POITIERS. UM, la nouvelle partition de Zad Moultaka

POITIERS. UM, la nouvelle partition hypnotique de Zad MoultakaPOITIERS, TAP. Auditorium : Um de Zad Moultaka. Le 22 novembre 2016, 20h30. UM est une méditation sonore qui s’inspire du livre des morts tibétain et des rituels chantés dans les monastères. 6 chanteurs ici entonnent la litanie méditative et interrogative d’une action sacrée : la voix se fait geste et la musique investit l’espace en ondes interrogatives. Les voix sont accompagnées par un ensemble instrumental et des haut-parleurs suspendus et jonchant le sol, qui produisent une trame à la fois enveloppante et hypnotique à partir des infra graves et ultra aigus. La question centrale demeure : où est la place de l’homme ? Dans l’univers, dans son rapport (rompu ? donc destructeur…) avec la nature ; avec soi-même aussi : qui suis-je ? UM, en quête d’un espace intérieur, porteur d’un questionnement universel, fonctionne alors comme une série de mantras, « phonèmes empruntés à notre société de consommation, qui en constitue une critique acerbe, déplorant notre rapport perdu au sacré. » Ars Nova ensemble instrumental, dirigé par Philippe Nahon, fusionne avec les chanteurs du groupe vocal allemand NEUE VOCAL SOLISTEN (basé à Stuttgart), pour créer la nouvelle partition composé par Zad Moultaka. Philippe Nahon retrouve l’auteur d’UM, comme un complice car Ars Nova ensemble instrumental a déjà créé des pièces antérieures de Moultaka, depuis déjà 2014. Un troisième partenaire, l’IRCAM, où le compositeur est en résidence depuis juillet 2015, mettra en oeuvre la spatialisation électronique et l’architecture électroacoustique. La force de cette nouvelle partition est de faire dialoguer l’intime et l’universel, tout en exprimant par la musique cette quête dont nous avons perdu l’activité et le but ultime. L’austérité apparente de sa réalisation produit à l’inverse, un véritable théâtre du geste et du silence, de la résonance et de la révélation.

UN OCEAN SONORE QUI QUESTIONNE… Pour Zad Moultaka, il s’agit de retrouver un espace sensible et sonore, propice au questionnement fondamental, à l’essor d’une conscience soucieuse d’harmonie et de plénitude. « Disposés en strates, sur trois niveaux, un ensemble mixte en fond de scène, un autre constitué de cuivres et percussions, puis au centre sept chanteurs prononçant des mots morcelés, des «noms», des syllabes qui sonnent comme des mantras creux, provenant de notre société avide de consommation. Six hommes, situés dans le noyau du dispositif sonore de la salle, en quête de lien entre le haut et le bas, le ciel et la terre, l’espace extrême des harmoniques et les infra-graves. Des haut-parleurs suspendus au-dessus du public incarnent cet espace ultime de l’aigu ; d’autres éparpillés sur le sol ouvrent celui des graves extrêmes. Les moines bouddhistes creusent dans les profondeurs de la matière vocale pour faire apparaître ce qu’elle a de plus transparent, les harmoniques aiguës. Elles surgissent miraculeusement pour nous rappeler que le visible et le caché, le matériel et le spirituel se côtoient et sont de même nature » précise le compositeur.

« Et si nous pouvions descendre encore plus bas ? Creuser encore plus loin ? Aller au-delĂ  du grave, plus grave que le grave, de sorte que le chant des moines devienne lui-mĂŞme l’aigu d’une vibration souterraine non rĂ©vĂ©lĂ©e. Que serait cette matière ? Quel visage auraient ces aigus au-delĂ  des aigus ? Ici, la machine informatique pourrait-elle nous montrer le chemin ? Un sens ? La machine… Beau paradoxe qui se jouerait dans les laboratoires de l’Ircam » questionne encore Zad Moultaka.

moultaka zad festival_d_ile_de_france_2015-adonis_copyright_zad_moultaka_01-webMECANIQUE DU SON… Mais le compositeur entend aussi inscrire sa dĂ©marche dans un mouvement concret et mĂ©canique : « C’est aussi un « dispositif de transformation d’une Ă©nergie en Ă©nergie mĂ©canique », une force qui donne le mouvement. Il est dit que « Dieu est le premier moteur, le souverain moteur de toutes choses. Et si on suivait cet adage Ă  la lettre ? Le moteur… dans le sens le plus mĂ©canique…UM, cette syllabe Ă  consonance de mantras cacherait aussi, cyniquement, l’acronyme de United Motors ? Les moines tibĂ©tains ont bien Ă©té utilisĂ©s pour une publicitĂ© de voiture! Le moteur serait donc Ă  nos sociĂ©tĂ©s ce que le chant bouddhiste est Ă  la leur”. Zad Moultaka propose donc une expĂ©rience unique aux spectateurs, immergĂ©s dans un ocĂ©an sonore, oĂą la direction du son se fait questionnement rĂ©pĂ©tĂ©, action d’une conscience pleine et exigeante que nous devons apprendre Ă  recueillir, incarner, cultiver… L’ombre et la lumière, le silence et sa rĂ©sonance, l’immobilisme et le mouvement… l’Ă©criture du compositeur contemporain rĂ©concilie les dimensions sensibles et traditionnellement opposĂ©es, en une totalitĂ© qui renouvelle la conception mĂŞme du concert classique. VOIR aussi notre reportage dĂ©diĂ© Ă  la crĂ©ation de JARDIN CLOS, spectacle conçu par Zad Moultaka, rĂ©alisĂ© par De Caelis, en rĂ©sidence Ă  l’Abbaye aux Dames de Saintes, juillet 2014.

Pour sa part, Philippe Nahon, invité à réaliser cette nouvelle partition dans sa parure sonore et spatiale, « C’est un désir et une nécessité que de mettre toutes ses forces au service de cette intelligence constructrice de l’art contre le silence et l’obscurité. Le rituel tibétain a donné à Zad Moultaka l’énergie motrice génératrice de forme, d’élan, de sons, de rythmes. De l’étincelle jaillit la flamme vers laquelle toutes les forces de vie convergent pour trouver l’équilibre ou la mort sublime comme le papillon ébloui qui s’y brûle les ailes. »
Rien n’est donc anodin dans cette architecture musicale dont le flux est toujours en mouvement et en expansion. La quête et le questionnement dont il s’agit, et que vont découvrir les spectateur de ce programme événement, sont à la hauteur de la barbarie sourde et multiple qui frappe désormais à notre porte, au risque de détruire notre civilisation. A la violence désormais ordinaire qui nous submerge, Zad Moultaka pose la question qui doit nous faire réagir. L’art et la musique pour notre salut.

 

 

 

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boutonreservationUM, de zad Moultaka
Mardi 22 novembre 2016, 20h30
POITIERS, TAP Auditorium

Placement libre
Durée : circa 1h10
Créé en octobre 2016

Rencontre avec le compositeur Zad Moultaka
Mardi 22 novembre 2016, Ă  18h30
SĂ©rie “Pourquoi les chefs d’orchestre mènent-ils tout le monde Ă  la baguette ?”

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UM, nouvelle partition de Zad Moultaka
Durée : circa 1h15

EFFECTIF / DISTRIBUTION :
Ars Nova ensemble instrumental : 11 musiciens
Direction : Philippe Nahon

1 tuba
2 trombones
1 cor
1 trompette
1 flûte
1 clarinette
1 percussion
1 alto
1 violoncelle
1 contrebasse

NEUE VOCAL SOLISTEN : 6 voix
S/M/A/T/B/B

Programme repris le 13 mai 2017
Arsenal de Metz (57) ;
puis en juin 2017 (date à préciser),
au Stuttgart Summer Festival (Allemagne)

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