CD, critique. RAMEAU : Achante et CĂ©phise. Les Ambassadeurs, Alexis Kossenko (2 cd Erato)

acanthe et cephise rameau alexis kossenko critique cd classiquenewsCD, critique. RAMEAU : Achante et CĂ©phise. Les Ambassadeurs, Alexis Kossenko (2 cd Erato, dĂ©c 2020). La restitution est lĂ©gitime, et cette version, convaincante : Acanthe et CĂ©phise est une partition de première main.OubliĂ©e, mĂ©connue voire dĂ©prĂ©ciĂ©e en raison de sa pseudo prĂ©ciositĂ©, fleurie, rococo, la partition ressuscite avec mordant et vivacitĂ© grâce aux Ambassadeurs dont l’entrain orchestral fait mouche.
Jean-Philippe Rameau (1683-1764) – fĂŞtĂ© en 2014 [250e anniversaire de la mort] compose en guise de commande dynastique, un manifeste musical dĂ©bridĂ©, en rĂ©alitĂ© expĂ©rimental qui Ă©tait passĂ© sous les radars ; Achante et CĂ©phise, pastorale hĂ©roĂŻque en trois actes cĂ©lèbre en 1751, la naissance du duc de Bourgogne (Louis-Joseph-Xavier, petit-fils de Louis XV, hĂ©ritier de la couronne, qui sera foudroyĂ© 10 ans plus tard Ă  9 ans, d’une tuberculose osseuse).

En dĂ©cembre 2020, le chef Alexis Kossenko porte la partition avec une intensitĂ© convaincante, jouant surtout sur les effets de contrastes et la caractĂ©risation des personnages ; Ă  ce titre c’est essentiellement le mĂ©chant Oroès gĂ©nie aĂ©rien malĂ©fique qui vole la vedette Ă  ses partenaires chanteurs ; le baryton David Witczak Ă©blouit de bout en bout ; mordant, vif, Ă©patant, en rien caricatural d’une Ă©lĂ©gance dĂ©lirante Ă  laquelle se joint un souci d’intelligibilitĂ© exemplaire, cette dernière qualitĂ© le distinguant ici, devant tout autre.

L’histoire dĂ©veloppĂ©e par le livret de Marmontel, proche de Voltaire qui a aussi collaborĂ© avec Rameau (l’opĂ©ra perdu Sanson, Le temple de la gloire), Ă©voque en lien avec la recherche du Rameau thĂ©oricien, cette facultĂ© qu’ont certaines notes Ă  vibrer naturellement par rĂ©sonance ou « sympathie » ; ainsi en est-il du couple des amants Acanthe et CĂ©phise qui grâce Ă  leur protectrice (la fĂ©e), ressent Ă  distance ce que l’autre Ă©prouve. Magie de l’amour qui inspire Ă  Rameau, une partition particulièrement raffinĂ©e. Voire hallucinante tant son travail sur l’orchestre manifeste le plus haut degrĂ© de raffinement comme d’audace.

 

 

 

Le génie de Rameau célébré…
Acanthe et CĂ©phise (1751),
une œuvre inclassable et expérimentale

 

 

 

RAMEAU-jean-philippe-portrait-concert-critique-classiquenews-JEUNE-ORCHESTRE-RAMEAU-carre-grand-formatEn particulier dès l’ouverture, vĂ©ritable festival pĂ©taradant et scintillant de couleurs (les cris de la foule, les coups de canons, les feux d’artifice… Ă  l’annonce de la naissance royale / le choix de clarinettes dont le timbre inĂ©dit alors dans une Ĺ“uvre française souligne la plasticitĂ© du style ramellien et ses innovations sans limites pour faire chanter et parler les instruments. Cf le quatuor pour clarinettes et cors pour un entracte au II). Avant Mozart, Rameau se passionne pour le timbre de la clarinette, dĂ©couverte probablement avec la visite de musiciens de BohĂŞme attestĂ©s Ă  paris dans les annĂ©es 1740.
Toute la partition exprime une invention unique au XVIII ème dont les singularitĂ©s remarquables se retrouvent des Hippolyte et Aricie, premier opĂ©ra de 1733, ou dans Nais, opĂ©ra pour la paix, sans omettre Zoroastre de 1749 (qui utilise selon les possibilitĂ©s hautbois ou clarinette); Castor et Pollux, le dernier opĂ©ra Les BorĂ©ades (1764) dont les alliance de timbres et la direction de l’Ă©criture orchestrale restent inouĂŻes pour l’Ă©poque … Autant de prouesses qui font de Rameau le plus grand compositeur français des Lumières. Un moderne inclassable en somme qui marque le gĂ©nie musical hexagonal comme Berlioz et Ravel.
L’Ă©criture d’Acanthe exprime aussi le divin chant de l’amour et le miracle qu’il permet : la Naissance ainsi cĂ©lĂ©brĂ©e. Et pour ciseler encore la couleur amoureuse Rameau ne conçoit les amants que dans des duos enivrĂ©s. Une union indĂ©fectible contre laquelle les effets d’Oroès jaloux tombent les uns après les autres.

Alexis Kossenko fait briller et mĂŞme claquer tous les accents d’un orchestre incroyablement magicien. Il en fait un manège exaltĂ©, tout du long, dans airs et rĂ©cits (tous orchestrĂ©s), souvent survoltĂ© Ă  la Dysney (style Fantasia) mais sans perdre un instant les enjeux de chaque situation. Il est Ă©vident ici que l’acteur principal est l’orchestre que complète avec style le choeur.

Pour accrĂ©diter encore la prĂ©sente lecture, un soin particulier s’est concentrĂ© sur l’instrumentation… Qui entend restituer la balance sonore et la palette instrumentale de l’Orchestre de Rameau tel qu’il en disposait Ă  l’acadĂ©mie royale de musique. De fait la puissance des violoncelles (ici 9 quand le chef Bruno Procopio en a osĂ© jusqu’à 11dans un rĂ©cent concert Ă©vĂ©nement inaugurant son propre orchestre JOR JEUNE ORCHESTRE RAMEAU Ă  Mazan, Var, le 31 oct 2201, avec mĂŞme 2 clavecins – lire ci dessous) remodèle les Ă©quilibres sonores faisant surgir par la souplesse et l’Ă©nergie du pupitre de basses ainsi recomposĂ©, la naissance de l’Orchestre moderne. RAMEAU PREMIER SYMPHONISTE FRANÇAIS, on en supputait l’idĂ©e sans penser que cette option se confirmerait aujourd’hui avec pertinence.
VoilĂ  que se dessine sous un jour nouveau une nouvelle approche de Rameau, instrumentalement argumentĂ©e et de plus en plus “authentique”. Avec des voix mieux choisies et surtout intelligibles, un chef comme ici engagĂ©, fiĂ©vreux, dĂ©taillĂ©… Les surprises et nouveaux accomplissement sont Ă  venir. DĂ©jĂ  est annoncĂ© en 2022, une nouvelle version de Zoroastre, celle de la crĂ©ation scandaleuse de 1749, plutĂ´t que celle de 1756, davantage connue (et enregistrĂ©e), après une recherche aussi argumentĂ©e que cet Acanthe… On l’attend avec impatience en souhaitant que les voix soient plus attentives Ă  l’articulation du texte, vraie faiblesse de cet enregistrement pourtant des plus dĂ©lectables.

 

 

 

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CD, critique. RAMEAU : Achante et Céphise. Sabine Devieilhe (Céphise), Cyrille Dubois (Achante), David Witczak (le génie Oroès), Judith Van Wanroij (Zirphile). Les Ambassadeurs, La Grande Écurie. Direction : Alexis Kossenko. Les Chantres du Centre de musique baroque de Versailles. 2 cd Erato - enregistré en déc 2020.

 

 

 

 

 

 

D’autres réalisations RAMEAU à connaître absolument,
critiqués sur CLASSIQUENEWS :

 

 

 

Le Temple de la gloire par Nicholas McGegan, 2017 : un vent nouveau ramélien venu des Amériques, depuis Berkeley en Californie…
rameau temple de la gloire temple of glory cd review cd critique par classiquenews mcgegan philharmonia baroque orchestra cd MI0004433611CD, critique. RAMEAU : Le Temple de la Gloire (McGegan, Berkeley, 2017 – 2 cd Philharmonia Baroque Orchestra). Concernant un précédent enregistrement haendélien celui-là, et réalisé en 2005 (Atalanta), nous avions déjà souligné la saisissante activité dont était capable la direction de Nicholas McGegan : un vent de renouveau semblant souffler sur les œuvres baroques françaises et européennes, dont l’activité, l’expressivité, le frémissement spontané… contrastaient nettement avec ses homologues français en particulier. D’emblée ce qui frappe dans cette lecture du Temple de la Gloire, c’est l’éloquente naïveté et la fraîcheur qui sonnent comme improvisées et donnent l’impression délectable que la musique qui s’écoule, se fait au moment de la représentation…
D’autant qu’il s’agit d’un live, saisi sur le vif avec les applaudissements du public américain, et ses réactions en cours de spectacle. La sensibilité intacte du chef britannique porte tout l’édifice. Cette candeur qui s’efforce à chaque mesure, restitue l’étonnante vitalité suggestive d’une musique qui est poétique de la tendresse et de la sensualité ; qui s’exprime à part, essentiellement instrumentalement, quand Rameau, génie de l’orchestration, diffuse sa mystique de la danse… là où les français cérébralisent, se figent, voire se pétrifient souvent dans une raideur mécanique, – trait remarqué chez beaucoup de chefs actuels, ou se cantonnent à un paraître rigide et corseté.
https://www.classiquenews.com/cd-critique-rameau-le-temple-de-la-gloire-mcgegan-berkeley-2017-2-cd-philharmonia-baroque-orchestra/

 

 

 

Le concert inaugural du JOR JEUNE ORCHESTRE RAMEAU fondé et dirigé par Bruno Procopio / l’orchestre tel que Rameau l’a dirigé au XVIIIè / La FORGE ORCHESTRALE DES LUMIERES A L’ORIGINE DE L’ORCHESTRE MODERNE : critique du concert à Mazan, le 31 oct 2021 :
Naissance du JOR JEUNE ORCHESTRE RAMEAU !CRITIQUE, concert. MAZAN, dim 31 oct 2021. RAMEAU : Suite symphonique « Guerre et Paix » (création), JOR Jeune Orchestre Rameau, Brun Procopio, direction. Il est né le divin JOR ! De concert et dans une entente toute en complicité, le chef franco-bréslien Bruno Procopio et la musicologue Sylvie Bouissou ont conçu un programme éminemment symphonique qui sélectionne plusieurs extraits d’opéras de Jean-Philippe Rameau : ouvertures, danses, intermèdes divers (tempête,…), mais avec la cohérence d’une dramaturgie dont le titre éclaire les caractères successifs « guerre et paix ». Ce diptyque est un vrai défi pour les instrumentistes réunis sous la baguette du maestro, fondateur ainsi de son propre orchestre : le JOR pour Jeune Orchestre Rameau : une nouvelle phalange dédiée uniquement à l’interprétation des œuvres du Dijonais et qui ce dimanche 31 octobre vit son baptême officiel.
https://www.classiquenews.com/critique-concert-mazan-dim-31-oct-2021-rameau-suite-symphonique-guerre-et-paix-creation-jor-jeune-orchestre-rameau-brun-procopio-direction/

 

 

 

Le Temple de la gloire par Guy Van Waas – 2016
rameau temple de la gloire guy van waas cd critique review classiquenewsCD, compte rendu critique. Rameau (1683-1764) : Le Temple de la Gloire (Guy van Waas, 2 cd Ricercar RIC 363). Voici le Rameau officiel qui colle à son sujet : c’est bien en 1745, le musicien le plus célébré, compositeur atitré à Versailles (nommé en cette même année de reconnaissance, “compositeur de la musique du Cabinet”) qui s’affirme ici, à croire que le héros finalement glorifié serait bien Rameau lui-même. En tout cas sa musique est l’une des plus fastueuses, flamboyantes, diversifiées. C’est l’année des prodiges pour le compositeur : Platée, La Princesse de Navarre et donc Le Temple de la Gloire : universel, génie imaginatif, Rameau imagine dans le ballet héroïque, trois opéras en un. Bacchanale pour la première entrée (Bélus), bacchanale pour la seconde entrée (Bacchus), tragédie pour la troisième entrée (Trajan). Même le Prologue est l’un des plus raffinés et aboutis, suscitant dans le personnage de l’Envie trépignant aux abords du Temple, l’un des personnages graves et tragiques, accompagné par les bassons, parmi les plus saisissants conçus par Rameau.
https://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-critique-rameau-1683-1764-le-temple-de-la-gloire-guy-van-waas-2-cd-ricercar-ric-363/

 

 

 

rameau dardanus vashegyi orfeo orchestra cd critique classiquenews cyrille duboisCD critique. RAMEAU : Dardanus, 1744 (Orfeo Orchestra, Vashegyi, 2 cd Glossa, 2020) — Enregistré au MÜPA, le principal centre de concerts de Budapest, en mars 2020, cette nouvelle lecture de Dardanus de Rameau, opéra héroïque et fantastique du génie Baroque français (créé en nov 1739 avec le légendaire Jélyotte dans le rôle-titre, futur créateur de Platée en 1745…), confirme évidemment le souffle dramatique du chef György Vasgeyi dont classiquenews suit pas à pas les réalisations discographiques : aucun doute le maestro maîtrise la veine ardente, noble, expressive de Rameau sans omettre son sens premier de l’orchestre, son goût des timbres instrumentaux, surtout la vitalité organique des divertissements et des ballets qui leur sont associés : lourre, rigaudons, menuets, tambourins des Phrygiens qui occupent et ferment l’action du III / menuet, musette, contredanse enfin chaconne finale, dans la tradition de Lully depuis le XVIIè, qui concluent le V…);
http://www.classiquenews.com/cd-critique-rameau-dardanus-1744-orfeo-orchestra-vashegyi-2-cd-glossa-2020/

 

 

 

RAMEAU-cd-boreades-vaklav-luks-cd-critique-classiquenewsCD, critique. Rameau : Les Boréades (Cachet, Weynants, Kristjánsson… Luks, 3 cd Château de Versailles, janv 2020). Pour célébrer la fin de la guerre de Sept ans en 1763, victoire de Louis XV, Rameau, compositeur officiel compose son dernier ouvrage Les Boréades, sans pouvoir accompagner jusqu’à sa création, ce chef d’oeuvre du XVIIIè, car il meurt en répétitions (sept 1764). Jamais l’ouvrage ne sera créé sur la scène de l’Académie royale. Les dernières recherches ont montré que l’opéra était achevé en réalité dès juin 1763 devant être créé à Choisy. Le livret de Cahusac trop subversif (osant même montrer l’arbitraire cruel d’un souverain : torture et nouveau supplice d’Alphise par Borée le dieu des vents nordiques) ; héritier des Lumières, Rameau octogénaire dénonce alors la torture. Audacieuse et visionnaire intelligence propre aux philosophes français.
La redoutable difficulté des récits accompagnés, la tenue de l’orchestre où brillent les timbres instrumentaux d’une manière inédite (cors et clarinettes dès le début), exprimant cet imaginaire sans équivalent d’un Rameau, génial orchestrateur. Le Praguois Václav Luks et son Collegium 1704 aborde la partition avec un appétit rafraîchissant, une vivacité régulière qui cependant manque de la séduction élégantissime d’un Christie (Opéra de Paris, 2003) ou d’un McGegan
http://www.classiquenews.com/cd-evenement-critique-rameau-les-boreales-luks-3-cd-chateau-de-versailles-janv-2020/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

CRITIQUE, opéra. OLDENBOURG, Opéra, le 3 nov 2021. RAMEAU : Les Boréades. Alexis Kossenko / Christoph von Bernuth

RAMEAU-jean-philippe-portrait-concert-critique-classiquenews-JEUNE-ORCHESTRE-RAMEAU-carre-grand-formatCRITIQUE, opĂ©ra. OLDENBOURG, OpĂ©ra, le 3 nov 2021. RAMEAU : Les BorĂ©ades. Alexis Kossenko / Christoph von Bernuth – Le voyage de Paris Ă  Oldenburg au dĂ©but du mois de novembre 2021 est une belle dĂ©clinaison des paysages allemands. Des puissantes flĂŞches de Cologne et sa cathĂ©drale qui domine le Rhin, Ă  la douce campagne vallonnĂ©e de la Basse-Saxe, on traverse des territoires au charme romantique. Dans cette partie du territoire germanique, oĂą les embruns de la Mer du Nord forment les dunes aux contreforts de la Frise, se trouve une jolie petite ville : Oldenbourg. Que l’on ne s’y trompe pas, cette citĂ© n’a rien d’un dĂ©cor d’opĂ©rette, c’est le siège d’une histoire ancienne et prestigieuse.
Ancien duchĂ© qui a donnĂ© des monarques au Danemark et Ă  la puissante Russie, c’est Ă  cause de l’annexion des terres du duc d’Oldenbourg que le tsar Alexandre Ier dĂ©clare la guerre Ă  NapolĂ©on Ier; s’ensuivit la calamiteuse Campagne de Russie en 1812. Oldenbourg a de quoi ĂŞtre fière en plus d’un patrimoine quasiment intact.
C’est dans le théâtre centenaire d’Oldenbourg que le souffle de BorĂ©e allait emporter tout sur son passage, en faisant se dĂ©ployer la force de la dernière partition de Jean-Philippe Rameau, Les BorĂ©ades.
Après avoir programmé Les Paladins de Rameau sur sa très belle scène, le Oldenburgisches Staatstheater poursuit son exploration de la musique française baroque avec le chef Alexis Kossenko.

 
 

Hyperboréennes

 
 

Les BorĂ©ades, prĂ©vues et rĂ©pĂ©tĂ©es pour leur crĂ©ation en 1764, n’ont pas pu voir le jour Ă  cause de la mort de Rameau. La partition a finalement Ă©tĂ© crĂ©Ă©e en 1982 au Festival d’Aix-en-Provence par John-Eliot Gardiner, production immortalisĂ©e au disque. Outre les nombreuses mises-en-scène qui existent en France dont Robert Carsen avec William Christie Ă  l’OpĂ©ra de Paris, l’irruption de cette oeuvre Ă  Oldenbourg n’a rien Ă  envier Ă  ses prĂ©dĂ©cesseures outre-Rhin.

L’approche de Christoph von Bernuth offre une comprĂ©hension totale du livret et ses multiples nuances. Sa vision ne s’arrĂŞte pas simplement Ă  cette histoire qui mĂŞle critique des privilèges et abus de pouvoir : on sent un sens aigu de l’analyse de la complexitĂ© de l’ĂŞtre humain. Se dĂ©voilent ainsi des personnages avec des facettes inattendues. Bernuth rĂ©ussit Ă  s’affranchir de l’argument “mĂ©tĂ©orologique” pour apporter une thèse plus humaniste, voire encyclopĂ©dique de l’opĂ©ra. Le livret de Louis de Cahusac prend alors toute son importance idĂ©ologique et cosmopolite. En rapprochant l’argument de nos Ă©gĂ©ries du XXIème siècle, Bernuth tisse un lien très beau entre nous et les Lumières. En suivant son argumentaire, nous sommes tous des astres en puissance et le destin ne s’abat que sur celles et ceux qui cèdent au conformisme.

La direction d’Alexis Kossenko est une merveille. Chaque accent, chaque articulation, chaque nuance est marquĂ©e avec un souci de proposer la plus grande justesse et une panoplie complète de couleurs. On entend parfaitement que c’est un des meilleurs chefs de sa gĂ©nĂ©ration et en particulier dans la musique complexe de Rameau. L’Oldenburgisches Staatsorchester sur instruments modernes, mais avec quelques archets baroques, Ă©tonne par les couleurs qui s’y dĂ©ploient. Les tempĂŞtes se dĂ©chaĂ®nent en trombe et avec toute la justesse qu’il faut Ă  la musique de Rameau. DĂ©jĂ  remarquĂ© lors de la production des Paladins, l’orchestre persiste dans le dĂ©ploiement des couleurs et de sa maĂ®trise de tous les rĂ©pertoires. On aimerait que certains orchestres français s’en inspirent.

La fabuleuse Alphise d’Elena Harsanyi captive, voix d’une belle amplitude aux mediums solides et dĂ©veloppĂ©s, aux aigus d’une grande prĂ©cision et d’une grande beautĂ©. La prosodie est correcte et le respect du style est impressionnant de justesse. Face Ă  elle, Mathias Vidal est un Abaris de lĂ©gende. Il dĂ©ploie toutes les couleurs de la tessiture complexe du personnage, avec la maĂ®trise absolue du langage de Rameau.

Remarquables aussi les princes BorĂ©ades, le baryton corĂ©en Kihun Yoon (BorilĂ©e) a la voix puissante et charnue, malgrĂ© quelques problèmes de soutien, il s’en sort magnifiquement bien. Calisis est dĂ©volu Ă  SĂ©bastian Monti, au timbre fruitĂ© et puissant, d’une beautĂ© gĂ©nĂ©reuse et ciselĂ©e dans les harmoniques. Le terrifiant BorĂ©e est Joao Fernandes, remarquable comĂ©dien et, comme Ă  son habitude, au timbre riche en contrastes, mĂŞme si on remarque qu’avec le temps sa voix a gagnĂ© en puissance et en justesse, nous avons Ă©tĂ© ravis de le retrouver dans Rameau.

Remarquons aussi Philipp Alexander Mehr, malgrĂ© un français quelque peu hĂ©sitant, il a rĂ©ussi Ă  rendre le personnage d’Adamas plus chaleureux que d’habitude. Mention spĂ©ciale Ă  la Polymnie de Julia Wagner et la SĂ©mire de Martha Eason, deux voix Ă  suivre absolument.

L’art de la danse n’a pas Ă©tĂ© nĂ©gligĂ© avec la chorĂ©graphie prĂ©cise et inventive de la Ballettcompagnie Oldenburg.

Après la rĂ©vĂ©lation finale qui clĂ´t Les BorĂ©ades, on a plaisir Ă  songer qu’il y a dans le destin de chaque ĂŞtre un parcours qu’il faut poursuivre, mais l’arrivĂ©e est toujours ensoleillĂ©e par le devoir accompli et la sagesse rĂ©coltĂ©e tout au long du parcours. C’est en tous cas la leçon de Cahusac que Christoph von Bernuth nous invite Ă  contempler. A la fin de tout, le vent n’apporte pas que des tempĂŞtes, mais il souffle toujours dans la bonne direction.

 
 

 
 
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CRITIQUE, opéra. OLDENBOURG, Opéra, le 3 nov 2021. RAMEAU : Les Boréades. Alexis Kossenko / Christoph von Bernuth / Oldenburgisches Staatstheater (Oldenbourg, Allemagne)

Jean-Philippe Rameau (1683 – 1764
Les Boréades (création posthume 1982)

Alphise – Elena Harsanyi
Abaris – Mathias Vidal
BorilĂ©e – Kihun Yoon

Calisis – SĂ©bastian Monti
BorĂ©e – Joao Fernandes
Adamas – Philipp Alexander Mehr
L’Amour – Bogna Bernagiewicz
SĂ©mire – Martha Eason
Apollon – Leonardo Lee
Polymnie – Julia Wagner
Le Tambour – Michael Metzler

BalettCompagnie Oldenburg
Oldenburgisches Staatsorchester
Opernchor des Oldenburgischen Staatstheaters

Direction musicale – Alexis Kossenko
Mise-en-scène – Christoph von Bernuth

 
 

 
 

COMPTE-RENDU, critique opéra. TOURCOING, Atelier lyrique, le 9 fév 2020. CHABRIER : L’Etoile. Alexis Kossenko / Jean-Philippe Desrousseaux

Éblouissante ETOILE de Chabrier Ă  TOURCOINGCOMPTE-RENDU, critique opĂ©ra. TOURCOING, Atelier lyrique, le 9 fĂ©v 2020. CHABRIER : L’Etoile.  Avec Carl Ghazarossian, Alain Buet, Ambroisine BrĂ©, Nicolas Rivenq… Alexis Kossenko / Jean-Philippe Desrousseaux… A l’occasion d’une visite dans les Hauts-de-France, on ne saurait trop conseiller de faire halte Ă  Tourcoing, troisième ville de la rĂ©gion après Lille et Amiens ; qui peut s’enorgueillir d’avoir vu naĂ®tre des compositeurs aussi illustres que Gustave Charpentier ou Albert Roussel. Indissociable de la personnalitĂ© charismatique de son fondateur Jean-Claude Malgoire (1940-2018),  l’Atelier lyrique de Tourcoing donne depuis 1981 une rĂ©sonance internationale Ă  cette ancienne capitale du textile, reconnue pour cette ambition artistique de haut niveau. DĂ©sormais, il revient Ă  François-Xavier Roth (nĂ© en 1971) de prendre la relève du regrettĂ© Malgoire Ă  la direction artistique de l’Atelier lyrique, tandis qu’Alexis Kossenko (nĂ© en 1977) fait de mĂŞme Ă  la tĂŞte de l’orchestre sur instruments d’époque, La Grande Ecurie et la Chambre du Roy.

 

 

 

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Lazuli / Laoula : Ambroisine Bré et Anara Khassenova  © Simon Gosselin

 

 

 

C’est prĂ©cisĂ©ment le jeune flĂ»tiste et chef d’orchestre français que l’on retrouve Ă  Tourcoing pour l’une des productions les plus attendue de la saison, l’ébouriffante Etoile (1877) d’Emmanuel Chabrier (voir notre prĂ©sentation : https://www.classiquenews.com/letoile-de-chabrier-a-tourcoing/). On avoue ne pas comprendre pourquoi un tel chef d’œuvre de malice et d’intelligence ne figure pas plus souvent au rĂ©pertoire hexagonal – au moins pendant les fĂŞtes de fin d’annĂ©e, aux cĂ´tĂ©s des grands succès d’Offenbach. On se rĂ©jouit par consĂ©quent de cette heureuse initiative, et ce d’autant plus que le plateau vocal rĂ©uni se montre d’un niveau proche de l’idĂ©al.
Ainsi de la rayonnante Ambroisine Bré qui donne à son Lazuli un brio vocal d’une rare conviction dans l’équilibre entre vérité théâtrale et raffinement vocal, tandis que Carl Ghazarossian (Ouf 1er) ne lui cède en rien dans sa composition désopilante, entre morgue cruelle et lassitude feinte. Si Anara Khassenova (la Princesse Laoula) affiche également un haut niveau, Juliette Raffin-Gay (Aloès) est plus en retrait du fait d’une émission parfois étroite, hormis dans son air bien travaillé au II. La production doit beaucoup à l’aisance comique des impayables Alain Buet (très solide Siroco), Nicolas Rivenq (superbe d’autodérision) ou Denis Mignien (à la folie douce-amère). Les chœurs un rien timides au début, avec quelques décalages notables, se montrent de plus en plus affirmés tout au long de la soirée, avant de pleinement convaincre.

tourcoing-atelier-lyrique-Kossenko-etoile-chabrier-annonce-critique-classiquenewsMais c’est peut-être plus encore l’énergie insufflé dans la fosse qui impressionne par son à-propos : si vous n’avez jamais su ce que voulait dire « faire chanter un orchestre », écoutez Alexis Kossenko (photo ci contre) ! Autant les attaques sèches que la précision et la virtuosité des affrontements entre pupitres donnent des accents inouïs de vitalité, le tout au service d’une expression dramatique qui n’en oublie jamais de faire ressortir les détails humoristiques de l’orchestration. Ce tourbillon de bon humeur répond à la non moins réussie mise en scène de Jean-Philippe Desrousseaux – dont le travail pour Pierrot Lunaire d’Arnold Schönberg avait déjà été récompensé en 2017 par le prix du Meilleur créateur d’éléments scéniques, décerné par l’Association professionnelle de la critique, théâtre, danse et musique. Desrousseaux revisite son décor unique pendant toute la représentation avec maestria, autant par un travail sur les éclairages qu’une mise en valeur des éléments scéniques. Son imaginative direction d’acteur donne beaucoup de plaisir par son double regard qui s’adresse autant aux plus petits qu’à leurs ainés : on retient notamment les nombreux gags visuels intemporels façon Iznogoud ou les délicieux animaux exotiques animés à l’ancienne par deux comédiens. Les rires des tout petits ne trompent pas quant à la réussite du projet, vivement applaudi par le chaleureux public de Tourcoing.

   

 
 
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Ambroisine Bré (Lazuli), Anara Khassenova (la Princesse Laoula), Carl Ghazarossian (Le Roi Ouf 1er) © Simon Gosselin

 

    
 

 

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Compte-rendu, opéra. Tourcoing, Atelier lyrique, le 9 février 2020. Chabrier : L’Etoile. Ambroisine Bré (Lazuli), Anara Khassenova (la Princesse Laoula), Juliette Raffin-Gay(Aloès), Carl Ghazarossian (Le Roi Ouf 1er), Alain Buet (Siroco), Nicolas Rivenq (Hérisson de Porc-Epic), Denis Mignien (Tapioca), Denis Duval  (le chef de la police). Ensemble vocal de l’Atelier Lyrique de Tourcoing, La Grande écurie et la Chambre du Roy, Alexis Kossenko (direction musicale) / Jean-Philippe Desrousseaux (mise en scène). A l’affiche de l’Atelier lyrique de Tourcoing, du 7 au 11 février 2020. Photo : © Simon Gosselin / Atelier Lyrique de Tourcoing, service de presse.

 

 

 

VOIR aussi notre TEASER et notre REPORTAGE VIDEO de l’Étoile de Chabrier par l’Atelier Lyrique de TOURCOING Kossenko / Desrousseaux, fév 2020

 

 

TOURCOING. L’Etoile de Chabrier, 1877, Ă  l’affiche de l’Atelier Lyrique, les 7, 9, 11 fĂ©vrier 2020

Éblouissante ETOILE de Chabrier Ă  TOURCOINGREPORTAGE. ATELIER LYRIQUE DE TOURCOING : L’ÉTOILE de Chabrier, 7, 9, 11 fĂ©v 2020. Nouvelle production. DadaĂŻste, loufoque, fantasque, en rĂ©alitĂ© de pure fantaisie, l’inspiration de Chabrier mĂŞle et Mozart et Offenbach en un dĂ©licieux théâtre poĂ©tique (Verlaine a participĂ© au livret). Cette nouvelle production de son opĂ©ra comique L’étoile (1877) prĂ©sentĂ©e par l’Atelier Lyrique de Tourcoing, jamais en reste d’un dĂ©fi nouveau, devrait le dĂ©montrer en fĂ©vrier 2020 (3 reprĂ©sentations). 7 ans après la dĂ©faite national, les esprits s’éloignent du « teuton » Wagner (jugĂ© suspect, au moins jusqu’au dĂ©but des annĂ©es 1890) et recherchent Ă  rĂ©gĂ©nĂ©rer le genre lyrique dans de nouveaux sujets, et de nouveaux formats. « La Ballade des gros dindons », « La Pastorale des cochons roses », sans omettre les couplets du duo de la Chartreuse verte, parodie dĂ©jantĂ©e du chant bellinien… sont autant de titres qui soulignent la facĂ©tie souveraine d’un Chabrier, original, iconoclaste, inclassable. RĂ©formateur mais raffinĂ©. Un indĂ©crottable auvergnat soucieux de rĂ©former les codes de l’OpĂ©ra Ă  Paris.
Dans une tyrannie orientale de pur fantasme, orchestrĂ©e par le Roi Ouf 1er, fou dĂ©lirant Ă©gocentrique, on Ă©vite toute contestation au pouvoir pour Ă©viter d’être condamnĂ© Ă  mourir empalĂ© ! Heureusement l’amour du jeune marchant Lazuli pour la belle Laoula vaincra tout obstacle… – REPORTAGE @studio CLASSIQUENEWS 2020 – RĂ©alisation : Philippe-Alexandre Pham fĂ©vrier 2020

LIRE aussi notre prĂ©sentation complète de L’Étoile de Chabrier, 1877, l’Ă©vĂ©nement lyrique portĂ© par L’Atelier Lyrique de Tourcoing, les 7, 9 et 11 fĂ©vrier 2020

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Éblouissante ETOILE de Chabrier Ă  TOURCOINGREPORTAGE. ATELIER LYRIQUE DE TOURCOING : L’ÉTOILE de Chabrier, 7, 9, 11 fĂ©v 2020. Nouvelle production. DadaĂŻste, loufoque, fantasque, en rĂ©alitĂ© de pure fantaisie, l’inspiration de Chabrier mĂŞle et Mozart et Offenbach en un dĂ©licieux théâtre poĂ©tique (Verlaine a participĂ© au livret). Cette nouvelle production de son opĂ©ra comique L’étoile (1877) prĂ©sentĂ©e par l’Atelier Lyrique de Tourcoing, jamais en reste d’un dĂ©fi nouveau, devrait le dĂ©montrer en fĂ©vrier 2020 (3 reprĂ©sentations). 7 ans après la dĂ©faite national, les esprits s’éloignent du « teuton » Wagner (jugĂ© suspect, au moins jusqu’au dĂ©but des annĂ©es 1890) et recherchent Ă  rĂ©gĂ©nĂ©rer le genre lyrique dans de nouveaux sujets, et de nouveaux formats. « La Ballade des gros dindons », « La Pastorale des cochons roses », sans omettre les couplets du duo de la Chartreuse verte, parodie dĂ©jantĂ©e du chant bellinien… sont autant de titres qui soulignent la facĂ©tie souveraine d’un Chabrier, original, iconoclaste, inclassable. RĂ©formateur mais raffinĂ©. Un indĂ©crottable auvergnat soucieux de rĂ©former les codes de l’OpĂ©ra Ă  Paris.
Dans une tyrannie orientale de pur fantasme, orchestrĂ©e par le Roi Ouf 1er, fou dĂ©lirant Ă©gocentrique, on Ă©vite toute contestation au pouvoir pour Ă©viter d’être condamnĂ© Ă  mourir empalĂ© ! Heureusement l’amour du jeune marchant Lazuli pour la belle Laoula vaincra tout obstacle… – REPORTAGE @studio CLASSIQUENEWS 2020 – RĂ©alisation : Philippe-Alexandre Pham fĂ©vrier 2020

LIRE aussi notre prĂ©sentation complète de L’Étoile de Chabrier, 1877, l’Ă©vĂ©nement lyrique portĂ© par L’Atelier Lyrique de Tourcoing, les 7, 9 et 11 fĂ©vrier 2020

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REPORTAGE : L’Etoile de Chabrier par l’Atelier Lyrique de TOURCOING (7, 9 et 11 fĂ©v 2020)

Éblouissante ETOILE de Chabrier Ă  TOURCOINGREPORTAGE. ATELIER LYRIQUE DE TOURCOING : L’ÉTOILE de Chabrier, 7, 9, 11 fĂ©v 2020. Nouvelle production. DadaĂŻste, loufoque, fantasque, en rĂ©alitĂ© de pure fantaisie, l’inspiration de Chabrier mĂŞle et Mozart et Offenbach en un dĂ©licieux théâtre poĂ©tique (Verlaine a participĂ© au livret). Cette nouvelle production de son opĂ©ra comique L’étoile (1877) prĂ©sentĂ©e par l’Atelier Lyrique de Tourcoing, jamais en reste d’un dĂ©fi nouveau, devrait le dĂ©montrer en fĂ©vrier 2020 (3 reprĂ©sentations). 7 ans après la dĂ©faite national, les esprits s’éloignent du « teuton » Wagner (jugĂ© suspect, au moins jusqu’au dĂ©but des annĂ©es 1890) et recherchent Ă  rĂ©gĂ©nĂ©rer le genre lyrique dans de nouveaux sujets, et de nouveaux formats. « La Ballade des gros dindons », « La Pastorale des cochons roses », sans omettre les couplets du duo de la Chartreuse verte, parodie dĂ©jantĂ©e du chant bellinien… sont autant de titres qui soulignent la facĂ©tie souveraine d’un Chabrier, original, iconoclaste, inclassable. RĂ©formateur mais raffinĂ©. Un indĂ©crottable auvergnat soucieux de rĂ©former les codes de l’OpĂ©ra Ă  Paris.
Dans une tyrannie orientale de pur fantasme, orchestrĂ©e par le Roi Ouf 1er, fou dĂ©lirant Ă©gocentrique, on Ă©vite toute contestation au pouvoir pour Ă©viter d’être condamnĂ© Ă  mourir empalĂ© ! Heureusement l’amour du jeune marchant Lazuli pour la belle Laoula vaincra tout obstacle… – REPORTAGE @studio CLASSIQUENEWS 2020 – RĂ©alisation : Philippe-Alexandre Pham fĂ©vrier 2020

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TOURCOING : l’Atelier Lyrique joue L’Étoile de Chabrier (7,9,11 fĂ©vrier 2020)

Éblouissante ETOILE de Chabrier Ă  TOURCOINGTEASER. ATELIER LYRIQUE DE TOURCOING : L’ÉTOILE de Chabrier, 7, 9, 11 fĂ©v 2020. Nouvelle production. DadaĂŻste, loufoque, fantasque, en rĂ©alitĂ© de pure fantaisie, l’inspiration de Chabrier mĂŞle et Mozart et Offenbach en un dĂ©licieux théâtre poĂ©tique (Verlaine a participĂ© au livret). Cette nouvelle production de son opĂ©ra comique L’étoile (1877) prĂ©sentĂ©e par l’Atelier Lyrique de Tourcoing, jamais en reste d’un dĂ©fi nouveau, devrait le dĂ©montrer en fĂ©vrier 2020 (3 reprĂ©sentations). 7 ans après la dĂ©faite national, les esprits s’éloignent du « teuton » Wagner (jugĂ© suspect, au moins jusqu’au dĂ©but des annĂ©es 1890) et recherchent Ă  rĂ©gĂ©nĂ©rer le genre lyrique dans de nouveaux sujets, et de nouveaux formats. « La Ballade des gros dindons », « La Pastorale des cochons roses »… sont autant de titres qui soulignent la facĂ©tie souveraine d’un Chabrier, original, iconoclaste, inclassable. RĂ©formateur mais raffinĂ©. Dans une tyrannie orientale de pur fantasme, orchestrĂ©e par le Roi Ouf 1er, fou dĂ©lirant Ă©gocentrique, on Ă©vite toute contestation au pouvoir pour Ă©viter d’être condamnĂ© Ă  mourir empalĂ© ! – TEASER @studio CLASSIQUENEWS 2020 – RĂ©alisation : Philippe-Alexandre Pham fĂ©vrier 2020

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TOURCOING, 7 – 11 fév 2020. CHABRIER : L’Étoile. Nouvelle production

LIRE notre prĂ©sentation complète de L’Étoile de Chabrier (1877) Ă  l’affiche de l’Atelier Lyrique de TOURCOING – la nouvelle production scelle la collaboration entre l’orchestre sur instruments d’Ă©poque La Grande Ecurie et la Chambre du Roi, et le chef et flĂ»tiste Alexis Kossenko qui vient d’ĂŞtre nommĂ© directeur de la phalange fondĂ© par Jean-Claude Malgoire

 

 

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3 représentations à Tourcoing
Vendredi 7 février 2020 / 20hboutonreservation
Dimanche 9 février 2020 / 15h30
Mardi 11 février 2020 / 20h
Tourcoing
Théâtre Municipal Raymond Devos

RÉSERVEZ
http://www.atelierlyriquedetourcoing.fr/spectacle/letoile/

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Lazuli : Ambroisine Bré
La Princesse Laoula : Anara Khassenova
Aloès Juliette : Raffin-Gay
Le Roi Ouf 1er : Carl Ghazarossian
HĂ©risson de Porc-Ă©pic : Nicolas Rivenq
Siroco : Alain Buet
Tapioca : Denis Mignien
Le Chef de la police : Denis Duval (comédien)

Ensemble vocal de l’Atelier Lyrique de Tourcoing
La Grande Ă©curie et la Chambre du Roy
(Fondateur Jean Claude Malgoire)

Direction musicale : Alexis Kossenko (portrait ci  contre)

Mise en scène : Jean-Philippe Desrousseaux

Assistant à la mise en scène :  Denis Duval

DĂ©cors : Jean-Philippe Desrousseaux,
François-Xavier Guinnepain

Lumières : François-Xavier Guinnepain

Costumes : Thibaut Welchlin

Chef de chant : Martin Surot

L’Etoile de Chabrier Ă  TOURCOING

TOURCOING : Nouvelle production de l'Etoile de ChabrierTOURCOING, 7 – 11 fĂ©v 2020. CHABRIER : L’Étoile. Nouvelle production. DadaĂŻste, loufoque, fantasque, en rĂ©alitĂ© de pure fantaisie, l’inspiration de Chabrier mĂŞle et Mozart et Offenbach en un dĂ©licieux théâtre poĂ©tique (Verlaine a participĂ© au livret). Cette nouvelle production de son opĂ©ra comique L’étoile (1877) prĂ©sentĂ©e par l’Atelier Lyrique de Tourcoing, jamais en reste d’un dĂ©fi nouveau, devrait le dĂ©montrer en fĂ©vrier 2020 (3 reprĂ©sentations). 7 ans après la dĂ©faite national, les esprits s’éloignent du « teuton » Wagner (jugĂ© suspect, au moins jusqu’au dĂ©but des annĂ©es 1890) et recherchent Ă  rĂ©gĂ©nĂ©rer le genre lyrique dans de nouveaux sujets, et de nouveaux formats. « La Ballade des gros dindons », « La Pastorale des cochons roses »… sont autant de titres qui soulignent la facĂ©tie souveraine d’un Chabrier, original,  iconoclaste, inclassable. RĂ©formateur mais raffinĂ©. Dans une tyrannie orientale de pur fantasme, orchestrĂ©e par le Roi Ouf 1er, fou dĂ©lirant Ă©gocentrique, on Ă©vite toute contestation au pouvoir pour Ă©viter d’être condamnĂ© Ă  mourir empâlĂ© !

 

 

Sous le règne du rire et de la poésie…
La fabrique du Nord
L’Atelier Lyrique de Tourcoing
présente une nouvelle production de L’Etoile de Chabrier

 

 

Au pays de l’absurde, qui épingle en réalité la folie humaine, Chabrier durcit le portrait du potentat insupportable : le souverain est fou d’astrologie, plus enclin à suivre ce que disent les astres, plutôt que de servir son peuple.

Car le compositeur qui connaĂ®t ses classiques français comme Wagner et la mĂ©canique du bel canto, Ă©crit un cycle de perles lyriques inoubliables comme La Romance de l’étoile de Lazuli, les Couplets du pal (le supplice officiel). La nouvelle production Ă  Tourcoing devrait laisser se dĂ©ployer la finesse d’une Ă©criture taillĂ©e pour la surprise poĂ©tique, le vertige facĂ©tieux… l’insolence et la sincĂ©ritĂ©.

 

 

 

 

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3 représentations à Tourcoing
Vendredi 7 février 2020 / 20hboutonreservation
Dimanche 9 février 2020 / 15h30
Mardi 11 février 2020 / 20h
Tourcoing
Théâtre Municipal Raymond Devos

RÉSERVEZ
http://www.atelierlyriquedetourcoing.fr/spectacle/letoile/

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Lazuli : Ambroisine Br
La Princesse Laoula : Anara Khassenova
Aloès Juliette : Raffin-Gay
Le Roi Ouf 1er : Carl Ghazarossian
HĂ©risson de Porc-Ă©pic : Nicolas Rivenq
Siroco : Alain Buet
Tapioca : Denis Mignien
Le Chef de la police : Denis Duval (comédien)

Ensemble vocal de l’Atelier Lyrique de Tourcoingtourcoing-atelier-lyrique-Kossenko-etoile-chabrier-annonce-critique-classiquenews
La Grande Ă©curie et la Chambre du Roy
(Fondateur Jean Claude Malgoire)

Direction musicale : Alexis Kossenko (portrait ci  contre)

Mise en scène : Jean-Philippe Desrousseaux

Assistant à la mise en scène :  Denis Duval

DĂ©cors : Jean-Philippe Desrousseaux,
François-Xavier Guinnepain

Lumières : François-Xavier Guinnepain

Costumes : Thibaut Welchlin

Chef de chant : Martin Surot

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Emmanuel Alexis Chabrier

C’est l’ami des peintres et des poètes (de Manet, Baudelaire et Verlaine), Emmanuel Chabrier, fonctionnaire du ministère de l’Intérieur a la verve facile et met en musique son esprit facétieux, jugé par ses contemporains « vulgaire ». En réalité, sa musique comme ses livrets sont aussi touchants et subtils que ceux d’Offenbach qui l’a précédé sur le mode fantasque, comique voire scabreux. Mais l’époque a changé : exit l’esprit léger, licencieux du Second Empire. Chabrier incarne la veine légère l’époque su wagnérisme bientôt incontournable (avec l’initiative de Charles Lamoureux, créateur de Lohengrin et de Tristan und Isolde à Paris, à partir de 1887 et surtout 1891/92…). Double voire triple lecture, Chabrier manie le verbe et la note avec génie ; un tempérament proche de l’ineffable et du sublime, tel que les aimait… Ravel (grand admirateur de Chabrier). « Je veux que ça pète » proclame l’auteur de l’Etoile.

 

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AUTOUR DU PIANO… tableau d’Henri Fantin-Latour (1885)

huile sur toile – H. 1.6 ; L. 2.22  -  MusĂ©e d’Orsay, Paris

Autour du piano, 8 personnalités, proches du peintre et représentants de l’active vie culturelle parisienne ; de gauche à droite :
Assis : Emmanuel Chabrier au piano, Edmond Maître et, en retrait, Amédée Pigeon.

Debout : Adolphe Julien, Arthur Boisseau, Camille BenoĂ®t, Antoine Lascoux et Vincent d’Indy.

 

 

COMPTE-RENDU, CRITIQUE, opéra. OLDENBURG, le 16 fev 2019. RAMEAU : Les Paladins. de Carpentries / Kossenko.

COMPTE-RENDU, CRITIQUE, opéra. OLDENBURG, le 16 fev 2019. RAMEAU : Les Paladins. de Carpentries / Kossenko. Parler de pèlerinage est plutôt une notion d’ordre liturgique. Faire le pèlerinage aussi est un acte de foi, une action qui bouleverse à tout jamais les individus qui l’entament. Au cœur de la démarche, il y a un sens mystique, tout pèlerin est un témoin. En 1760, Rameau a 77 ans, pour l’époque c’était un vieillard, mais les génies n’ont pas d’âge. Dans la partition des Paladins, truffée d’hédonisme et de passages d’une grande virtuosité, Rameau déploie la plus belle de ses palettes. L’intrigue, inspirée du conte erotique de Lafontaine « Le petit chien qui secoue de l’argent et des pierreries », même si elle est expurgée de certains passages licencieux, reste un livret empreint de sensualité. Les personnages paraissent des caricatures d’eux mêmes. Le barbon, la jeune fille emprisonnée et le jeune cavalier incognito rappellent furieusement les Bartolo, Rosine et Almaviva du Barbier de Beaumarchais.

 

 

« Pilgrim’s progress »

 

 

opera-critique-classiquenews-annonce-critique-concerts-opera-festivals-classiquenews-paladins_1©Aurélie-Remy
 

 
 

S’engager à faire un opéra si français dans un théâtre tel que celui d’Oldenburg, semblait une opération délicate. En effet le style Français baroque avec ses codes et ses spécificités, semble parfois inaccessible pour les interprètes étrangers. Or, grâce à l’enthousiasme des équipes artistiques et le courage de la direction du théâtre, cette magnifique production a eu lieu. Oldenburg est une ancienne cité ducale dans le giron de la ville Hanséatique de Brême. Avec son ancien palais ducal, d’un jaune pastel charmant, ses belles ruelles et surtout son sublime théâtre à la salle lambrissée du XIXeme siècle. Le soutien du Centre de Musique Baroque de Versailles a contribué à parfaire cette production hors pair.

Ces Paladins ont réuni les forces vives de la maison avec les chanteurs de la troupe dont les jeunes talents, les extraordinaires danseurs du ballet d’Oldenburg et l’orchestre du cru, nous remarquons un ensemble artistique homogène et enthousiasmant. Chaque soliste a pris à bras le corps le style et affronté les obstacles de cette œuvre. Nous remarquons l’Argie aux couleurs puissantes de Martyna Cymerman, le fabuleux Orcan de Stephen K. Foster, la Nerine pétillante de Sooyeon Lee et dans le double rôle d’Atis et de Manto l’inénarrable Philipp Kapeller. Dans une moindre mesure l’Anselme de Ill-Hoong Choung a relevé les défis du rôle du barbon.

Les danseurs du Ballet d’Oldenburg ont offert à la musique de Rameau, une interprétation éclatante. On remarque d’ailleurs l’inventivité chorégraphique d’Antoine Jully. Le chorégraphe Français, révèle ainsi des bijoux insoupçonnés dans la partition de Rameau.

L’orchestre moderne avec des membres jouant sur instruments anciens est impressionnant par la souplesse et la couleur. On se plaît à oublier par moments que c’est un orchestre ne jouant pas intégralement sur boyaux. Menés par l’immarcescible talent d’Alexis Kossenko, qui est un des grands chefs Ramistes de tous les temps, on peut saisir chaque nuance de la partition de Rameau la plus proche de Telemann et de l’Ecole de Mannheim. Vivement Acanthe et Cephise avec ce formidable artiste !

Au sommet de l’art dramaturgique, François de Carpentries nous offre encore une fois une magnifique mise en scène ! A la fois simple dans le déroulé de la narration et profonde dans l’expression des sentiments, la mise en scène de François de Carpentries évoque très poétiquement, la nécessité de fantaisie dans la vie pour la croquer à pleines dents. Le besoin irrépressible de candeur pour révéler toute l’humanité qui nous habite. Nous encourageons vivement les professionnels à se pencher et ressentir le travail de François de Carpentries, trop absent de nos scènes Françaises.

A l’issue de cette production on semble s’éveiller du rêve poétique et philosophique qui peuple l’illusion de l’opéra. On se sent beaucoup plus sensible au beau, on se vit encore plus humain, comme une renaissance bénéfique au calme de la douce lumière nordique d’Oldenburg.

  

 

opera-paladins-concerts-festival-annonce-critiqueopera-concerts-classiquenews-classique-news-musique-classique-news-paladins_11©-Stephan-Walzl
 

  

 
 

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COMPTE-RENDU, CRITIQUE, opéra. OLDENBURG, le 16 fev 2019. RAMEAU : Les Paladins. de Carpentries / Kossenko.

Samedi 16 fĂ©vrier 2019 Ă  19h30 – Oldenburgisches Staatstheater – Oldenburg (Allemagne)

Jean-Philippe Rameau
Les Paladins

Argie – Martyna Cymerman
Atis / Manto – Philipp Kapeller
NĂ©rine – Sooyeon Lee
Orcan – Stephen K. Foster
Anselme – Ill-Hoon Choung
Un Paladin – Logan Rucker

Musette – Jean-Pierre Van Hees

BallettCompagnie Oldenburg
Opernchor des Oldenburgischen Staatstheater

Oldenburgisches Staatsorchester
Dir. Alexis Kossenko

Mise en scène – François de Carpentries
ChorĂ©graphie – Antoine Jully

Photos : Paladins © A REMY – S WALZL

  

  

 

Concerts Rameau : Procopio / Kossenko. Les 6 et 25 août 2014.

video_procopio_manon Rameau : Procopio / Kossenko. Les 6 et 25 aoĂ»t 2014.  Deux ramistes de la nouvelle gĂ©nĂ©ration, Bruno Procopio et Alexis Kossenko cĂ©lèbrent le gĂ©nie de Jean-Philippe Rameau pour l’annĂ©e des 250 ans de sa disparition en 1764. Le premier, claveciniste et chef d’orchestre, a enregistrĂ© et publiĂ© chez Paraty deux disques particulièrement remarquĂ©s : un cycle d’extraits des ouvertures et ballets des opĂ©ras avec l’orchestre Simon Bolivar sur instruments modernes (album intitulĂ© ” Rameau in Caracas “), puis une nouvelle lecture des Pièces pour clavecin en concerts.  Le second, flĂ»tiste, a Ă©ditĂ© chez  Erato un rĂ©cital instrumental et lyrique dĂ©diĂ© au Rameau amoureux avec la soprano Sabine Devielhe et son ensemble Les Ambassadeurs. Les deux musiciens ont tous les deux Ă©tudiĂ© au Conservatoire SupĂ©rieur de Paris (CNSMDP).

Bruno Procopio / Alexis Kossenko

Rameau new generation

 

 

 

procopio-kossenko-clavecin-flute-baroque-Rameau-CPE-BACH

 

 

CPE Bach 2014. Parallèlement les deux interprètes s’engagent Ă©galement pour rĂ©tablir le gĂ©nie d’un autre compositeur baroque, Carl Philipp Emanuel Bach dont 2014 marque le tricentenaire. Par son Ĺ“uvre, son style et son activitĂ© musicale en particulier Ă  Hambourg, Carl Philipp montre qu’il ne doit pas sa cĂ©lĂ©britĂ© uniquement pour ĂŞtre le fils de Bach dont il a Ĺ“uvrĂ© Ă  rĂ©Ă©diter les Ĺ“uvres et Ă©ditĂ© le catalogue : c’est un auteur majeur de l’Ă©poque classique, illustre reprĂ©sentant de l’esthĂ©tique Empfindsamkeit.
En 2014, Alexis Kossenko s’apprĂŞte Ă  publier d’ici l’hiver 2014, un nouveau disque dĂ©diĂ© aux Trios et aux Concertos (Alpha 821). De son cĂ´tĂ©, Bruno Procopio vient d’enregistrer au clavecin, les fameuses Sonates WĂĽrttembeg, considĂ©rĂ©es comme l’un des plus importants recueils de Sonates pour clavier de la première moitiĂ© du XVIIIème siècle. L’album devrait sortir Ă©galement dans le dernier trimestre de cette annĂ©e (Ă©galement pour le label Paraty, distribuĂ© par Harmonia Mundi). Le claveciniste connaĂ®t d’autant mieux le style et l’Ă©criture de CPE Bach qu’il a enregistrĂ© avec le mĂŞme Orchestre Simon Bolivar (et pour cette session, première pour la phalange vĂ©nĂ©zuĂ©lienne) sur instrument d’Ă©poque, plusieurs Sinfonie du compositeur baroque.

 

 

 

agenda

 

En aoĂ»t 2014, avant la sortie de leur albums CPE Bach, les deux ramistes reconnus abordent l’intĂ©grale des Pièces pour clavecin en concert de Jean-Philippe Rameau, les 6 aoĂ»t  au festival  Musique et nature en Bauges, puis 25 aoĂ»t au festival Berlioz de la CĂ´te Saint-AndrĂ©.

Rameau : Pièces pour clavecin en concert
Bruno Procopio, clavecin
Alexis Kossenko, flûte
Patrick Bismuth, violon
Romina Lischka, viole de gambe

VOIR Bruno Procopio jouer les Pièces pour clavecin en concerts

Mercredi 6 août 2014, 21h (Eglise de Pugny-Chatenod)
Lundi 25 août 2014, 17h (Couvent des Carmes, Beauvoir en Royans)

 

Premier concert : La Coulicam – La Livri – Le VĂ©zinet
Deuxième Concert : La Laborde – La Boucon – L’Agaçante – Premier Menuet et Deuxième Menuet
Troisième Concert : La Poplinière – La Timide – Premier tambourin et Deuxième tambourin en rondeau
Quatrième Concert : La Pantomime – L’indiscrète – La Rameau
Cinquième concert : Fugue La Forqueray – La Cupis – La Marais

 

 

 

L’art de la conversation en musique

 

Rameau_Joseph_Aved-Portrait_de_Jean-Philippe_Rameau_vers_1728Les Pièces pour clavecin en concerts de Jean-Philippe Rameau. Au dĂ©but de sa carrière et bien avant les premiers accomplissements lyriques, Rameau a publiĂ© trois livres de pièces de clavecin entre 1706 et 1728, puis sont venues les Pièces de clavecin en concerts… C’est son seul cycle de musique de chambre et le plus inventif de son temps.  Rameau explique dans la prĂ©face (intitulĂ©e « Avis aux concertants »), qu’ayant constatĂ© le succès immĂ©diat de la forme mĂŞlant clavecin et violon, il a souhaitĂ© Ă©crire pour cette combinaison particulièrement concertante, riche en possibilitĂ©s de dialogues, telle une vĂ©ritable conversation en musique : « Le quatuor y règne le plus souvent, Ă©crit-il. Il faut non seulement que les trois instruments se confondent entre eux, mais encore que les concertants s’entendent les uns les autres, et que surtout le violon et la viole se prĂŞtent au clavecin, en distinguant ce qui n’est qu’accompagnement, de ce qui fait partie du sujet. C’est en saisissant bien l’esprit de chaque pièce, que le tout s’observe Ă  propos. » Chaque instrumentiste doit donc maĂ®triser qualitĂ© d’Ă©coute et virtuositĂ© caractĂ©risĂ©e.
Jamais relĂ©guĂ© au second plan tel un instrument d’accompagnement, le clavecin a souvent un rĂ´le concertant, mais il peut ĂŞtre Ă  l’unisson avec les dessus ou leur servir d’accompagnateur colorĂ©. “Cinq de ces pièces ont d’ailleurs Ă©tĂ© adaptĂ©es par lui-mĂŞme pour clavecin seul. Lors de notre enregistrement, nous nous sommes donc interrogĂ© sur la position du clavecin Ă  cĂ´tĂ© des deux dessus. Comment respecter son rĂ´le concertant ? Nous avons donc choisi de le mettre au centre de l’enregistrement, car la difficultĂ© a Ă©tĂ© pour nous de situer les instruments les uns par rapport aux autres” ajoute Bruno Procopio.

Le cas des Pièces pour clavecin en concerts de Rameau reflète idĂ©alement le goĂ»t des Lumières en France au XVIIIème : c’est l’emblème d’un art de vivre copiĂ© comme modèle dans toute l’Europe. A Rameau revient le prodige d’offrir au temps de Voltaire et des Rois Ă©clairĂ©s (Louis XV et La Pompadour, FrĂ©dĂ©ric II de Prusse, L’impĂ©ratrice Catherine…) l’expression musicale d’un raffinement inĂ©dit oĂą les instruments Ă©voque le jeu et les enjeux de la conversation telle qu’elle a Ă©tĂ© Ă©laborĂ©e au moment oĂą toute l’Europe cultivĂ©e parlait français.
“Les Pièces de clavecin en concerts constituent une sorte de maillon entre les sonates en trio italiennes ou les trios polyphoniques de Bach, comme la sonate en trio qui clĂ´t L’Offrande musicale,  et les sonates pour clavier – clavecin ou piano-forte – avec accompagnement de violon obligĂ© ou ad libitum qui se dĂ©veloppèrent considĂ©rablement Ă  la fin du XVIIIe siècle, en France notamment. Dans ce genre de compositions oĂą le clavier se taillait la part du lion, l’instrument Ă  cordes se bornait Ă  doubler la mĂ©lodie ou Ă  ponctuer les basses. AnimĂ© par son expĂ©rience de musicien de théâtre, Rameau s’émancipe du cadre forgĂ© par les Italiens et par ses prĂ©dĂ©cesseurs français et raffine sur les dĂ©tails. Il compose de vĂ©ritables trios, car chaque « Concert » est un trio presque symphonique oĂą le clavecin, affranchi de toute fonction polyphonique, devient un instrument soliste Ă  part entière Ă  cĂ´tĂ© de ses deux partenaires qui lui apportent un lumineux complĂ©ment de richesse sonore “, complète Bruno Procopio Ă  propos des Pièces pour clavecin en concerts. Contribution rĂ©alisĂ©e pour la sortie de son disque Rameau (d’après les propos recueillis par AdĂ©laĂŻde de Place).

 

 

discographie : 3 cd incontournables

Lire notre critique du cd Rameau : Pièces pour clavecin en concerts par Bruno Procopio

Lire notre critique du cd Rameau : ouvertures et ballets des opĂ©ras de Rameau par Bruno Procopio avec l’orchestre Simon Bolivar du Venezuela

Lire notre critique du cd Rameau : le grand théâtre de l’amour par Les Ambassadeurs, Sabine Devielhe et Alexis Kossenko

Rameau : Sabine Devieilhe, le grand théâtre de l’amour

CD. Sabine Devieilhe : Rameau (Erato, 2013)   … Le Grand théâtre de l’Amour. Les Ambasadeurs. Alexis Kossenko, direction. Le sentiment de notre rĂ©dacteur Benjamin Ballif suscite l’unanimitĂ© de la rĂ©daction de classiquenews : le nouvel album des Ambassadeurs, complices du premier rĂ©cital lyrique de la jeune diva française Sabine Devieilhe Ă©merveille. La chanteuse Ă©tait sacrĂ©e ” rĂ©vĂ©lation lyrique” aux dernières Victoires de la musique 2013. Voici un Rameau inventif et audacieux, expressif et intelligent qui convainc absolument. Il est d’autant plus pertinent qu’il met en avant cette sensualitĂ© raffinĂ©e propre au XVIIIè français et qui fait aussi de Rameau, Ă  cĂ´tĂ© du scientifique et du savant, un poète du coeur et du sentiment d’une irrĂ©sistible sensibilitĂ©.

 

 

Rameau au sommet

 

Devieilhe_sabine_ERATO_rameau_theatre_amour_ambassadeursRousseau avait bien raison de prendre en grippe le divin Dijonais : son art dĂ©passe tout ce qui a Ă©tĂ© Ă©crit et composĂ© avant lui sur la scène lyrique et Ă  l’appui de ce rĂ©cital enchanteur, le compositeur n’est-il pas finalement très proche lui aussi de la nature humaine ? … A la vocalitĂ© orfĂ©vrĂ©e de la cantatrice rĂ©pond l’investissement passionnant des instrumentistes de l’ensemble fondĂ© par le flĂ»tiste Alexis Kossenko.
En avant première du cd qui paraît le 28 octobre prochain, voici un extrait de la critique développée de notre rédacteur :

” Voici un programme audacieux crânement dĂ©fendu, qui rĂ©vèle ou plutĂ´t confirme un immense talent en devenir, Ă  l’aube nous lui souhaitons, d’une prodigieuse carrière.

Nous l’avions dĂ©couvert dans Lucia (La Somnambula de Bellini Ă  Tourcoing sous la baguette de Jean-Claude Malgloire, octobre 2011), puis retrouvĂ©e sur la mĂŞme nordique, dans le rĂ´le de la Folie de PlatĂ©e de Rameau (fĂ©vrier 2013), personnage Ă  l’affiche du prĂ©sent cd : et dĂ©jĂ , une gestion de la ligne vocale Ă©tonnante et si musicale, doublĂ©e par une technique remarquable, avec un don Ă©vident pour la caractĂ©risation expressive ; pour son premier rĂ©cital lyrique discographique, la jeune soprano Sabine Devieilhe, coloratoure sĂ©millante et d’un diamant clair et agile chante langueur, dĂ©sespoir, extase des grandes amoureuses.
Ses galanteries vocales sont charmeuses et très subtilement ciselĂ©es : un format vocal qui sied idĂ©alement Ă  la balance originale des opĂ©ras et ballets de Rameau. Elle Ă©blouit par l’intelligence de son timbre naturellement perchĂ©. Diction perlĂ©e et intelligible (” Pour voltiger dans les bocages ” des Paladins (plage 10), flexibilitĂ© vocale, surtout justesse des intentions dramatiques, voici un Rameau ambitieux, osĂ©, risquĂ©… parfaitement tenu, qui montre outre le sens du pari et du dĂ©fi portĂ© par la diva, sa sensibilitĂ© rayonnante et juvĂ©nile … qui lui permet demain de chanter deux rĂ´les parmi les plus exposĂ©s et redoutable du rĂ©pertoire, LakmĂ© (Ă  l’OpĂ©ra-Comique, du 10 au 20 janvier 2014), puis La Reine de la Nuit dans La FlĂ»te enchantĂ©e de Mozart Ă  l’OpĂ©ra de Paris, du 11 mars au 15 avril 2014.

Sabine Devieilhe, diva ramélienne

La Folie amorce le dĂ©lire avec un raffinement naturel que rehaussent encore la vivacitĂ© et les nuances dynamiques de l’orchestre. Tandis que, plus justement accordĂ©s Ă  la thĂ©matique du cd, Tristes apprĂŞts, pâles flambeaux (Castor et Pollux) Ă©tourdit par sa grâce simple et transparente (superbes bassons tout aussi enivrĂ©s et funèbres), celle d’un TĂ©laĂŻre pure et digne, touchĂ©e par le dĂ©sespoir le plus noir  : que sa phrase et sa ligne sont animĂ©es par une intelligence pudique sans apprĂŞt rĂ©ellement ; auparavant son Alphise des BorrĂ©ades, mĂŞme amoureuse Ă©prouvĂ©e, succombe tout autant face Ă  l’Ă©preuve des Ă©lĂ©ments (omniprĂ©sents dans Les BorrĂ©ades, ultime opĂ©ra de Rameau, qui meurt en 1764 avant de l’avoir crĂ©Ă©) … son soprano coloratoure, fin et diamantin rĂ©ussit le passage des vocalises qui attestent de sa dĂ©termination conquĂ©rante. Car outre la perfection de la technicienne, Sabine Devieilhe sait aussi incarner et imposer un tempĂ©rament dramatique d’une Ă©lĂ©gance superlative. Une sensibilitĂ© blessĂ©e au timbre limpide et la diction rigoureuse, entre Sandrine Piau et VĂ©ronique Gens.
De leur cĂ´tĂ©, sublimes complices d’un parcours sans fautes, les instrumentistes des Ambassadeurs sĂ©duisent par la mĂŞme souple expressivitĂ©, mordants et ductiles Ă  souhait ; voici un Rameau qui n’est pas seulement articulĂ©, rythmiquement pĂ©tillant et insolent, sensuellement exquis (remarquable ouverture de Pygmalion) et dramatiquement construit : les interprètes visiblement en complicitĂ©, habitent Rameau d’une profondeur et d’une Ă©lĂ©gance racĂ©e totalement convaincante. Avant les cĂ©lĂ©brations Rameau 2014, pour le 250ème anniversaire de la mort, voici un disque Ă©blouissant par son intelligence musicale, sa perfection sensible, ses prises de risques (instrumentales autant que vocales : Ă©coutez la libertĂ© interprĂ©tative de l’orchestre, son Ă©loquence dans le ballet figurĂ© de Zoroastre, ou dans le sommeil d’un pur onirisme – appel au rĂŞve- de Dardanus…), pas feutrĂ©s et puissance rythmique de la contredanse des BorrĂ©ades (plage 9), cors somptueux des mĂŞmes BorrĂ©ades dans l’air d’Iphise qui prĂ©cède ;  VoilĂ  bien longtemps, depuis William Christie et ses Arts Florissants si magiciens, que nous n’avions pas Ă©coutĂ© une approche aussi aboutie, au relief si remarquablement ouvragĂ© …

Ambassadeurs charmeurs enivrés

Le chef des Ambassadeurs y  paraĂ®t avoir plus d’audace, de feu, d’invention qu’un certain RaphaĂ«l Pichon, ailleurs prĂ©sentĂ© Ă  Beaune comme ” champion chez Rameau “, mais en comparaison d’une …. dĂ©solante pâleur. La comparaison s’imposait d’elle mĂŞme car les nouveaux disques Rameau sont plutĂ´t rares, et parce que Sabine Devieilhe a paru Ă©galement dans le cd Dardanus dirigĂ© par RaphaĂ«l Pichon (oĂą moins inspirĂ©e, la soprano n’y brille pas d’un mĂŞme Ă©clat…).

Courrez acheter ce disque jubilatoire, c’est un rĂ©jouissant hommage Ă  Rameau et son ” grand théâtre de l’amour “. Prestance, Ă©lĂ©gance, imagination interprĂ©tative approche la perfection d’un autre Ramiste rĂ©cent, Bruno Procopio qui lui aussi n’est pas Ă  un dĂ©fi près : faire jouer les musiciens vĂ©nĂ©zuĂ©liens sur instruments modernes mais dans le style du XVIIIè français ; c’est lĂ  encore Rameau qui en sort transfigurĂ© (lire notre critique du cd exceptionnel de Bruno Procopio : Rameau in Caracas, 1 cd Paraty). Vous pourrez comparer d’un orchestre Ă  l’autre, des instruments anciens Ă  ceux modernes, la Chaconne des Indes Galantes (plage 22), avec Les Ambassadeurs d’Alexis Kossenko ou Ă  Caracas sous la houlette de Bruno Procopio : mĂŞme tempĂ©rament, mĂŞme audace, mĂŞme rĂ©invention du geste, mĂŞme ivresse palpitante des instruments et des timbres en fusion … Que Rameau peut ĂŞtre heureux de disposer, aux cĂ´tĂ©s de l’inĂ©galable William Christie, de nouveaux interprètes parmi la nouvelle gĂ©nĂ©ration, capables comme lui de comprendre, vivre, partager le gĂ©nie du Dijonais.

Seule rĂ©serve, les limites du choeur qui ne partage pas cette prĂ©cision et cette implication de la solistes et des instrumentistes …

Le label Erato qui renaĂ®t miraculeusement au dĂ©tour d’un changement de propriĂ©taire semble recouvrer ses grandes heures baroques, Ă  l’Ă©poque des rĂ©alisations les plus convaincantes de l’histoire du disque. VoilĂ  qui augure de passionnantes prochaines nouveautĂ©s Ă  venir “. Critique complète au moment de la parution du disque de Sabine Devieilhe : le 28 octobre 2013.

 

Rameau : le grand théâtre de l’amour. Les Ambassadeurs. Alexis Kossenko, direction. 1 cd Erato. 1h20 mn.

 

concert
Sabine Devieilhe et Les Ambassadeurs proposent le programme de leur disque au concert Ă  l’OpĂ©ra royal de Versailles, superbe hommage Ă  Rameau dans le lieu qui lui est si naturel, le 5 novembre 2013, 20h.

 

vidéo
visionner la jeune soprano Sabine Devieilhe dans la Folie de Rameau (Platée) à Tourcoing, sous la direction de Jean-Philippe Rameau, avec Paul Agnew dans le rôle-titre (février 2013)