Sonate n°2 “Funèbre” de Chopin

chopin_arte_200-ans_soiree_speciale_television_arte-Frederic_ChopinFrance Musique, Dimanche 27 mars 2016, 14h. Chopin : Sonate n°2 opus 35. Tribune des critique de disques. L’oeuvre à la loupe, bilan discographique et meilleures interprétations de la partition  la plus grave et lugubre mais aussi furieuse et noire de Chopin. France Musique interroge le sens profond de la Sonate n°2 dite Sonate funèbre ( en raison de son mouvement lent, en forme de Marche funèbre), composée en 1837. Le compositeur vient de débarquer de Majorque, immersion en terres ibériques, traversées par les embruns marins, une escapade haute en rebondissements, vécue aux côtés de sa compagne George Sand et qui se termine en fiasco sentimental et débâcle quasi apocalyptique… Sand en témoigne dans Un hiver à Majorque, évoquant leur fuite en février 1839 : “Chopin malade entouré d’un troupeau de porcs, et crachant le sang…”  sur le bateau qui les ramène vers la France… et le Berry pour Nohant. Autre déconvenue (majeure) dans un contexte grave et sombre, Chopin apprend la nouvelle du suicide du fameux ténor Adolphe Nourrit à Naples : c’est la mort dramatique d’un ami proche qui lui transmis l’art ciselé du beau chant… Des Baléares que l’on croyait ensoleillées et optimistes, le compositeur pianiste rapporte un gemme noir et lugubre, fantastique et désespéré mais d’un raffinement si subtil que la poésie et l’intériorité pudique adoucissent la morsure du deuil. Par sa marche, la Sonate n°2 ose faire face à la mort, en une confrontation sans maquillage ni atténuation. En filigrane s’y inscrivent aussi toutes les étapes, sensations, sentiments éprouvés par le grand malade romantique durant les 9 années de sa liaison avec Sand. L’amour et la mort y tissent un ample poème symphonique, à deux mains. Dans le premier mouvement (Grave – Doppio movimento), c’est la résistance et la volonté d’un Don Giovanni autre figure confrontée à la mort qui se dressent sublimes, dérisoires ; le Scherzo est aussi mordant et âpre que les meilleures partitions fantastiques d’un Liszt ; la Marche exprime le chant froid et lugubre de l’humanité consciente de sa fin prochaine ; même le Presto du Finale ne réconforte de rien, n’apaise de rien car Chopin renoue avec le mystère et l’angoisse du début. La Sonate n°2 est un incontournable : Chopin y cisèle ce trouble expressif entre pudeur, inquiétude voire angoisse dépressive et fureur à peine rentrée, d’une amère et lugubre résonance, plongeant dans le mystère le plus noir. Des ténèbres de la dépression à l’ombre épaisse de la mort…

PLAN :

Grave – Doppio movimento

Scherzo

Marche funèbre : lento

Finale : Presto

LIRE aussi la page dédiée à la Sonate n°2 de Chopin sur le site de France Musique

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