĂ©ratrice Catherine…) l’expression musicale d’un raffinement inĂ©dit oĂą les instruments Ă©voque le jeu et les enjeux de la conversation telle qu’elle a Ă©tĂ© Ă©laborĂ©e au moment oĂą toute l’Europe cultivĂ©e parlait français.
“Les Pièces de clavecin en concerts constituent une sorte de maillon entre les sonates en trio italiennes ou les trios polyphoniques de Bach, comme la sonate en trio qui clĂ´t L’Offrande musicale,  et les sonates pour clavier – clavecin ou piano-forte – avec accompagnement de violon obligĂ© ou ad libitum qui se dĂ©veloppèrent considĂ©rablement Ă  la fin du XVIIIe siècle, en France notamment. Dans ce genre de compositions oĂą le clavier se taillait la part du lion, l’instrument Ă  cordes se bornait Ă  doubler la mĂ©lodie ou Ă  ponctuer les basses. AnimĂ© par son expĂ©rience de musicien de théâtre, Rameau s’émancipe du cadre forgĂ© par les Italiens et par ses prĂ©dĂ©cesseurs français et raffine sur les dĂ©tails. Il compose de vĂ©ritables trios, car chaque « Concert » est un trio presque symphonique oĂą le clavecin, affranchi de toute fonction polyphonique, devient un instrument soliste Ă  part entière Ă  cĂ´tĂ© de ses deux partenaires qui lui apportent un lumineux complĂ©ment de richesse sonore “, complète Bruno Procopio Ă  propos des Pièces pour clavecin en concerts. Contribution rĂ©alisĂ©e pour la sortie de son disque Rameau (d’après les propos recueillis par AdĂ©laĂŻde de Place).

 

 

discographie : 3 cd incontournables

Lire notre critique du cd Rameau : Pièces pour clavecin en concerts par Bruno Procopio

Lire notre critique du cd Rameau : ouvertures et ballets des opĂ©ras de Rameau par Bruno Procopio avec l’orchestre Simon Bolivar du Venezuela

Lire notre critique du cd Rameau : le grand théâtre de l’amour par Les Ambassadeurs, Sabine Devielhe et Alexis Kossenko

Rameau : Sabine Devieilhe, le grand théâtre de l’amour

CD. Sabine Devieilhe : Rameau (Erato, 2013)   … Le Grand théâtre de l’Amour. Les Ambasadeurs. Alexis Kossenko, direction. Le sentiment de notre rĂ©dacteur Benjamin Ballif suscite l’unanimitĂ© de la rĂ©daction de classiquenews : le nouvel album des Ambassadeurs, complices du premier rĂ©cital lyrique de la jeune diva française Sabine Devieilhe Ă©merveille. La chanteuse Ă©tait sacrĂ©e ” rĂ©vĂ©lation lyrique” aux dernières Victoires de la musique 2013. Voici un Rameau inventif et audacieux, expressif et intelligent qui convainc absolument. Il est d’autant plus pertinent qu’il met en avant cette sensualitĂ© raffinĂ©e propre au XVIIIè français et qui fait aussi de Rameau, Ă  cĂ´tĂ© du scientifique et du savant, un poète du coeur et du sentiment d’une irrĂ©sistible sensibilitĂ©.

 

 

Rameau au sommet

 

Devieilhe_sabine_ERATO_rameau_theatre_amour_ambassadeursRousseau avait bien raison de prendre en grippe le divin Dijonais : son art dĂ©passe tout ce qui a Ă©tĂ© Ă©crit et composĂ© avant lui sur la scène lyrique et Ă  l’appui de ce rĂ©cital enchanteur, le compositeur n’est-il pas finalement très proche lui aussi de la nature humaine ? … A la vocalitĂ© orfĂ©vrĂ©e de la cantatrice rĂ©pond l’investissement passionnant des instrumentistes de l’ensemble fondĂ© par le flĂ»tiste Alexis Kossenko.
En avant première du cd qui paraît le 28 octobre prochain, voici un extrait de la critique développée de notre rédacteur :

” Voici un programme audacieux crânement dĂ©fendu, qui rĂ©vèle ou plutĂ´t confirme un immense talent en devenir, Ă  l’aube nous lui souhaitons, d’une prodigieuse carrière.

Nous l’avions dĂ©couvert dans Lucia (La Somnambula de Bellini Ă  Tourcoing sous la baguette de Jean-Claude Malgloire, octobre 2011), puis retrouvĂ©e sur la mĂŞme nordique, dans le rĂ´le de la Folie de PlatĂ©e de Rameau (fĂ©vrier 2013), personnage Ă  l’affiche du prĂ©sent cd : et dĂ©jĂ , une gestion de la ligne vocale Ă©tonnante et si musicale, doublĂ©e par une technique remarquable, avec un don Ă©vident pour la caractĂ©risation expressive ; pour son premier rĂ©cital lyrique discographique, la jeune soprano Sabine Devieilhe, coloratoure sĂ©millante et d’un diamant clair et agile chante langueur, dĂ©sespoir, extase des grandes amoureuses.
Ses galanteries vocales sont charmeuses et très subtilement ciselĂ©es : un format vocal qui sied idĂ©alement Ă  la balance originale des opĂ©ras et ballets de Rameau. Elle Ă©blouit par l’intelligence de son timbre naturellement perchĂ©. Diction perlĂ©e et intelligible (” Pour voltiger dans les bocages ” des Paladins (plage 10), flexibilitĂ© vocale, surtout justesse des intentions dramatiques, voici un Rameau ambitieux, osĂ©, risquĂ©… parfaitement tenu, qui montre outre le sens du pari et du dĂ©fi portĂ© par la diva, sa sensibilitĂ© rayonnante et juvĂ©nile … qui lui permet demain de chanter deux rĂ´les parmi les plus exposĂ©s et redoutable du rĂ©pertoire, LakmĂ© (Ă  l’OpĂ©ra-Comique, du 10 au 20 janvier 2014), puis La Reine de la Nuit dans La FlĂ»te enchantĂ©e de Mozart Ă  l’OpĂ©ra de Paris, du 11 mars au 15 avril 2014.

Sabine Devieilhe, diva ramélienne

La Folie amorce le dĂ©lire avec un raffinement naturel que rehaussent encore la vivacitĂ© et les nuances dynamiques de l’orchestre. Tandis que, plus justement accordĂ©s Ă  la thĂ©matique du cd, Tristes apprĂŞts, pâles flambeaux (Castor et Pollux) Ă©tourdit par sa grâce simple et transparente (superbes bassons tout aussi enivrĂ©s et funèbres), celle d’un TĂ©laĂŻre pure et digne, touchĂ©e par le dĂ©sespoir le plus noir  : que sa phrase et sa ligne sont animĂ©es par une intelligence pudique sans apprĂŞt rĂ©ellement ; auparavant son Alphise des BorrĂ©ades, mĂŞme amoureuse Ă©prouvĂ©e, succombe tout autant face Ă  l’Ă©preuve des Ă©lĂ©ments (omniprĂ©sents dans Les BorrĂ©ades, ultime opĂ©ra de Rameau, qui meurt en 1764 avant de l’avoir crĂ©Ă©) … son soprano coloratoure, fin et diamantin rĂ©ussit le passage des vocalises qui attestent de sa dĂ©termination conquĂ©rante. Car outre la perfection de la technicienne, Sabine Devieilhe sait aussi incarner et imposer un tempĂ©rament dramatique d’une Ă©lĂ©gance superlative. Une sensibilitĂ© blessĂ©e au timbre limpide et la diction rigoureuse, entre Sandrine Piau et VĂ©ronique Gens.
De leur cĂ´tĂ©, sublimes complices d’un parcours sans fautes, les instrumentistes des Ambassadeurs sĂ©duisent par la mĂŞme souple expressivitĂ©, mordants et ductiles Ă  souhait ; voici un Rameau qui n’est pas seulement articulĂ©, rythmiquement pĂ©tillant et insolent, sensuellement exquis (remarquable ouverture de Pygmalion) et dramatiquement construit : les interprètes visiblement en complicitĂ©, habitent Rameau d’une profondeur et d’une Ă©lĂ©gance racĂ©e totalement convaincante. Avant les cĂ©lĂ©brations Rameau 2014, pour le 250ème anniversaire de la mort, voici un disque Ă©blouissant par son intelligence musicale, sa perfection sensible, ses prises de risques (instrumentales autant que vocales : Ă©coutez la libertĂ© interprĂ©tative de l’orchestre, son Ă©loquence dans le ballet figurĂ© de Zoroastre, ou dans le sommeil d’un pur onirisme – appel au rĂŞve- de Dardanus…), pas feutrĂ©s et puissance rythmique de la contredanse des BorrĂ©ades (plage 9), cors somptueux des mĂŞmes BorrĂ©ades dans l’air d’Iphise qui prĂ©cède ;  VoilĂ  bien longtemps, depuis William Christie et ses Arts Florissants si magiciens, que nous n’avions pas Ă©coutĂ© une approche aussi aboutie, au relief si remarquablement ouvragĂ© …

Ambassadeurs charmeurs enivrés

Le chef des Ambassadeurs y  paraĂ®t avoir plus d’audace, de feu, d’invention qu’un certain RaphaĂ«l Pichon, ailleurs prĂ©sentĂ© Ă  Beaune comme ” champion chez Rameau “, mais en comparaison d’une …. dĂ©solante pâleur. La comparaison s’imposait d’elle mĂŞme car les nouveaux disques Rameau sont plutĂ´t rares, et parce que Sabine Devieilhe a paru Ă©galement dans le cd Dardanus dirigĂ© par RaphaĂ«l Pichon (oĂą moins inspirĂ©e, la soprano n’y brille pas d’un mĂŞme Ă©clat…).

Courrez acheter ce disque jubilatoire, c’est un rĂ©jouissant hommage Ă  Rameau et son ” grand théâtre de l’amour “. Prestance, Ă©lĂ©gance, imagination interprĂ©tative approche la perfection d’un autre Ramiste rĂ©cent, Bruno Procopio qui lui aussi n’est pas Ă  un dĂ©fi près : faire jouer les musiciens vĂ©nĂ©zuĂ©liens sur instruments modernes mais dans le style du XVIIIè français ; c’est lĂ  encore Rameau qui en sort transfigurĂ© (lire notre critique du cd exceptionnel de Bruno Procopio : Rameau in Caracas, 1 cd Paraty). Vous pourrez comparer d’un orchestre Ă  l’autre, des instruments anciens Ă  ceux modernes, la Chaconne des Indes Galantes (plage 22), avec Les Ambassadeurs d’Alexis Kossenko ou Ă  Caracas sous la houlette de Bruno Procopio : mĂŞme tempĂ©rament, mĂŞme audace, mĂŞme rĂ©invention du geste, mĂŞme ivresse palpitante des instruments et des timbres en fusion … Que Rameau peut ĂŞtre heureux de disposer, aux cĂ´tĂ©s de l’inĂ©galable William Christie, de nouveaux interprètes parmi la nouvelle gĂ©nĂ©ration, capables comme lui de comprendre, vivre, partager le gĂ©nie du Dijonais.

Seule rĂ©serve, les limites du choeur qui ne partage pas cette prĂ©cision et cette implication de la solistes et des instrumentistes …

Le label Erato qui renaĂ®t miraculeusement au dĂ©tour d’un changement de propriĂ©taire semble recouvrer ses grandes heures baroques, Ă  l’Ă©poque des rĂ©alisations les plus convaincantes de l’histoire du disque. VoilĂ  qui augure de passionnantes prochaines nouveautĂ©s Ă  venir “. Critique complète au moment de la parution du disque de Sabine Devieilhe : le 28 octobre 2013.

 

Rameau : le grand théâtre de l’amour. Les Ambassadeurs. Alexis Kossenko, direction. 1 cd Erato. 1h20 mn.

 

concert
Sabine Devieilhe et Les Ambassadeurs proposent le programme de leur disque au concert Ă  l’OpĂ©ra royal de Versailles, superbe hommage Ă  Rameau dans le lieu qui lui est si naturel, le 5 novembre 2013, 20h.

 

vidéo
visionner la jeune soprano Sabine Devieilhe dans la Folie de Rameau (Platée) à Tourcoing, sous la direction de Jean-Philippe Rameau, avec Paul Agnew dans le rôle-titre (février 2013)