Saintes. Abbaye aux dames, le 14 juillet 2012. Isouard, Beethoven. Jeune Orchestre Atlantique, Rudi Fernandez-Cardenas, basse; Catherine Puig et Philippe Herreweghe, direction

concert, compte rendu, critique
festival de Saintes 2012

Le Jeune Orchestre Atlantique (JOA) à Saintes
par notre envoyée spéciale, Hélène Biard

Depuis sa création en 1996, le Jeune Orchestre Atlantique (JOA) donne à chaque édition du festival de Saintes deux concerts dont l’un, généralement le premier, est dirigé par Philippe Herreweghe qui en est l’un des fondateurs; le chef belge partage la tête d’affiche avec Catherine Puig qui est aussi la responsable pédagogique du Jeune Orchestre Atlantique. La volonté affichée des responsables de l’Abbaye aux dames et des chefs de programmer des compositeurs méconnus ou oubliés permet au public la découverte de deux oeuvres du compositeur maltais Nicolo Isouard (1773-1818) dont la musique gagne à être connue.

Saintes ose Isouard

Nicolo Isouard, dont le véritable prénom est Nicolas, a composé plusieurs opéras en français; ce sont des extraits de deux d’entre eux qui nous sont présentés cet après midi : Le médecin turc et Les Rendez vous bourgeois. Catherine Puig qui dirige le Jeune Orchestre Atlantique présente au public, venu nombreux, les ouvertures et les airs de Kalil (Le médecin turc) et de Jasmin (Les rendez-vous bourgeois) de ces deux oeuvres. La musique d’Isouard ne manque ni de saveurs, ni de fraîcheur, dommage que parfois Catherine Puig ne parvienne pas à libérer complètement sa direction ; l’intention est bonne mais la lecture manque d’impulsion et de feu; néanmoins l’idée de remettre Isouard à l’honneur est excellente dans la mesure ou le compositeur maltais, formé en Italie, recycle avec bonheur les diverses influences qu’il “subit” lors de ses voyages en Europe.

La jeune basse péruvienne Rudi Fernandez-Cardenas qui chante les deux mélodies tirées du Médecin turc et des Rendez vous bourgeois met certes du coeur à l’ouvrage mais, peut-être est ce dû à l’inexpérience, il peine à prendre le pas sur l’orchestre. Et si la voix est belle, avec de beaux passages dans l’aigu et dans le grave, elle manque de puissance; gageons que dans l’avenir le jeune chanteur évolue dans un sens très positif. Malgré les imperfections d’une interprétation restée dans l’ensemble assez timide, ressusciter ainsi des oeuvres méconnues aussi splendides reste une expérience captivante.

Le Jeune Orchestre Atlantique à Saintes

Après la pause, c’est Philippe Herreweghe, co-fondateur du Jeune Orchestre Atlantique qui prend la main ; le maestro dirige avec fougue et maestria la Deuxième Symphonie de Ludwig van Beethoven (1770-1828). Composée fin 1802 et créée en avril 1803, la deuxième symphonie a reçu un mauvais accueil en partie à cause du finale qui est assez peu banal. Néanmoins Philippe Herreweghe qui connait parfaitement la musique beethovénienne, fait ressortir avec une vigueur bienvenue les couleurs diverses et variées de cette symphonie restée dans l’ombre de ses petites soeurs. Dès les premières notes l’orchestre, galvanisé par l’arrivée du chef belge, joue avec un plaisir non dissmulé et la musique résonne joyeusement sous les voutes de l’abbaye. Malgré une santé chancelante, la surdité du compositeur va en empirant, Beethoven écrit des pages pleines d’espoir et Herreweghe prend les choses au pied de la lettre, insufflant à ses musiciens l’énergie inépuisable dont il fait si souvent preuve; le chef les pousse à se surpasser et à donner le meilleur d’eux même. L’accueil dithyrambique que les musiciens et le public réservent à Philippe Herreweghe à la fin du concert le pousse à revenir plusieurs fois sur l’estrade; Et Herreweghe, visiblement très ému en profite pour saluer le travail des musiciens qui ont eu quatre jours pour travailler avec Catherine Puig et lui-même.

Le Jeune Orchestre Atlantique a su assimiler avec une belle aisance les consignes des deux chefs qui l’ont fait travailler et la réussite de la soirée tient non seulement à la nécessaire rigueur qui préside à de si courtes périodes de travail mais aussi à la confiance qui unit musiciens et chefs. Du bel ouvrage, galvanisé par deux chefs pleinement engagés auprès de leurs musiciens.

Saintes. Abbaye aux dames, le 14 juillet 2012. Nicolo Isouard (1773-1818) : Le médecin turc (ouverture, air de Kalil); Les Rendez vous bourgeois (ouverture, air de Jasmin). Ludwig Van Beethoven (1770-1828) : Symphonie N°2 en ré majeur, opus 36. Jeune Orchestre Atlantique, Rudi Fernandez-Cardenas, basse; Catherine Puig et Philippe Herreweghe, direction. Compte rendu rédigé par notre envoyée spéciale à Saintes, Hélène Biard.

Illustration: Nicolo Isoaurd, compositeur romantique maltais, révélé par le festival de Saintes 2012

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