Metz, apéro-concert : le BOLÉRO de Maurice Ravel

ravel maurice compositeurMETZ, Arsenal. Ravel : BOLÉRO, dim 22 sept 2019, 18h. APERO-CONCERT. De retour d’une tournée aussi harassante que triomphale aux USA, début 1928, Ravel rentre en avril 1928 au Havre et y termine à l’automne le Boléro. C’est peu dire que le compositeur soucieux du détail et de la précision, admirait la mécanique : une vision d’usine aurait inspiré la partition orchestrale qui répond à la commande passée par la danseuse Ida Rubinstein, pour la musique d’un nouveau ballet devant durer… moins de 17 mn. Il en découle la répétition d’un motif (« arabo-espagnol ») fixé dès l’été 1928 à Saint-Jean de Luz : répété, en un vaste crescendo et qui s’inspire de la Danse Grotesque de Daphnis… Ainsi 169 fois, s’affirme l’ostinato (ritournelle, procédé baroque) en un vaste crescendo où l’orchestre semble expérimenter toutes les couleurs, les alliages de timbres, les procédés qui font dialoguer les 2 motifs, qui les opposent, les détournent, les fusionnent… en un râle (tutti) à la fois lascif et libérateur. On dit même que la partition dans son flux, respecte les 5 phases du sommeil, de l’endormissement au rêve profond ; et aussi les paliers vers l’ivresse extatique car le caractère progressivement charnel du morceau, pour ne pas dire érotique, voire orgasmique, ne serait pas étranger à son fabuleux succès à travers le monde. Peu à peu, à mesure que chaque instrument s’empare du thème, les auditeurs peuvent réviser le langage orchestral : et identifier quand ils jouent ou sont mis en avant, le tambour / caisse claire, la flûte, la clarinette, le basson, la petite clarinette, le hautbois d’amour, la flûte avec trompette en sourdine, le saxophone ténor puis soprano, puis l’alliance jubilatoire des célesta / cor / piccolos… jusqu’à l’avènement des cordes, de la trompette… Créé et radiodiffusé le 11 janvier 1930, Boléro dévoile au monde, le génie du plus grand compositeur vivant. De toute évidence, la pièce d’essence (et par destination) chorégraphique, est à présent jouée telle une pièce de musique pure, dans les théâtres et les salles de concert. A tel point qu’on en oublie le prétexte narratif et chorégraphique. Le dim 22 septembre 2019, l’Arsenal de METZ propose un nouvel apéro-concert avec le Boléro de Ravel par l’Orchestre National de Metz et son directeur musical, David Reiland. RV est pris pour cet épisode accessible et détendu à 18h.

 

 

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METZ, Arsenal
Grande salle
BOLERO de RAVEL
dimanche 22 septembre 2019, 18h

RÉSERVEZ
https://www.citemusicale-metz.fr/agenda/apero-concert-avec-le-bolero-de-ravel

 

 

Le Boléro est joué en couplage avec une autre œuvre au programme :
Rebecca Saunders : Void,
pour duo de percussions et orchestre
Percussions : Minh-Tâm Nguyen, François Papirer
(solistes des Percussions de Strasbourg)

 

 

Symphonie n°3 d’Albert ROUSSEL

ALBERT ROUSSEL, symphoniste magicien (150 ans en 2019)FRANCE MUSIQUE, le 9 juin 2019. ROUSSEL : Symphonie n°3 de ROUSSEL, Tribune des critiques de disques. Les célébrations ROUSSEL sont rares, aussi en attendant le prochain festival International ALBERT ROUSSEL (21 sept – 25 nov 2019) porté par Damien Top, grand spécialiste et biographe affûté du compositeur français, contemporain de Ravel et comme ce dernier, génie de la composition et de l’orchestration, fêtons le 150è anniversaire de sa naissance sur France Musique qui lui consacre un numéro de sa Tribune des critiques à la sublime Symphonie n°3, sommet de maturité composée entre 1929 et 1930, en pleine crise européenne. Pour nous, il n’existe qu’une seule version convaincante celle de Charles Munch récemment éditée par Warner Erato dans son fabuleux coffret ROUSSEL 2019 – CLIC de CLASSIQUENEWS (11 cd)
http://www.classiquenews.com/coffret-evenement-annonce-albert-roussel-edition-integrale-albert-roussel-2019-11-cd-erato/

« Printemps et maturité », sont les deux qualités mises en équation, et qui fondent selon Poulenc, la grande réussite de la Symphonie n°3 d’Albert Roussel. De fait, l’œuvre exalte une motricité irrésistible, un feu rythmique juvénile et printanier qui démontre incontestablement le génie roussellien en matière d’invention et de composition symphonique.
Comme portée par une urgence intérieure, impérieuse, mais aussi lumineuse et poétique, la 3è symphonie de Roussel est une commande de l’Orchestre de Boston, pour son jubilé (50è anniversaire) et son chef, Serge Koussevitzky, grand admirateur de Roussel et de la musique française du XXè en général. Ils créent à Boston l’ouvrage le 17 octobre1930. Les USA ont toujours été à le pointe du discernement, contrairement au public et à la critique parisienne, qui brille depuis toujours par son imbécilité et ses goûts archaïques. Ainsi Rousel encore aujourd’hui n’intéresse personne en France, en particulier pas les directeurs et responsables de salles comme de festivals, pour lesquels il demeure à torts, un compositeur secondaire. A contrario de cette culture réductrice, nous pensons que Roussel est un génie de la composition à l’égal d’un Ravel. C’est dire. Et ce symphonie n°3 le démontre amplement.
PLAN : 4 mouvements : Allegro vivo ; Adagio ; Vivace ; Allegro con spirito. Sans cependant utilisé le principe cyclique, un motif de 5 notes apparaît dans chacun des 4 séquences, et tend à unifier le cycle global.
L’allegro vivo initial affirme cette énergie primordiale, marqué par une urgence trépidante, entraînée par les cuivres (à la rondeur généreuse et cinglante chez Munch) ; l’Adagio aborde diversement le motif des 5 notes clés, en forme ABA, en fugue, en marche et de façon contrapuntique : la fin rejoint ce goût qu’a Roussel pour le rêve enfin recouvré ; le Vivace est u scherzo qui trépigne, animé par une certaine truculence hyper rythmique, vivifiée par le traitement des cordes et des bois, en leur couleur spécifique. Enfin l’Allegro vivace impose jusqu’à l’ivresse orgiaque (comme le Sabat berliozien) une fermeté nerveuse, allante, irrépressible en une élégance d’intonation toute haydnienne, sans omettre un court épisode de douceur élégiaque au violon solo, remarquablement ciselé sur la clarinette voluptueuse. Un chef d’oeuvre d’équilibre et d’activité rayonnante.

Approfondir
LIRE notre présentation du coffret Albert ROUSSEL 2019, 11 cd Warner Erato
http://www.classiquenews.com/coffret-evenement-annonce-albert-roussel-edition-integrale-albert-roussel-2019-11-cd-erato/

FRANCE MUSIQUE, le 9 juin 2019, 16h. Symphonie n°3 de ROUSSEL
Tribune des critiques de disques.

Symphonie n°3 d’ALBERT ROUSSEL (1930)

roussel Albert-Roussel-resize-1-500x450FRANCE MUSIQUE. Dim 9 juin 2019, 16h. Symphonie n°3 de Roussel. La chaîne consacre trop peu de son antenne à célébrer le tempérament exceptionnel du compositeur Albert ROUSSEL dont 2019 marque cependant le 150è anniversaire de la naissance (1869 – 1937). Fruit de la maturité, la Symphonie n°3 d’Albert ROUSSEL affirme le génie symphonique du compositeur français âgé de 60 ans : son sens de la vibration instrumentale, des couleurs et des timbres, son intelligence architecturale, son souci comme Ravel ou Sibelius, au début du XXè de l’équilibre formel et du sens de la structure. Composée autour de l’année 1930, la 3è confirme cette vie intérieure si riche et puissante qui alterne séquences apolliniennes et jubilation expressive. L’homme met aussi son intelligence musicale supérieure au service des autres et de la société civile, présidant jusqu’à sa mort la Fédération musicale populaire, fondé par le Front populaire en 1936. On ne saurait trop célébrer cet engagement admirable d’un artiste créateur qui donne et reçoit, soucieux de la participation active de la pratique musicale et des concerts dans la vie de la cité.
A propos de la 3ème, Poulenc souligne son équilibre merveilleux entre « printemps et maturité ». Roussel répond alors à une commande de l’Orchestre de Boston et de son chef Serge Koussevitzky, lequel ardent défenseur de la Symphonie n°2, souhaitait ainsi une œuvre ambitieuse et aboutie pour les 50 ans de la phalange américaine. Créée donc le 17 octobre 1930 à Boston, la symphonie assoit définitivement le génie de Roussel entre France et Amérique.

Unité et cohérence interne d’un sommet symphonique de 1930. Sans être pour autant déduite du principe cyclique, l’œuvre est unifiée par un groupe de 5 notes qui paraît dans chacun des 4 mouvements.
1 – L’Allegro de sonate fait se succéder une première séquence énergique à 3 temps (sol mineur), puis un élégiaque (si bémol majeur). Le flux aboutit au 5 notes, puis la réexposition rééclaire les 2 motifs précédents.
2 - A partir des 5 notes développées en contrepoint, sous forme de marche, de fugue : la forme ABA de l’Adagio, expose ensuite un agitato puis une apothéose lumineuse, dont l’équilibre et l’éclat cite Mozart.
3 – le Vivace est un scherzo pétillant, d’une verve insouciante et juvénile, miracle de printemps épanoui et coulant. Roussel semble aussi y développer une certaine conscience ironique de sa propre forme. L’acuité réside aussi dans l’exceptionnel dialogue entre deux motifs alternés, en réponses, entre les bois et les vents dont Roussel exploite avec subtilité, la singularité des timbres et des couleurs.
4 – L’esprit et la carrure hyperélégante de l’Allegro final (con spirito) ressuscite la verve et le nerf raffiné du meilleur Haydn. Roussel développe en son flux nerveux et hyper énergique, une séquence plus intérieure où le vilon solo chante sur le tapis contrapuntique tissé par la trilogie impériale et savoureuse clarinette, basson, cors… comme un rébus éclairé, et l’énigme dévoilée pour conclusion, les 5 notes paraissent enfin pour fermer le cycle dans une trépidation déterminée et volontaire.
Harmonie, contrepoint, hédonisme des alliances de timbres et de couleurs, intelligence intérieure et verve impérieuse, la 3è de ROUSSEL est un bonheur continu qui convoque par l’ampleur et le raffinement de son plan, sapensée et sa sensualité triomphantes, … Mozart, Haydn et Beethoven. Il faut donc ajouter au duo révolutionnaire du début du XXè français, Debussy et Ravel, le nom illustre d’Albert Roussel, poète, démiurge, alchimiste.

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CD.Gil Shaham,violon : Concertos de Barber, Berg, Hartmann, Stravinsky, Britten (2 cd Canary classics).

Shaham_gil_concertos 1930 canary classicsCD.Gil Shaham,violon : Concertos de Barber, Berg, Hartmann, Stravinsky, Britten (2 cd Canary classics). Le violon soliste ne serait-il pas finalement l’instrument roi au tournant de la décennie 1930/1940 ? En abordant quatre Concertos pour son instrument, Gil Shaham nous permet un retour sur une période riche et féconde, plusieurs partitions dont la profondeur et la justesse de ton éclairent a contrario par leur intense humanité parfois militante l’une des périodes les plus sombres de l’histoire européenne. La cover du double cd porte le numéro 1 laissant augurer une suite tout aussi passionnante souhaitons-le.
En 1939, l’industriel du savon, Fels commande à Barber un Concerto pour son protégé le violoniste russe Iso Briselli. En découle un Concerto particulièrement aimable et élégant, d’un classicisme nuancé et raffiné (forme plus sonate que concertante du premier mouvement) qui contraste effectivement avec sa genèse. Amorcée en Suisse, la composition se termine après un retour précipité aux USA après que le gouvernement américain invite ses ressortissants à fuir l’Europe rongée par la barbarie nazie. Le jeune russe se défile trouvant l’oeuvre sous le regard critique de son mentor Meiff, pas assez puissante ni suffisamment noble. Barber se décourage mais finalement soutenu par son compagnon Gian Carlo Menotti, compositeur et violoniste, il trouve les ressources pour faire créer son concerto en février 1941 sous la direction d’Ormandy : Gil Shaham exprime cette intériorité lyrique plutôt pudique en phrases soutenues et toujours parfaitement énoncées. Le caractère plus échevelé et âpre aussi du dernier mouvement, dans sa version plus resserrée de 1949, ajoute à la précision du violoniste, en très belle complicité avec New York Philharmonic et David Robertson (février 2010).

Le Concerto de Berg s’inscrit dans une période angoissée et tendue pour le compositeur dont Wozzeck restait interdit de création (malgré l’activité de l’immense chef Erich Kleber) et Lulu peinant à être achevée…  En avril 1935, la fille d’Alma Gropius, ex épouse Mahler, Manon, meurt à 18 ans : sa mort ébranle le cercle restreint de la famille endeuillée dont … Berg. Mi août, pour le 56ème anniversaire d’Alma, le Concerto ” à la mémoire d’un ange ” était terminé. Dans le premier mouvement, le violoniste sait exprimer la douceur déjà évanescente de la jeune défunte en un portrait plein de délicatesse et de retenue, puis d’innocence dansante dans l’allegretto qui est enchaîné; les superbes couleurs, chambristes de la Staatskapelle de Dresde déploie un tapis remarquablement agile et accentué, semant dans le réseau des successions dodécaphonique, des guirlandes tonales dont Berg a le secret.  Soliste et orchestre canalisent et mesurent là encore en un dialogue serti de complicités intérieures, les tensions et la versatilité d’une partition qui semblant entrer en résonance avec le climat délétère de l’Allemagne d’alors ; le violoniste exprime le scintillement triste et désespéré d’un monde qui implose et s’effondre sur lui-même, en de longues vagues qui s’effilochent jusqu’à l’exténuation finale, celle d’un paysage lunaire et léthal (Dresde, juin 2010). Magistral.

L’opus 15 de Britten est décrété “injouable” par Heifetz : outre ses difficultés techniques indiscutables, le Concerto est très proche des convictions personnelles de l’auteur vis à vis de la guerre et de son engagement pacifiste. Le premier mouvement (moderato) est un hommage aux victimes de la guerre d’Espagne. Comme le Concerto de Stravinsky, le sarcasme pointe sans maquillage dans le Scherzo : dénonciation brûlante et vive des horreurs commises au nom des fusils et des bombes. Purcellien et baroque dans l’âme, Britten achève son parcours semé de cris et de visions terrifiantes, par une ample passacaille qui suscite la paix et le repos, l’oubli et la quiétude. Ce Concerto composé en pleine guerre jalonne l’oeuvre humaniste du musicien bientôt auteur du War requiem (1961) puis de l’opéra Owen Wingrave (1969). Précis, subtil, suggestif, le violon de Gil Shaham semble étinceler à chaque accent doloriste ; sa pudeur musicienne rétablit la profonde humanité de l’Å“uvre malgré ses syncopes et ses vifs sursauts.
De toute évidence, assembler les deux Å“uvres Britten / Stravinsky reste éminemment pertinent : voici la musique la plus captivante, écrite en temps de guerre pour exhorter à la paix et au silence des armes.  Nous en sommes loin : voilà qui fait toute l’actualité de ce programme lumineux et investi.

Plus récent, l’enregistrement du Concerto de l’humaniste munichois antifaciste  Karl Amadeus Hartmann (enregistré en septembre 2013), plonge dans des eaux plus profondes encore, témoignant de vision terrassées qui ont affronté la Bête : très engagé contre toute forme de tyrannie sanglante, Hartmann laisse dans son Concerto pour violon où dominent les cordes, résonateur amplifié de l’instrument soliste, une partition mordante, d’une tendresse hurlante, dont la tonalité funèbre honore la salut de toutes les victimes des années 1930 et 1940 en Europe. Le compositeur assimile Reger, mais aussi Bruckner, Mahler et Bartok dans cette Å“uvre somptueuse, noire, lacrymale mais d’une pudeur rentrée (sublime choral conclusif), écrite en 1939 et créée en 1940. La sensibilité crépusculaire du soliste éclaire le Concerto jusqu’au dernier éclair grâce à une tension jamais abandonnée y compris dans les séquences plus lentes et introspectives. Le Concerto d’Hartmann (mort en 1963) reste la révélation de ce programme marqué par la guerre et le règne des Ténèbres.

 

Gil Shaham, violon. Concertos pour violon des années 1930. Volume 1. 2 cd Canary classics.