Recréation mondiale du PARADIS PERDU de Théodore Dubois (1878)

malgoire-jean-claude-opera-portrait-par-classiquenewsTOURCOING, les 24 et 26 novembre 2017. Dubois : Le Paradis perdu. Recréation événement. Jean-Claude Malgoire n’a jamais été en reste d’une nouvelle exhumation. Combien de compositeurs aujourd’hui explorés, a-t-il en visionnaire déjà révélé l’intérêt et la valeur ? Dubois en fait partie et bien avant la nouvelle vague de redécouverte du romantisme français, le fondateur de l’Atelier Lyrique de Tourcoing savait mesurer et approfondir sa propre intuition au service de l’académique (Prix de Rome 1861), Théodore Dubois. Jean-Claude Malgoire a déjà exhumer, avant tout le monde, son opéra Aben Hamet, directement inspiré de Chateaubriand (Le dernier Abencérage, écrit dans sa thébaïde de la vallée aux loups, 92).
A Tourcoing les 24 et 26 novembre 2017, les musiciens, chef, instrumentistes et chanteurs ressuscitent l’oratorio français romantique inspiré de Milton.

A l’époque du Second Empire et de la IIIè République, Théodore Dubois, auteur officiel et célébré (professeur puis directeur du Conservatoire, organiste à La Madeleine, surtout membre de l’Institut…) est aussi un compositeur d’une intégrité absolue, d’une finesse séduisante, voire davantage… A Dubois, revient le mérite d’une carrière scrupuleuse, menée avec loyauté et de sa propre volonté, sans éclat ni sens de la provocation: au contraire, le tempérament du musicien est proche de son style: digne, équilibré, raffiné… Habité et défenseur d’un idéal académique qui recherche avant tout la clarté, Dubois étonne, surprend, et ici convainc sans réserve.


Elégance dramatique
Son oratorio Le Paradis Perdu (1878) est ici recréé dans sa version orchestrale complète, à la différence des tentatives antérieures, reconstituée mais de façon subjective et incomplète en effectif allégé (Côte St-André 2011, cd paru dans la foulée en 2012). Le tempérament dramatique d’un Dubois inspiré par l’action sacrée se dévoile et s’intensifie grâce aux couleurs de l’orchestre : sens du drame, renouvellement du genre de l’histoire sacrée, séduction immédiate des mélodies, écriture subtile et d’une finesse qui évite le creux comme le décoratif.
En plus d’être un poète musicien, Dubois, excellent artisan, est aussi un architecte: l’alternance des parties instrumentales, chorales, solistiques confirment l’art du Dubois dramaturge (parfait équilibre des 4 parties: La Révolte, L’Enfer, La Tentation, Le Jugement), maître des masses chorales: il n’est que d’examiner le rôle dévolu au Diable, agent de la chute d’Adam et d’Eve, pour mesurer la subtilité psychologique avec laquelle le compositeur aborde le caractère: c’est une instance active, provocante, démiurge et évidemment manipulatrice qui critique le pouvoir de Dieu et la Création, sait conduire ses troupes célestes, séduire et perdre définitivement le couple originel en inspirant à la trop naïve Eve, le poison de l’orgueil et de la suffisance.
C’est un rôle digne de Mephisto chez Gounod (Faust) ou Berlioz (Damnation de Faust); une relecture passionnante, propre à la fin di siècle romantique, dans l’histoire du personnage. Tout l’art de Dubois se concentre dans ce profil imprévu et aussi dans le traitement du choeur des Damnés qu’il sait haranguer, électriser, piloter jusqu’à la victoire finale.

 
 

 

Recréation mondiale du
PARADIS PERDU de DUBOIS
dans sa version pour orchestre…

 

 

A noter au fil de l’oeuvre : le personnage d’Eve : pureté originelle et tendresse extatique (duo avec Adam: “Aimons-nous”, partie III) puis jeune ambition influençable et si manipulable; celui de l’Ange, figure surnaturel et fantastique au souffle bien calibré ; Satan dont Dubois exprime sans fard et de façon directe, la facétie active, son cynisme bonimenteur…
malgoire_jean_claudeCommande de la Ville de Paris, comme un geste de généreuse rechristianisation après les horreurs commises pendant la Commune, Le Paradis Perdu d’un Dubois, mûr et sûr de son style (41 ans) est bien davantage qu’un exercice de démonstration académique.
Amertume haineuse et esprit de vengeance d’un Satan volubile, effusion tendre et amoureuse et trop fragile du premier couple, diversité caractérisée du choeur (souplesse éthérée des Séraphins; hargne des Rebelles; conspiration des Damnés d’où émerge le trio mordant, dissident d’Uriel, Molock, Bélial…; prière et compassion du dernier choeur pour le jugement final)… sans omettre, l’évocation des gouffres infernaux qui occupe avec tendresse, raffinement et élégance là encore (trois caractères emblématiques de la manière de Dubois) toute la seconde Partie (intitulée l’Enfer avec l’incantation fourbe et victorieuse du choeur exaltant “flamme toujours vivante au séjour d’épouvante”: chef d’oeuvre d’écriture chorale doublé d’un sens prosodique si délectable… la succession des tableaux compose une fresque édifiante et moralisatrice qui satisfait amplement sa fonction première. D’ailleurs, Dubois recycle un projet lyrique antérieur, remontant à 1871… Il obtient le Premier Prix du Concours parisien auquel il avait concouru; ex aequo avec un autre compositeur à redécouvrir d’urgence Benjamin Godard, auteur dans le même contexte d’un Tasse tout aussi abouti. Son opéra Dante est récemment édité en octobre 2017.
Mésestimé et objet de complots tenaces, Dubois connut avec son Paradis Perdu, de nombreux déboires: le librettiste Blau réclamant la moitié du Prix obtenu; les chanteurs à la création au Châtelet n’étant pas satisfaisants; l’édition de la partition étant payée par l’auteur seul…

Dévoilant la version inédite pour orchestre en création mondiale, Jean-Claude Malgoire a bien raison de se passionner pour le tempérament d’un Dubois raffiné et dramatique qui en 1878 participe avec éclat à la politique de pacification, de fraternisation et de réconciliation de la Ville de Paris, pour effacer les blessures et les haines nées pendant et après la Commune…

 

 

 

TOURCOING, les 24 et 26 novembre 2017. Dubois : Le Paradis perdu.

Théodore Dubois (1867-1924)
Le Paradis Perdu (1878)

vendredi 24 novembre 2017 à 20hboutonreservation
dimanche 26 novembre 2017 à 15h30
Tourcoing Théâtre Municipal R. Devos
RÉSERVEZ VOTRE PLACE

CREATION MONDIALE
dans l’instrumentation originale d’après le manuscrit autographe de Théodore Dubois

 

 

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Drame-oratorio en quatre parties
Livret d’Edouard Blau d’après le poème de John Milton

Direction musicale : Jean Claude Malgoire
Conception visuelle et scénographie : Jacky Lautem
Ève : Magali Simard-Galdes, soprano
Adam : Antonio Figueroa, ténor
Satan : Marc Boucher, baryton
L’Archange : Mireille Lebel, mezzo-soprano
Uriel, le Fils : Denis Mignien, ténor
Molock : Philippe Favette, baryton
Belial : Kamil Ben Hsain Lachiri, baryton-basse

 
 

Choeur de chambre de Namur
(préparation du choeur Thibaut Lenaerts)

  La Grande Écurie et la Chambre du Roy
Coproduction avec le Festival Classica de Saint Lambert (Canada)

 

 

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