Richard Strauss, Capriccio (1942)Mezzo, les 22 et 23 juillet, 11 août

Voici une production conçue comme un adieu, une métaphore nostalgique d’une période esthétique qui a tiré sa révérence avec la fin du « règne » Gall à l’Opéra national de Paris. Pour décors de cette célébration : les volumes (foyer, salle et scène) de l’opéra Garnier.
La scénographie de Robert Carsen, ce “faiseur de rêve”, éclaire l’opéra de Richard Strauss : il en souligne sous la référence à l’Ancien Régime, la parabole artistique. A l’opéra que choisir, texte ou musique? C’est en posant une question aussi vieille que l’histoire du genre lyrique, que Strauss rend un hommage à peine déguisé à sa vocation musicale, de compositeur d’opéra, mais aussi au style français, puisque l’action se passe en France au XVIIIème siècle.

Renée Fleming en Comtesse est le point central de la production. Sa silhouette sophistiquée convient idéalement à l’ambiance néo-baroque de l’opéra de Strauss : elle est Madeleine, incarnation du goût, arbitre du talent.

Cette lecture souligne dans cette « conversation musicale », la sublimation du passé qui prend valeur de manifeste. D’autant que la partition créée à Munich en 1942, en plein régime hitlérien, avait pour son auteur valeur de sujet humaniste : ici, l’intrigue d’une comtesse discutant de questions portant sur l’art, confrontée au choix difficile (emblématique de toute l’histoire de l’opéra comme nous l’avons dit) entre le poète et le compositeur, rappelait les valeurs sacrées de l’héritage culturel mis en faillite par la barbarie nazie. Crépusculaire et aussi presque auto-narcissique, ce Capriccio au fur et à mesure de son déroulement scénique se replie sur lui-même comme autant de miroirs en perspective, refermant peu à peu le champ de vision. La dernière scène est à ce titre significative : la comtesse Fleming perdue dans une ivresse des sens qui annihile toute décision conclusive, plonge dans son propre reflet.

A flanc de miroir, elle ne sait au juste trancher réellement, comme exaltée par la volupté d’une indécision flottante. Le dispositif scénique qui porte magistralement la marque de fabrique de Robert Carsen insiste sur cette auto célébration quasi fétichiste de l’héroïne ; sur ses questionnements, ses attentes, ses désirs : a-t-elle réellement conscience des situations qu’elle suscite ? Devant décider de qui, entre poète ou musicien, est le plus à même de conquérir son cœur, prend-t-elle pleinement conscience de l’enjeu de cette querelle qui n’est en définitive qu’un … caprice ? Dans le salon de la Comtesse, s’affaire la société de gens d’esprit et du milieu de la scène, grisés par la joute artistique : La Roche, directeur de théâtre et la célèbre actrice Clairon (épatante Anne Sofie Von Otter).

La réalisation du film déborde le cadre d’une représentation filmée : la dernière partie où chacun attend avec impatience le verdict final, sublime encore l’apparition de la Comtesse Madeleine. En un jeu de miroirs subtil, la Comtesse spectatrice dans la salle aux côtés de son frère (Le Comte), et Madeleine sur la scène, incarnant l’indécision perpétuelle de l’Art, entre poésie et musique justement, restitue la magie du spectacle dans cette impossibilité à donner une réponse. La musique quant à elle opère son enchantement.

Derrière la légèreté équivoque du propos, (le sujet convoque des allégories), c’est bien autour de la Comtesse, poésie (Olivier) et musique (Flamand) qui s’affrontent, que se déroule un drame humain, bien humain. Le jeu des chanteurs comme la mise en scène de Carsen, nous le rappellent avec beaucoup d’élégance et d’esprit.

Richard Strauss
(1864-1949) : Capriccio,
konversationsstück (« pièce en forme de conversation ») en un acte.
Livret de Clemens Krauss et du compositeur.

Renée Fleming (La Comtesse), Dietrich Henschel (Le Comte), Rainer Trost (Flamand), Gerard Finley (Olivier), Franz Hawlata (la Roche), Anne Sophie Von Otter (Clairon), Robert Tear (Monsieur Taupe), Annamaria Dell’Oste (une chanteuse italienne), Barry Banks (un ténor italien), Petri Lindroos (le majordome), Orchestre de l’Opéra national de Paris, direction ; Ulf Schirmer. Mise en scène : Robert Carsen. Réalisation : François Rousillon.

Enregistré en juillet 2004 à l’opéra national de Paris.

Le film de cette production est édité en dvd chez TDK
Réf. : DVWW-OPCAPR. Durée : 2h28’. (distr. : Intégral).

Mezzo,
Les 22 juillet à 20h50, puis le 23 à 13h45.
Le 11 août à 16h.

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