Stravinksy: Le Sacre, Apollon musagète. Sir Simon Rattle1 cd Emi classics

Stravinsky: Le Sacre du printemps, Apollon Musagète (Rattle, 2012).
Quoiqu’on en dise, il reste difficile d’obtenir un son plus fusionnel et lisse qu’ici. Les orchestres sur instruments modernes ont depuis longtemps fait la démonstration des qualités de brillance comme d’expressivité que personne aujourd’hui ne saurait leur contester ni refuser. Les Berliner soignent en particulier la chaleur puissante et carrée de la sonorité globale. Voici donc une nouvelle version du Sacre, en une superbe ivresse instrumentale et d’une rondeur berlinoise idéale mais peut-être ce trop plein d’élégance hédoniste dans Rondes printanières (cuivres lissés et presque dégoulinants, ralentis des cordes un rien dilués) ou dans Jeux des cités rivales manquent justement de nerf, de cris, de transe, d’aspérités contrastées.
Les amateurs de rugosités et d’incandescente expressivité sonore regretteront cette unification de l’orchestre, où tout fusionne, tout se gorge d’un équilibre parfois artificiel, d’une motricité mécanique, d’une puissance surdimensionnée au mépris des ciselures dynamiques…


Stravinsky un peu lisse

Reconnaissons cependant l’allant et la beauté du son… bref, une version à l’opposé de l’approche historiquement plus juste des Siècles et François-Xavier Roth, sur instruments de la création soit de 1913 où brille la facture française… lecture révolutionnaire s’il en est, déjà éprouvée et convaincante au concert (pour le centenaire du Sacre en avril 2013), d’une magistrale électricité. La tournée des Siècles se poursuit en mai et tout au long de l’année 2013.

Dans les mouvements de pur abandon, comme Cercles mystérieux des adolescentes, le Philharmonique est capable de tisser une tendresse à pleurer par ses accents d’une mélancolie languissante (a contrario de ce qu’on peut lire ici et là, le Sacre est bien une partition de compassion, pour l’Elue finalement sacrifiée et Stravinsky, grand conteur et poète, chante ici la désespérante et vaine prière voire la supplication des adolescentes contre le rite barbare qui les afflige… Oui donc pour la justesse, l’extrême musicalité du son et de l’approche, c’est une rolls pour une transe qui tarde réellement à venir…
En revanche, dans Apollon musagète, fresque et tableau d’une pureté voire épure strictement néoclassique, le jeu des équilibre et l’extrême mesure des Berliner manque à l’inverse de lumineuse transparence. Tout cela n”est rien que lisse et presque fade. Curieuse asthénie pour un collectif d’instrumentistes pourtant virtuose et qui aurait gagné à jouer des mécaniques dans une partition de musique pure.

Stravinsky: Le Sacre du printemps (1913, version de 1947), Symphonie d’instruments à vent (1920), Apollon Musagète (version 1947). Berliner Philharmoniker. Sir Simon Rattle, direction. 1 cd Emi classics. Enregistrement live réalisé en 2012.

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