Poitiers. Auditorium, le 7 mars 2013. Constant, Cavanna. Ensemble Ars Nova. Les 50 ans d’Ars Nova, concert 1

Fondé en 1963 par le compositeur et chef d’orchestre Marius Constant (1925-2004), l’ensemble instrumental Ars Nova fête son cinquantième anniversaire en 2013. Pour l’occasion le Théâtre Auditorium de Poitiers qui accueille les musiciens en résidence depuis 1988, laisse pendant deux jours la totalité de son espace à Philippe Nahon et à Ars Nova. Deux jours au cours desquels les spectateurs poitevins ont eu loisir de suivre une table ronde sur la place de la musique contemporaine actuellement, l’enregistrement de l’émission “Les lundis de la contemporaine” diffusée sur France Musique le lundi à 20h, un concert-sandwich et quatre concerts donnés jeudi 7 et vendredi 8 mars au soir à l’Auditorium et au Théâtre.


Ars Nova fête ses cinquante ans

L’anniversaire d’Ars Nova est l’occasion de rendre un hommage appuyé à Marius Constant (1925-2004), le fondateur de l’ensemble, disparu en 2004. Lors du premier concert, c’est son Concerto pour orgue de barbarie qui a été joué par les musiciens avec, à l’orgue de barbarie (ou orgue mécanique), l’organiste et compositeur Pierre Charial qui collabora avec Constant dès 1988, lors de la création de l’oeuvre. Marius Constant, qui connaissait parfaitement l’histoire de l’orgue mécanique, ancêtre de l’orgue de barbarie tel que nous le connaissons aujourd’hui, rend hommage à Mozart et Beethoven qui avaient tous les deux produit des oeuvres pour cet instrument en composant un mouvement lent très évocateur. Ars Nova dirigé et Philippe Nahon, -qui fut l’assistant de Constant de 1976 à 1986, année du “passage de témoin”-, jouent avec une clarté remarquable, le Concerto pour orgue de barbarie, sans fioritures inutiles, avec beaucoup de précision. Les musiciens d’Ars Nova se mettent au service de la musique contemporaine avec un enthousiasme sincère et leur lecture de l’oeuvre, vingt cinq ans après sa création, respire le bonheur de jouer ensemble. La partition est emblématique du style de Constant: sa structure, au demeurant très classique, intègre toutes les techniques de composition que Constant avait en 1988. Si on peut s’étonner de voir un orgue de barbarie comme soliste d’une oeuvre de musique instrumentale, il ne s’agit aussi que d’une demi surprise puisque depuis quelques années on voit des instruments comme l’accordéon ou la cornemuse côtoyer les instruments traditionnels de l’orchestre.

Avant le Concerto de Constant, quelques étudiants du Centre d’Études Supérieures Musique et Danse de Poitou Charentes interprètent des oeuvres de Bernard Cavanna (né en 1951). De “De Pas à Pas” à “Gouttes d’or Blues” en passant par Fauve, Trio avec accordéon et Pompes et Piston, les jeunes gens, qui poursuivent un cycle de trois ans après le Conservatoire à Rayonnement Régional, rendent justice au compositeur francilien; pendant une vingtaine de minutes, ils jouent avec un professionnalisme qui n’a rien à envier à leurs aînés plus expérimentés. Ces oeuvres assez courtes annoncent ce que sera la création de la nouvelle oeuvre de Bernard Cavanna. L’expérience est unique pour les étudiants du CÉSMD Poitou Charentes : ils ont pu profiter des conseils avisés du compositeur qui a fait le déplacement depuis Paris.

Après la pause, débute le second concert qui voit la création de la nouvelle oeuvre de Bernard Cavanna : À l’agité du bocal. Le compositeur qui reconnait “avoir abordé l’oeuvre de Céline à plus de quarante ans principalement à cause de son passé collaborationniste” s’est basé sur l’oeuvre éponyme de Louis Ferdinand Céline (1894-1961). Bernard Cavanna nous précise : “J’avais envie depuis longtemps de composer une musique sur le texte de Céline, et la commande d’Ars Nova est arrivée au bon moment”. Le texte est repris tel quel, sans coupures, dans toute sa dureté crue et sombre; le pamphlet contre Sartre, que Céline appelle volontairement Jean-Baptiste Sartre puis JBS, répond avec virulence au philosophe qui condamnait sans fard l’écrivain raciste, antisémite et collaborateur notoire. Pour cette oeuvre Cavanna, qui parle d’un “bouzin pour instruments et trois ténors dépareillés” a convoqué un ensemble de dix-huit musiciens, dont deux cornemuses et un accordéon, et trois ténors; on comprend rapidement pourquoi il faut autant de chanteurs : la musique est tendue et très exigeante pour la voix. Comme le reconnait Bernard Cavanna lui même : “Il était impossible de distribuer le texte à un seul chanteur, qui serait sorti de scène épuisé. J’ai donc décidé de confier la partie chantée à trois artistes”. La création de A l’agité du bocal n’a laissé personne indifférent tant parmi les musiciens, très enthousiastes, que parmi le public qui a chaleureusement accueilli, et les artistes et le compositeur.

La première journée de célébration du cinquantenaire d’Ars Nova s’achève sur une note très positive. A Poitiers, la création musicale est toujours aussi dynamique… grâce certainement à la ténacité et à la longévité d’ Ars Nova qui n’a jamais dévié de sa trajectoire artistique et musicale. Une chance pour Poitiers et le TAP.

Poitiers. Auditorium, le 7 mars 2013. Marius Constant (1925-2004) : concerto pour orgue de barbarie; Bernard Cavanna (né en 1951) : Pas à Pas, Fauve, Trio avec accordéon, Pompes et pistons, Gouttes d’or Blues, A l’agité du bocal. Ensemble Ars Nova; Pierre Charial, orgue de barbarie; étudiants du Centre d’Études Supérieures Musique et Danse de Poitou Charentes. Philippe Nahon; Jérôme Polack, direction.

Illustration: © Philippe Nahon

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