COMPTE-RENDU, critique opéra. TOURCOING, Atelier lyrique, le 9 fév 2020. CHABRIER : L’Etoile. Alexis Kossenko / Jean-Philippe Desrousseaux

Éblouissante ETOILE de Chabrier à TOURCOINGCOMPTE-RENDU, critique opéra. TOURCOING, Atelier lyrique, le 9 fév 2020. CHABRIER : L’Etoile.  Avec Carl Ghazarossian, Alain Buet, Ambroisine Bré, Nicolas Rivenq… Alexis Kossenko / Jean-Philippe Desrousseaux… A l’occasion d’une visite dans les Hauts-de-France, on ne saurait trop conseiller de faire halte à Tourcoing, troisième ville de la région après Lille et Amiens ; qui peut s’enorgueillir d’avoir vu naître des compositeurs aussi illustres que Gustave Charpentier ou Albert Roussel. Indissociable de la personnalité charismatique de son fondateur Jean-Claude Malgoire (1940-2018),  l’Atelier lyrique de Tourcoing donne depuis 1981 une résonance internationale à cette ancienne capitale du textile, reconnue pour cette ambition artistique de haut niveau. Désormais, il revient à François-Xavier Roth (né en 1971) de prendre la relève du regretté Malgoire à la direction artistique de l’Atelier lyrique, tandis qu’Alexis Kossenko (né en 1977) fait de même à la tête de l’orchestre sur instruments d’époque, La Grande Ecurie et la Chambre du Roy.

 

 

 

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Lazuli / Laoula : Ambroisine Bré et Anara Khassenova  © Simon Gosselin

 

 

 

C’est précisément le jeune flûtiste et chef d’orchestre français que l’on retrouve à Tourcoing pour l’une des productions les plus attendue de la saison, l’ébouriffante Etoile (1877) d’Emmanuel Chabrier (voir notre présentation : https://www.classiquenews.com/letoile-de-chabrier-a-tourcoing/). On avoue ne pas comprendre pourquoi un tel chef d’œuvre de malice et d’intelligence ne figure pas plus souvent au répertoire hexagonal – au moins pendant les fêtes de fin d’année, aux côtés des grands succès d’Offenbach. On se réjouit par conséquent de cette heureuse initiative, et ce d’autant plus que le plateau vocal réuni se montre d’un niveau proche de l’idéal.
Ainsi de la rayonnante Ambroisine Bré qui donne à son Lazuli un brio vocal d’une rare conviction dans l’équilibre entre vérité théâtrale et raffinement vocal, tandis que Carl Ghazarossian (Ouf 1er) ne lui cède en rien dans sa composition désopilante, entre morgue cruelle et lassitude feinte. Si Anara Khassenova (la Princesse Laoula) affiche également un haut niveau, Juliette Raffin-Gay (Aloès) est plus en retrait du fait d’une émission parfois étroite, hormis dans son air bien travaillé au II. La production doit beaucoup à l’aisance comique des impayables Alain Buet (très solide Siroco), Nicolas Rivenq (superbe d’autodérision) ou Denis Mignien (à la folie douce-amère). Les chœurs un rien timides au début, avec quelques décalages notables, se montrent de plus en plus affirmés tout au long de la soirée, avant de pleinement convaincre.

tourcoing-atelier-lyrique-Kossenko-etoile-chabrier-annonce-critique-classiquenewsMais c’est peut-être plus encore l’énergie insufflé dans la fosse qui impressionne par son à-propos : si vous n’avez jamais su ce que voulait dire « faire chanter un orchestre », écoutez Alexis Kossenko (photo ci contre) ! Autant les attaques sèches que la précision et la virtuosité des affrontements entre pupitres donnent des accents inouïs de vitalité, le tout au service d’une expression dramatique qui n’en oublie jamais de faire ressortir les détails humoristiques de l’orchestration. Ce tourbillon de bon humeur répond à la non moins réussie mise en scène de Jean-Philippe Desrousseaux – dont le travail pour Pierrot Lunaire d’Arnold Schönberg avait déjà été récompensé en 2017 par le prix du Meilleur créateur d’éléments scéniques, décerné par l’Association professionnelle de la critique, théâtre, danse et musique. Desrousseaux revisite son décor unique pendant toute la représentation avec maestria, autant par un travail sur les éclairages qu’une mise en valeur des éléments scéniques. Son imaginative direction d’acteur donne beaucoup de plaisir par son double regard qui s’adresse autant aux plus petits qu’à leurs ainés : on retient notamment les nombreux gags visuels intemporels façon Iznogoud ou les délicieux animaux exotiques animés à l’ancienne par deux comédiens. Les rires des tout petits ne trompent pas quant à la réussite du projet, vivement applaudi par le chaleureux public de Tourcoing.

   

 
 
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Ambroisine Bré (Lazuli), Anara Khassenova (la Princesse Laoula), Carl Ghazarossian (Le Roi Ouf 1er) © Simon Gosselin

 

    
 

 

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Compte-rendu, opéra. Tourcoing, Atelier lyrique, le 9 février 2020. Chabrier : L’Etoile. Ambroisine Bré (Lazuli), Anara Khassenova (la Princesse Laoula), Juliette Raffin-Gay(Aloès), Carl Ghazarossian (Le Roi Ouf 1er), Alain Buet (Siroco), Nicolas Rivenq (Hérisson de Porc-Epic), Denis Mignien (Tapioca), Denis Duval  (le chef de la police). Ensemble vocal de l’Atelier Lyrique de Tourcoing, La Grande écurie et la Chambre du Roy, Alexis Kossenko (direction musicale) / Jean-Philippe Desrousseaux (mise en scène). A l’affiche de l’Atelier lyrique de Tourcoing, du 7 au 11 février 2020. Photo : © Simon Gosselin / Atelier Lyrique de Tourcoing, service de presse.

 

 

 

VOIR aussi notre TEASER et notre REPORTAGE VIDEO de l’Étoile de Chabrier par l’Atelier Lyrique de TOURCOING Kossenko / Desrousseaux, fév 2020

 

 

TOURCOING. L’Etoile de Chabrier, 1877, à l’affiche de l’Atelier Lyrique, les 7, 9, 11 février 2020

Éblouissante ETOILE de Chabrier à TOURCOINGREPORTAGE. ATELIER LYRIQUE DE TOURCOING : L’ÉTOILE de Chabrier, 7, 9, 11 fév 2020. Nouvelle production. Dadaïste, loufoque, fantasque, en réalité de pure fantaisie, l’inspiration de Chabrier mêle et Mozart et Offenbach en un délicieux théâtre poétique (Verlaine a participé au livret). Cette nouvelle production de son opéra comique L’étoile (1877) présentée par l’Atelier Lyrique de Tourcoing, jamais en reste d’un défi nouveau, devrait le démontrer en février 2020 (3 représentations). 7 ans après la défaite national, les esprits s’éloignent du « teuton » Wagner (jugé suspect, au moins jusqu’au début des années 1890) et recherchent à régénérer le genre lyrique dans de nouveaux sujets, et de nouveaux formats. « La Ballade des gros dindons », « La Pastorale des cochons roses », sans omettre les couplets du duo de la Chartreuse verte, parodie déjantée du chant bellinien… sont autant de titres qui soulignent la facétie souveraine d’un Chabrier, original, iconoclaste, inclassable. Réformateur mais raffiné. Un indécrottable auvergnat soucieux de réformer les codes de l’Opéra à Paris.
Dans une tyrannie orientale de pur fantasme, orchestrée par le Roi Ouf 1er, fou délirant égocentrique, on évite toute contestation au pouvoir pour éviter d’être condamné à mourir empalé ! Heureusement l’amour du jeune marchant Lazuli pour la belle Laoula vaincra tout obstacle… – REPORTAGE @studio CLASSIQUENEWS 2020 – Réalisation : Philippe-Alexandre Pham février 2020

LIRE aussi notre présentation complète de L’Étoile de Chabrier, 1877, l’événement lyrique porté par L’Atelier Lyrique de Tourcoing, les 7, 9 et 11 février 2020

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Éblouissante ETOILE de Chabrier à TOURCOINGREPORTAGE. ATELIER LYRIQUE DE TOURCOING : L’ÉTOILE de Chabrier, 7, 9, 11 fév 2020. Nouvelle production. Dadaïste, loufoque, fantasque, en réalité de pure fantaisie, l’inspiration de Chabrier mêle et Mozart et Offenbach en un délicieux théâtre poétique (Verlaine a participé au livret). Cette nouvelle production de son opéra comique L’étoile (1877) présentée par l’Atelier Lyrique de Tourcoing, jamais en reste d’un défi nouveau, devrait le démontrer en février 2020 (3 représentations). 7 ans après la défaite national, les esprits s’éloignent du « teuton » Wagner (jugé suspect, au moins jusqu’au début des années 1890) et recherchent à régénérer le genre lyrique dans de nouveaux sujets, et de nouveaux formats. « La Ballade des gros dindons », « La Pastorale des cochons roses », sans omettre les couplets du duo de la Chartreuse verte, parodie déjantée du chant bellinien… sont autant de titres qui soulignent la facétie souveraine d’un Chabrier, original, iconoclaste, inclassable. Réformateur mais raffiné. Un indécrottable auvergnat soucieux de réformer les codes de l’Opéra à Paris.
Dans une tyrannie orientale de pur fantasme, orchestrée par le Roi Ouf 1er, fou délirant égocentrique, on évite toute contestation au pouvoir pour éviter d’être condamné à mourir empalé ! Heureusement l’amour du jeune marchant Lazuli pour la belle Laoula vaincra tout obstacle… – REPORTAGE @studio CLASSIQUENEWS 2020 – Réalisation : Philippe-Alexandre Pham février 2020

LIRE aussi notre présentation complète de L’Étoile de Chabrier, 1877, l’événement lyrique porté par L’Atelier Lyrique de Tourcoing, les 7, 9 et 11 février 2020

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REPORTAGE : L’Etoile de Chabrier par l’Atelier Lyrique de TOURCOING (7, 9 et 11 fév 2020)

Éblouissante ETOILE de Chabrier à TOURCOINGREPORTAGE. ATELIER LYRIQUE DE TOURCOING : L’ÉTOILE de Chabrier, 7, 9, 11 fév 2020. Nouvelle production. Dadaïste, loufoque, fantasque, en réalité de pure fantaisie, l’inspiration de Chabrier mêle et Mozart et Offenbach en un délicieux théâtre poétique (Verlaine a participé au livret). Cette nouvelle production de son opéra comique L’étoile (1877) présentée par l’Atelier Lyrique de Tourcoing, jamais en reste d’un défi nouveau, devrait le démontrer en février 2020 (3 représentations). 7 ans après la défaite national, les esprits s’éloignent du « teuton » Wagner (jugé suspect, au moins jusqu’au début des années 1890) et recherchent à régénérer le genre lyrique dans de nouveaux sujets, et de nouveaux formats. « La Ballade des gros dindons », « La Pastorale des cochons roses », sans omettre les couplets du duo de la Chartreuse verte, parodie déjantée du chant bellinien… sont autant de titres qui soulignent la facétie souveraine d’un Chabrier, original, iconoclaste, inclassable. Réformateur mais raffiné. Un indécrottable auvergnat soucieux de réformer les codes de l’Opéra à Paris.
Dans une tyrannie orientale de pur fantasme, orchestrée par le Roi Ouf 1er, fou délirant égocentrique, on évite toute contestation au pouvoir pour éviter d’être condamné à mourir empalé ! Heureusement l’amour du jeune marchant Lazuli pour la belle Laoula vaincra tout obstacle… – REPORTAGE @studio CLASSIQUENEWS 2020 – Réalisation : Philippe-Alexandre Pham février 2020

LIRE aussi notre présentation complète de L’Étoile de Chabrier, 1877, l’événement lyrique porté par L’Atelier Lyrique de Tourcoing, les 7, 9 et 11 février 2020

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TOURCOING : l’Atelier Lyrique joue L’Étoile de Chabrier (7,9,11 février 2020)

Éblouissante ETOILE de Chabrier à TOURCOINGTEASER. ATELIER LYRIQUE DE TOURCOING : L’ÉTOILE de Chabrier, 7, 9, 11 fév 2020. Nouvelle production. Dadaïste, loufoque, fantasque, en réalité de pure fantaisie, l’inspiration de Chabrier mêle et Mozart et Offenbach en un délicieux théâtre poétique (Verlaine a participé au livret). Cette nouvelle production de son opéra comique L’étoile (1877) présentée par l’Atelier Lyrique de Tourcoing, jamais en reste d’un défi nouveau, devrait le démontrer en février 2020 (3 représentations). 7 ans après la défaite national, les esprits s’éloignent du « teuton » Wagner (jugé suspect, au moins jusqu’au début des années 1890) et recherchent à régénérer le genre lyrique dans de nouveaux sujets, et de nouveaux formats. « La Ballade des gros dindons », « La Pastorale des cochons roses »… sont autant de titres qui soulignent la facétie souveraine d’un Chabrier, original, iconoclaste, inclassable. Réformateur mais raffiné. Dans une tyrannie orientale de pur fantasme, orchestrée par le Roi Ouf 1er, fou délirant égocentrique, on évite toute contestation au pouvoir pour éviter d’être condamné à mourir empalé ! – TEASER @studio CLASSIQUENEWS 2020 – Réalisation : Philippe-Alexandre Pham février 2020

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TOURCOING, 7 – 11 fév 2020. CHABRIER : L’Étoile. Nouvelle production

LIRE notre présentation complète de L’Étoile de Chabrier (1877) à l’affiche de l’Atelier Lyrique de TOURCOING – la nouvelle production scelle la collaboration entre l’orchestre sur instruments d’époque La Grande Ecurie et la Chambre du Roi, et le chef et flûtiste Alexis Kossenko qui vient d’être nommé directeur de la phalange fondé par Jean-Claude Malgoire

 

 

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3 représentations à Tourcoing
Vendredi 7 février 2020 / 20hboutonreservation
Dimanche 9 février 2020 / 15h30
Mardi 11 février 2020 / 20h
Tourcoing
Théâtre Municipal Raymond Devos

RÉSERVEZ
http://www.atelierlyriquedetourcoing.fr/spectacle/letoile/

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Lazuli : Ambroisine Bré
La Princesse Laoula : Anara Khassenova
Aloès Juliette : Raffin-Gay
Le Roi Ouf 1er : Carl Ghazarossian
Hérisson de Porc-épic : Nicolas Rivenq
Siroco : Alain Buet
Tapioca : Denis Mignien
Le Chef de la police : Denis Duval (comédien)

Ensemble vocal de l’Atelier Lyrique de Tourcoing
La Grande écurie et la Chambre du Roy
(Fondateur Jean Claude Malgoire)

Direction musicale : Alexis Kossenko (portrait ci  contre)

Mise en scène : Jean-Philippe Desrousseaux

Assistant à la mise en scène :  Denis Duval

Décors : Jean-Philippe Desrousseaux,
François-Xavier Guinnepain

Lumières : François-Xavier Guinnepain

Costumes : Thibaut Welchlin

Chef de chant : Martin Surot

L’Etoile de Chabrier à TOURCOING

TOURCOING : Nouvelle production de l'Etoile de ChabrierTOURCOING, 7 – 11 fév 2020. CHABRIER : L’Étoile. Nouvelle production. Dadaïste, loufoque, fantasque, en réalité de pure fantaisie, l’inspiration de Chabrier mêle et Mozart et Offenbach en un délicieux théâtre poétique (Verlaine a participé au livret). Cette nouvelle production de son opéra comique L’étoile (1877) présentée par l’Atelier Lyrique de Tourcoing, jamais en reste d’un défi nouveau, devrait le démontrer en février 2020 (3 représentations). 7 ans après la défaite national, les esprits s’éloignent du « teuton » Wagner (jugé suspect, au moins jusqu’au début des années 1890) et recherchent à régénérer le genre lyrique dans de nouveaux sujets, et de nouveaux formats. « La Ballade des gros dindons », « La Pastorale des cochons roses »… sont autant de titres qui soulignent la facétie souveraine d’un Chabrier, original,  iconoclaste, inclassable. Réformateur mais raffiné. Dans une tyrannie orientale de pur fantasme, orchestrée par le Roi Ouf 1er, fou délirant égocentrique, on évite toute contestation au pouvoir pour éviter d’être condamné à mourir empâlé !

 

 

Sous le règne du rire et de la poésie…
La fabrique du Nord
L’Atelier Lyrique de Tourcoing
présente une nouvelle production de L’Etoile de Chabrier

 

 

Au pays de l’absurde, qui épingle en réalité la folie humaine, Chabrier durcit le portrait du potentat insupportable : le souverain est fou d’astrologie, plus enclin à suivre ce que disent les astres, plutôt que de servir son peuple.

Car le compositeur qui connaît ses classiques français comme Wagner et la mécanique du bel canto, écrit un cycle de perles lyriques inoubliables comme La Romance de l’étoile de Lazuli, les Couplets du pal (le supplice officiel). La nouvelle production à Tourcoing devrait laisser se déployer la finesse d’une écriture taillée pour la surprise poétique, le vertige facétieux… l’insolence et la sincérité.

 

 

 

 

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3 représentations à Tourcoing
Vendredi 7 février 2020 / 20hboutonreservation
Dimanche 9 février 2020 / 15h30
Mardi 11 février 2020 / 20h
Tourcoing
Théâtre Municipal Raymond Devos

RÉSERVEZ
http://www.atelierlyriquedetourcoing.fr/spectacle/letoile/

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Lazuli : Ambroisine Br
La Princesse Laoula : Anara Khassenova
Aloès Juliette : Raffin-Gay
Le Roi Ouf 1er : Carl Ghazarossian
Hérisson de Porc-épic : Nicolas Rivenq
Siroco : Alain Buet
Tapioca : Denis Mignien
Le Chef de la police : Denis Duval (comédien)

Ensemble vocal de l’Atelier Lyrique de Tourcoingtourcoing-atelier-lyrique-Kossenko-etoile-chabrier-annonce-critique-classiquenews
La Grande écurie et la Chambre du Roy
(Fondateur Jean Claude Malgoire)

Direction musicale : Alexis Kossenko (portrait ci  contre)

Mise en scène : Jean-Philippe Desrousseaux

Assistant à la mise en scène :  Denis Duval

Décors : Jean-Philippe Desrousseaux,
François-Xavier Guinnepain

Lumières : François-Xavier Guinnepain

Costumes : Thibaut Welchlin

Chef de chant : Martin Surot

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Emmanuel Alexis Chabrier

C’est l’ami des peintres et des poètes (de Manet, Baudelaire et Verlaine), Emmanuel Chabrier, fonctionnaire du ministère de l’Intérieur a la verve facile et met en musique son esprit facétieux, jugé par ses contemporains « vulgaire ». En réalité, sa musique comme ses livrets sont aussi touchants et subtils que ceux d’Offenbach qui l’a précédé sur le mode fantasque, comique voire scabreux. Mais l’époque a changé : exit l’esprit léger, licencieux du Second Empire. Chabrier incarne la veine légère l’époque su wagnérisme bientôt incontournable (avec l’initiative de Charles Lamoureux, créateur de Lohengrin et de Tristan und Isolde à Paris, à partir de 1887 et surtout 1891/92…). Double voire triple lecture, Chabrier manie le verbe et la note avec génie ; un tempérament proche de l’ineffable et du sublime, tel que les aimait… Ravel (grand admirateur de Chabrier). « Je veux que ça pète » proclame l’auteur de l’Etoile.

 

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AUTOUR DU PIANO… tableau d’Henri Fantin-Latour (1885)

huile sur toile – H. 1.6 ; L. 2.22  -  Musée d’Orsay, Paris

Autour du piano, 8 personnalités, proches du peintre et représentants de l’active vie culturelle parisienne ; de gauche à droite :
Assis : Emmanuel Chabrier au piano, Edmond Maître et, en retrait, Amédée Pigeon.

Debout : Adolphe Julien, Arthur Boisseau, Camille Benoît, Antoine Lascoux et Vincent d’Indy.

 

 

COMPTE-RENDU, CRITIQUE, opéra. OLDENBURG, le 16 fev 2019. RAMEAU : Les Paladins. de Carpentries / Kossenko.

COMPTE-RENDU, CRITIQUE, opéra. OLDENBURG, le 16 fev 2019. RAMEAU : Les Paladins. de Carpentries / Kossenko. Parler de pèlerinage est plutôt une notion d’ordre liturgique. Faire le pèlerinage aussi est un acte de foi, une action qui bouleverse à tout jamais les individus qui l’entament. Au cœur de la démarche, il y a un sens mystique, tout pèlerin est un témoin. En 1760, Rameau a 77 ans, pour l’époque c’était un vieillard, mais les génies n’ont pas d’âge. Dans la partition des Paladins, truffée d’hédonisme et de passages d’une grande virtuosité, Rameau déploie la plus belle de ses palettes. L’intrigue, inspirée du conte erotique de Lafontaine « Le petit chien qui secoue de l’argent et des pierreries », même si elle est expurgée de certains passages licencieux, reste un livret empreint de sensualité. Les personnages paraissent des caricatures d’eux mêmes. Le barbon, la jeune fille emprisonnée et le jeune cavalier incognito rappellent furieusement les Bartolo, Rosine et Almaviva du Barbier de Beaumarchais.

 

 

« Pilgrim’s progress »

 

 

opera-critique-classiquenews-annonce-critique-concerts-opera-festivals-classiquenews-paladins_1©Aurélie-Remy
 

 
 

S’engager à faire un opéra si français dans un théâtre tel que celui d’Oldenburg, semblait une opération délicate. En effet le style Français baroque avec ses codes et ses spécificités, semble parfois inaccessible pour les interprètes étrangers. Or, grâce à l’enthousiasme des équipes artistiques et le courage de la direction du théâtre, cette magnifique production a eu lieu. Oldenburg est une ancienne cité ducale dans le giron de la ville Hanséatique de Brême. Avec son ancien palais ducal, d’un jaune pastel charmant, ses belles ruelles et surtout son sublime théâtre à la salle lambrissée du XIXeme siècle. Le soutien du Centre de Musique Baroque de Versailles a contribué à parfaire cette production hors pair.

Ces Paladins ont réuni les forces vives de la maison avec les chanteurs de la troupe dont les jeunes talents, les extraordinaires danseurs du ballet d’Oldenburg et l’orchestre du cru, nous remarquons un ensemble artistique homogène et enthousiasmant. Chaque soliste a pris à bras le corps le style et affronté les obstacles de cette œuvre. Nous remarquons l’Argie aux couleurs puissantes de Martyna Cymerman, le fabuleux Orcan de Stephen K. Foster, la Nerine pétillante de Sooyeon Lee et dans le double rôle d’Atis et de Manto l’inénarrable Philipp Kapeller. Dans une moindre mesure l’Anselme de Ill-Hoong Choung a relevé les défis du rôle du barbon.

Les danseurs du Ballet d’Oldenburg ont offert à la musique de Rameau, une interprétation éclatante. On remarque d’ailleurs l’inventivité chorégraphique d’Antoine Jully. Le chorégraphe Français, révèle ainsi des bijoux insoupçonnés dans la partition de Rameau.

L’orchestre moderne avec des membres jouant sur instruments anciens est impressionnant par la souplesse et la couleur. On se plaît à oublier par moments que c’est un orchestre ne jouant pas intégralement sur boyaux. Menés par l’immarcescible talent d’Alexis Kossenko, qui est un des grands chefs Ramistes de tous les temps, on peut saisir chaque nuance de la partition de Rameau la plus proche de Telemann et de l’Ecole de Mannheim. Vivement Acanthe et Cephise avec ce formidable artiste !

Au sommet de l’art dramaturgique, François de Carpentries nous offre encore une fois une magnifique mise en scène ! A la fois simple dans le déroulé de la narration et profonde dans l’expression des sentiments, la mise en scène de François de Carpentries évoque très poétiquement, la nécessité de fantaisie dans la vie pour la croquer à pleines dents. Le besoin irrépressible de candeur pour révéler toute l’humanité qui nous habite. Nous encourageons vivement les professionnels à se pencher et ressentir le travail de François de Carpentries, trop absent de nos scènes Françaises.

A l’issue de cette production on semble s’éveiller du rêve poétique et philosophique qui peuple l’illusion de l’opéra. On se sent beaucoup plus sensible au beau, on se vit encore plus humain, comme une renaissance bénéfique au calme de la douce lumière nordique d’Oldenburg.

  

 

opera-paladins-concerts-festival-annonce-critiqueopera-concerts-classiquenews-classique-news-musique-classique-news-paladins_11©-Stephan-Walzl
 

  

 
 

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COMPTE-RENDU, CRITIQUE, opéra. OLDENBURG, le 16 fev 2019. RAMEAU : Les Paladins. de Carpentries / Kossenko.

Samedi 16 février 2019 à 19h30 – Oldenburgisches Staatstheater – Oldenburg (Allemagne)

Jean-Philippe Rameau
Les Paladins

Argie – Martyna Cymerman
Atis / Manto – Philipp Kapeller
N̩rine РSooyeon Lee
Orcan – Stephen K. Foster
Anselme – Ill-Hoon Choung
Un Paladin – Logan Rucker

Musette – Jean-Pierre Van Hees

BallettCompagnie Oldenburg
Opernchor des Oldenburgischen Staatstheater

Oldenburgisches Staatsorchester
Dir. Alexis Kossenko

Mise en sc̬ne РFran̤ois de Carpentries
Chor̩graphie РAntoine Jully

Photos : Paladins © A REMY – S WALZL

  

  

 

Concerts Rameau : Procopio / Kossenko. Les 6 et 25 août 2014.

video_procopio_manon Rameau : Procopio / Kossenko. Les 6 et 25 août 2014.  Deux ramistes de la nouvelle génération, Bruno Procopio et Alexis Kossenko célèbrent le génie de Jean-Philippe Rameau pour l’année des 250 ans de sa disparition en 1764. Le premier, claveciniste et chef d’orchestre, a enregistré et publié chez Paraty deux disques particulièrement remarqués : un cycle d’extraits des ouvertures et ballets des opéras avec l’orchestre Simon Bolivar sur instruments modernes (album intitulé ” Rameau in Caracas “), puis une nouvelle lecture des Pièces pour clavecin en concerts.  Le second, flûtiste, a édité chez  Erato un récital instrumental et lyrique dédié au Rameau amoureux avec la soprano Sabine Devielhe et son ensemble Les Ambassadeurs. Les deux musiciens ont tous les deux étudié au Conservatoire Supérieur de Paris (CNSMDP).

Bruno Procopio / Alexis Kossenko

Rameau new generation

 

 

 

procopio-kossenko-clavecin-flute-baroque-Rameau-CPE-BACH

 

 

CPE Bach 2014. Parallèlement les deux interprètes s’engagent également pour rétablir le génie d’un autre compositeur baroque, Carl Philipp Emanuel Bach dont 2014 marque le tricentenaire. Par son Å“uvre, son style et son activité musicale en particulier à Hambourg, Carl Philipp montre qu’il ne doit pas sa célébrité uniquement pour être le fils de Bach dont il a Å“uvré à rééditer les Å“uvres et édité le catalogue : c’est un auteur majeur de l’époque classique, illustre représentant de l’esthétique Empfindsamkeit.
En 2014, Alexis Kossenko s’apprête à publier d’ici l’hiver 2014, un nouveau disque dédié aux Trios et aux Concertos (Alpha 821). De son côté, Bruno Procopio vient d’enregistrer au clavecin, les fameuses Sonates Württembeg, considérées comme l’un des plus importants recueils de Sonates pour clavier de la première moitié du XVIIIème siècle. L’album devrait sortir également dans le dernier trimestre de cette année (également pour le label Paraty, distribué par Harmonia Mundi). Le claveciniste connaît d’autant mieux le style et l’écriture de CPE Bach qu’il a enregistré avec le même Orchestre Simon Bolivar (et pour cette session, première pour la phalange vénézuélienne) sur instrument d’époque, plusieurs Sinfonie du compositeur baroque.

 

 

 

agenda

 

En août 2014, avant la sortie de leur albums CPE Bach, les deux ramistes reconnus abordent l’intégrale des Pièces pour clavecin en concert de Jean-Philippe Rameau, les 6 août  au festival  Musique et nature en Bauges, puis 25 août au festival Berlioz de la Côte Saint-André.

Rameau : Pièces pour clavecin en concert
Bruno Procopio, clavecin
Alexis Kossenko, flûte
Patrick Bismuth, violon
Romina Lischka, viole de gambe

VOIR Bruno Procopio jouer les Pièces pour clavecin en concerts

Mercredi 6 août 2014, 21h (Eglise de Pugny-Chatenod)
Lundi 25 août 2014, 17h (Couvent des Carmes, Beauvoir en Royans)

 

Premier concert : La Coulicam – La Livri – Le Vézinet
Deuxième Concert : La Laborde – La Boucon – L’Agaçante – Premier Menuet et Deuxième Menuet
Troisième Concert : La Poplinière – La Timide – Premier tambourin et Deuxième tambourin en rondeau
Quatrième Concert : La Pantomime – L’indiscrète – La Rameau
Cinquième concert : Fugue La Forqueray – La Cupis – La Marais

 

 

 

L’art de la conversation en musique

 

Rameau_Joseph_Aved-Portrait_de_Jean-Philippe_Rameau_vers_1728Les Pièces pour clavecin en concerts de Jean-Philippe Rameau. Au début de sa carrière et bien avant les premiers accomplissements lyriques, Rameau a publié trois livres de pièces de clavecin entre 1706 et 1728, puis sont venues les Pièces de clavecin en concerts… C’est son seul cycle de musique de chambre et le plus inventif de son temps.  Rameau explique dans la préface (intitulée « Avis aux concertants »), qu’ayant constaté le succès immédiat de la forme mêlant clavecin et violon, il a souhaité écrire pour cette combinaison particulièrement concertante, riche en possibilités de dialogues, telle une véritable conversation en musique : « Le quatuor y règne le plus souvent, écrit-il. Il faut non seulement que les trois instruments se confondent entre eux, mais encore que les concertants s’entendent les uns les autres, et que surtout le violon et la viole se prêtent au clavecin, en distinguant ce qui n’est qu’accompagnement, de ce qui fait partie du sujet. C’est en saisissant bien l’esprit de chaque pièce, que le tout s’observe à propos. » Chaque instrumentiste doit donc maîtriser qualité d’écoute et virtuosité caractérisée.
Jamais relégué au second plan tel un instrument d’accompagnement, le clavecin a souvent un rôle concertant, mais il peut être à l’unisson avec les dessus ou leur servir d’accompagnateur coloré. “Cinq de ces pièces ont d’ailleurs été adaptées par lui-même pour clavecin seul. Lors de notre enregistrement, nous nous sommes donc interrogé sur la position du clavecin à côté des deux dessus. Comment respecter son rôle concertant ? Nous avons donc choisi de le mettre au centre de l’enregistrement, car la difficulté a été pour nous de situer les instruments les uns par rapport aux autres” ajoute Bruno Procopio.

Le cas des Pièces pour clavecin en concerts de Rameau reflète idéalement le goût des Lumières en France au XVIIIème : c’est l’emblème d’un art de vivre copié comme modèle dans toute l’Europe. A Rameau revient le prodige d’offrir au temps de Voltaire et des Rois éclairés (Louis XV et La Pompadour, Frédéric II de Prusse, L’impératrice Catherine…) l’expression musicale d’un raffinement inédit où les instruments évoque le jeu et les enjeux de la conversation telle qu’elle a été élaborée au moment où toute l’Europe cultivée parlait français.
“Les Pièces de clavecin en concerts constituent une sorte de maillon entre les sonates en trio italiennes ou les trios polyphoniques de Bach, comme la sonate en trio qui clôt L’Offrande musicale,  et les sonates pour clavier – clavecin ou piano-forte – avec accompagnement de violon obligé ou ad libitum qui se développèrent considérablement à la fin du XVIIIe siècle, en France notamment. Dans ce genre de compositions où le clavier se taillait la part du lion, l’instrument à cordes se bornait à doubler la mélodie ou à ponctuer les basses. Animé par son expérience de musicien de théâtre, Rameau s’émancipe du cadre forgé par les Italiens et par ses prédécesseurs français et raffine sur les détails. Il compose de véritables trios, car chaque « Concert » est un trio presque symphonique où le clavecin, affranchi de toute fonction polyphonique, devient un instrument soliste à part entière à côté de ses deux partenaires qui lui apportent un lumineux complément de richesse sonore “, complète Bruno Procopio à propos des Pièces pour clavecin en concerts. Contribution réalisée pour la sortie de son disque Rameau (d’après les propos recueillis par Adélaïde de Place).

 

 

discographie : 3 cd incontournables

Lire notre critique du cd Rameau : Pièces pour clavecin en concerts par Bruno Procopio

Lire notre critique du cd Rameau : ouvertures et ballets des opéras de Rameau par Bruno Procopio avec l’orchestre Simon Bolivar du Venezuela

Lire notre critique du cd Rameau : le grand théâtre de l’amour par Les Ambassadeurs, Sabine Devielhe et Alexis Kossenko

Rameau : Sabine Devieilhe, le grand théâtre de l’amour

CD. Sabine Devieilhe : Rameau (Erato, 2013)   … Le Grand théâtre de l’Amour. Les Ambasadeurs. Alexis Kossenko, direction. Le sentiment de notre rédacteur Benjamin Ballif suscite l’unanimité de la rédaction de classiquenews : le nouvel album des Ambassadeurs, complices du premier récital lyrique de la jeune diva française Sabine Devieilhe émerveille. La chanteuse était sacrée ” révélation lyrique” aux dernières Victoires de la musique 2013. Voici un Rameau inventif et audacieux, expressif et intelligent qui convainc absolument. Il est d’autant plus pertinent qu’il met en avant cette sensualité raffinée propre au XVIIIè français et qui fait aussi de Rameau, à côté du scientifique et du savant, un poète du coeur et du sentiment d’une irrésistible sensibilité.

 

 

Rameau au sommet

 

Devieilhe_sabine_ERATO_rameau_theatre_amour_ambassadeursRousseau avait bien raison de prendre en grippe le divin Dijonais : son art dépasse tout ce qui a été écrit et composé avant lui sur la scène lyrique et à l’appui de ce récital enchanteur, le compositeur n’est-il pas finalement très proche lui aussi de la nature humaine ? … A la vocalité orfévrée de la cantatrice répond l’investissement passionnant des instrumentistes de l’ensemble fondé par le flûtiste Alexis Kossenko.
En avant première du cd qui paraît le 28 octobre prochain, voici un extrait de la critique développée de notre rédacteur :

” Voici un programme audacieux crânement défendu, qui révèle ou plutôt confirme un immense talent en devenir, à l’aube nous lui souhaitons, d’une prodigieuse carrière.

Nous l’avions découvert dans Lucia (La Somnambula de Bellini à Tourcoing sous la baguette de Jean-Claude Malgloire, octobre 2011), puis retrouvée sur la même nordique, dans le rôle de la Folie de Platée de Rameau (février 2013), personnage à l’affiche du présent cd : et déjà, une gestion de la ligne vocale étonnante et si musicale, doublée par une technique remarquable, avec un don évident pour la caractérisation expressive ; pour son premier récital lyrique discographique, la jeune soprano Sabine Devieilhe, coloratoure sémillante et d’un diamant clair et agile chante langueur, désespoir, extase des grandes amoureuses.
Ses galanteries vocales sont charmeuses et très subtilement ciselées : un format vocal qui sied idéalement à la balance originale des opéras et ballets de Rameau. Elle éblouit par l’intelligence de son timbre naturellement perché. Diction perlée et intelligible (” Pour voltiger dans les bocages ” des Paladins (plage 10), flexibilité vocale, surtout justesse des intentions dramatiques, voici un Rameau ambitieux, osé, risqué… parfaitement tenu, qui montre outre le sens du pari et du défi porté par la diva, sa sensibilité rayonnante et juvénile … qui lui permet demain de chanter deux rôles parmi les plus exposés et redoutable du répertoire, Lakmé (à l’Opéra-Comique, du 10 au 20 janvier 2014), puis La Reine de la Nuit dans La Flûte enchantée de Mozart à l’Opéra de Paris, du 11 mars au 15 avril 2014.

Sabine Devieilhe, diva ramélienne

La Folie amorce le délire avec un raffinement naturel que rehaussent encore la vivacité et les nuances dynamiques de l’orchestre. Tandis que, plus justement accordés à la thématique du cd, Tristes apprêts, pâles flambeaux (Castor et Pollux) étourdit par sa grâce simple et transparente (superbes bassons tout aussi enivrés et funèbres), celle d’un Télaïre pure et digne, touchée par le désespoir le plus noir  : que sa phrase et sa ligne sont animées par une intelligence pudique sans apprêt réellement ; auparavant son Alphise des Borréades, même amoureuse éprouvée, succombe tout autant face à l’épreuve des éléments (omniprésents dans Les Borréades, ultime opéra de Rameau, qui meurt en 1764 avant de l’avoir créé) … son soprano coloratoure, fin et diamantin réussit le passage des vocalises qui attestent de sa détermination conquérante. Car outre la perfection de la technicienne, Sabine Devieilhe sait aussi incarner et imposer un tempérament dramatique d’une élégance superlative. Une sensibilité blessée au timbre limpide et la diction rigoureuse, entre Sandrine Piau et Véronique Gens.
De leur côté, sublimes complices d’un parcours sans fautes, les instrumentistes des Ambassadeurs séduisent par la même souple expressivité, mordants et ductiles à souhait ; voici un Rameau qui n’est pas seulement articulé, rythmiquement pétillant et insolent, sensuellement exquis (remarquable ouverture de Pygmalion) et dramatiquement construit : les interprètes visiblement en complicité, habitent Rameau d’une profondeur et d’une élégance racée totalement convaincante. Avant les célébrations Rameau 2014, pour le 250ème anniversaire de la mort, voici un disque éblouissant par son intelligence musicale, sa perfection sensible, ses prises de risques (instrumentales autant que vocales : écoutez la liberté interprétative de l’orchestre, son éloquence dans le ballet figuré de Zoroastre, ou dans le sommeil d’un pur onirisme – appel au rêve- de Dardanus…), pas feutrés et puissance rythmique de la contredanse des Borréades (plage 9), cors somptueux des mêmes Borréades dans l’air d’Iphise qui précède ;  Voilà bien longtemps, depuis William Christie et ses Arts Florissants si magiciens, que nous n’avions pas écouté une approche aussi aboutie, au relief si remarquablement ouvragé …

Ambassadeurs charmeurs enivrés

Le chef des Ambassadeurs y  paraît avoir plus d’audace, de feu, d’invention qu’un certain Raphaël Pichon, ailleurs présenté à Beaune comme ” champion chez Rameau “, mais en comparaison d’une …. désolante pâleur. La comparaison s’imposait d’elle même car les nouveaux disques Rameau sont plutôt rares, et parce que Sabine Devieilhe a paru également dans le cd Dardanus dirigé par Raphaël Pichon (où moins inspirée, la soprano n’y brille pas d’un même éclat…).

Courrez acheter ce disque jubilatoire, c’est un réjouissant hommage à Rameau et son ” grand théâtre de l’amour “. Prestance, élégance, imagination interprétative approche la perfection d’un autre Ramiste récent, Bruno Procopio qui lui aussi n’est pas à un défi près : faire jouer les musiciens vénézuéliens sur instruments modernes mais dans le style du XVIIIè français ; c’est là encore Rameau qui en sort transfiguré (lire notre critique du cd exceptionnel de Bruno Procopio : Rameau in Caracas, 1 cd Paraty). Vous pourrez comparer d’un orchestre à l’autre, des instruments anciens à ceux modernes, la Chaconne des Indes Galantes (plage 22), avec Les Ambassadeurs d’Alexis Kossenko ou à Caracas sous la houlette de Bruno Procopio : même tempérament, même audace, même réinvention du geste, même ivresse palpitante des instruments et des timbres en fusion … Que Rameau peut être heureux de disposer, aux côtés de l’inégalable William Christie, de nouveaux interprètes parmi la nouvelle génération, capables comme lui de comprendre, vivre, partager le génie du Dijonais.

Seule réserve, les limites du choeur qui ne partage pas cette précision et cette implication de la solistes et des instrumentistes …

Le label Erato qui renaît miraculeusement au détour d’un changement de propriétaire semble recouvrer ses grandes heures baroques, à l’époque des réalisations les plus convaincantes de l’histoire du disque. Voilà qui augure de passionnantes prochaines nouveautés à venir “. Critique complète au moment de la parution du disque de Sabine Devieilhe : le 28 octobre 2013.

 

Rameau : le grand théâtre de l’amour. Les Ambassadeurs. Alexis Kossenko, direction. 1 cd Erato. 1h20 mn.

 

concert
Sabine Devieilhe et Les Ambassadeurs proposent le programme de leur disque au concert à l’Opéra royal de Versailles, superbe hommage à Rameau dans le lieu qui lui est si naturel, le 5 novembre 2013, 20h.

 

vidéo
visionner la jeune soprano Sabine Devieilhe dans la Folie de Rameau (Platée) à Tourcoing, sous la direction de Jean-Philippe Rameau, avec Paul Agnew dans le rôle-titre (février 2013)