Rochemontes. Orangerie, le 13 janvier 2013. Jean Sebastian Bach, Kodály, Cassadó. Marc Coppey, violoncelle.

Il est des musiciens qui sont aussi des hommes d’exception par une manière unique d’être au monde. Marc Coppey, dès qu’il s’avance sur la scène et prend son violoncelle contre lui, dégage une confiance, fait naître une foi dans l’homme, qui est très singulière. Sa beauté n’a rien de tapageuse, ses gestes sont économes, sa vêture est sobre, mais il émane de lui un charisme rare.


Un bien grand artiste

Il aborde la première Suite de Bach comme l’Alpha de la musique pure et parfaite. Le son est rond, ferme, nuancé. Les couleurs sont boisées et chaudes sans rien d’extraverti. Le tempo est évident et parfaitement tenu, sans chercher à danser plus que de raison. Toutefois, cette interprétation n’a rien de figé ni de vraiment retenu. Rien d’original n’est recherché, les phrasés sont évidents et paraissent simples. La beauté des gestes du violoncelliste est émouvante, tout particulièrement la main gauche relâchée quand la corde sonne à vide. Le spectateur ressent l’émotion ainsi que la gratitude du musicien devant cette oeuvre si parfaite, qui peut être prise comme le plus bel hommage possible au violoncelle naissant.

Notre génération sait que nous devons à Pablo Casals la redécouverte des Suites de Bach pour violoncelle seul. Afin de lui rendre hommage son compatriote catalan Gaspar Cassadó a écrit une suite choisie par Marc Coppey comme réponse-remerciement en forme de mise en abîme.

Ce double hommage révèle une œuvre d’une grande virtuosité et d’une charge émotionnelle très surprenante. La danse en Sardane, si catalane, est très poignante. Le violoncelliste s’engage d’avantage et répond avec une simplicité déconcertante aux exigences virtuoses de la partition. Doubles cordes, harmoniques, large palette de nuances et de couleurs, sur-aigus et graves abyssaux demandent toutes les possibilités de l’instrument. Marc Coppey sait s’investir totalement révélant un tempérament généreux. La rareté de cette Suite, ses nombreuses références à la vitalité de Pablo Casals touchent profondément les cœurs.

Pour la dernière œuvre au programme, le violoncelliste doit réaliser une scordatura et en modifiant l’accord des deux cordes graves change toute l’ambiance. L’ambitus est élargi et les effets sont inouïs. Osant des doubles cordes en harmoniques, des pizzicati en même temps que des notes tenues, des attaques jamais demandées, Kodaly semble créer un nouvel instrument. Le folklore des Balkans s’invite ainsi que les audaces harmoniques dignes de Richard Srauss et sa sulfureuse Salomé. Marc Coppey s’ouvre à l’humour et à la fantaisie, sa virtuosité semblant sans limites. Pourtant c’est la qualité de l’interprétation, la richesse des phrasés, l’intelligence musicale qui font de Marc Coppey, bien plus qu’ un parfait virtuose : un musicien esthète. Le public est subjugué : il réserve un triomphe à ce programme si rare et si bien construit.

Les deux bis semblent faire partie de la composition du programme. Le chant des oiseaux de Casals est aussi beau qu’émouvant et Marc Coppey y fait merveille avec une pudeur inénarrable. La Sarabande de la 6 ème Suite de Bach revient au père fondateur et à l’ Alpha de la musique pour violoncelle seul ; la sonate de Kodaly ayant pu en évoquer l´Omega.

Un seul regret, que la salle de la belle Orangerie de Rochemontes n’ ait pas été pleine à craquer car jamais autant de beauté et de musique réunies n’ y ont pris place, avec un interprète si sensible.

Orangerie de Rochemontes. Le 13 janvier 2013. Jean Sebastian Bach
(1655-1735) : suite n° 1 pour violoncelle seul ; Zoltán Kodály
(1882-1967) : Sonate pour violoncelle ; Gaspar Cassadó (1897-1966) :
suite pour violoncelle seul. Marc Coppey, violoncelle.

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