PARIS, Il Primo Omicidio d’Ales Scarlatti (1707)

ABEL assassine par CAIN sculpture par classiquenews Abel, by Giovanni Dupre; (Ermitage Museum)PARIS, Palais Garnier : Scarlatti : Il Primo Omicidio, 22 janv – 23 fev 2019. C’est le coup de coeur de CLASSIQUENEWS pour le dĂ©but de l’annĂ©e lyrique 2019 : un oratorio flamboyant que Jacobs a rĂ©vĂ©lĂ© il y a plus de 20 ans Ă  prĂ©sent (1997), Ă  l’époque oĂą Harmonia Mundi savait encore produire de somptueuses rĂ©surrections baroques par le disque. Depuis la crise du marchĂ© discographique n’a cessĂ© de se renforcer entraĂ®nant une rarĂ©faction des recrĂ©ations. On se fĂ©licite donc que l’OpĂ©ra de Paris et la salle Garnier accueillent ainsi un ouvrage majeur de la ferveur napolitaine, celle au carrefour des XVIIè et XVIIIè (1707 prĂ©cisĂ©ment), de la Naples conquĂ©rante, affirmant un gĂ©nie du chant lyrique aussi dĂ©veloppĂ© et raffinĂ© que Venise avant elle. La partition doit sa sĂ©duction Ă  son sujet, troublant, originel, primordial, mais aussi aux portraits ciselĂ©s par Scarlatti, du couple originel maudit (Adam et Eve) et de sa descendance elle aussi maudite, dont le profil d’Abel et de CaĂŻn, ce dernier, sanguin, jaloux, agressif, incarne l’inĂ©luctable aboutissement. Dieu reconnaĂ®tra sa faute et les dĂ©fauts de sa crĂ©ation en exterminant cette mauvaise graine par le dĂ©luge… Pour l’heure, avant Freud et Racine, voici Scarlatti père, Alessandro, qui fouille le trĂ©fonds des âmes coupables ou dĂ©munies, aveugles et sans conscience ; un Scarlatti Ă  redĂ©couvrir dĂ©finitivement qui s’intĂ©resse au meurtre originel, celui perpĂ©trĂ© par CaĂŻn, et qui inscrit le dĂ©sir de meurtre aux origines de l’histoire et de la crĂ©ation humaine. Fascinant.

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Alessandro Scarlatti : Il primo omicidio
Première à l’Opéra de Paris / Nouvelle production
PARIS, Palais Garnier
13 représentations
du 24 janvier au 23 février 2019

Première 24 janvier 2019
puis, 26, 29, 31 janvier 2019 Ă  19h30
3 et 17 fĂ©vrier Ă  14h30 – 6, 9, 12, 14, 20 et 23 fĂ©vrier 2019 Ă  19h30

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Coup de coeur de la RĂ©daction de CLASSIQUENEWS
https://www.operadeparis.fr/saison-18-19/opera/ilprimoomicidio#gallery

Caino :
Kristina Hammarström

Abel :
Olivia Vermeulen

Eva :
Birgitte Christensen

Adamo :
Thomas Walker

Voce di Dio :
Benno Schachtner

Voce di Lucifero :
Robert Gleadow

B’Rock Orchestra
Coproduction avec le Staatsoper Unter Den Linden, Berlin et le Teatro Massimo, Palerme

DĂ©roulement du spectacle :
ouverture
PARTIE I, 1h
entracte de 30 mn
PARTIE II, 1h25

Livret anonyme

La distribution n’est pas la même que celle du disque enregistré par René Jacobs en 1997… mais elle promet une caractérisation des personnages de ce premier drame sacré, qui pourrait être captivante à suivre. Pour mieux préparer votre soirée à Garnier, pourne rien manquer des enjeux de l’oratorio de 1707, reporter vous au disque originel de 1997 dirigé par René Jacobs, et consultez nore dossier CAÏN et ABEL, ci après…

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Jaloux, Cain assassine son propre frère plus jeune car ce dernier lui semblait être le préféré de ses parents… Au final c’est Dieu qui tranche et mesure la violence rentrée de Caïn, en préférant l’offrande de son jeune frère Abel. La jalousie de Caïn produit le premier meurtre de l’histoire humaine : une faille et une malédiction pour le genre humain dans sa globalité que la civilisation actuelle doit toujours assumer.
Au début de l’Ancien Testament, le sujet du Premier Homicide originel nous renvoie à la violence contemporaine des sociétés, au péril des guerres et des meurtres généralisés sur la planète.
Scarlatti fait de Caïn un personnage trouble,- comme tous les bourreaux à l’opéra : humain et même touchant car traversé et rongé par la culpabilité et le sentiment d’être maudit. Il est bien par ce sentiment profond, primordial, le père de l’humanité : la jalousie obsessionnelle porte à la folie criminelle qui mène à la haine et à la violence, deux actes que l’humanité n’a toujours pas résolu et qui la mène à sa perte.

APPROFONDIR : le dossier CaĂŻn et Abel de CLASSIQUENEWS
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Scarlatti-IL-PRIMO-OMICCIDIO-critique-annonce-oratorio-palais-garnier-paris-par-classiquenews-Abel-1844-Giovanni-Dupre--Italian-1817-1882.-marbleLa question est trop intense pour avoir Ă©tĂ© davantage traitĂ©e Ă  l’opĂ©ra ou au théâtre : l’homme en sociĂ©tĂ© est condamnĂ© Ă  s’autodĂ©truire. Au XIXè, Rodolphe Kreutzer compose son propre drame romantique mais en l’intitulant La MORT D’ABEL (1810 – 1825), le compositeur parisien a changĂ© de point de vue. NĂ©anmoins, le vrai sujet de la partition demeure l’inĂ©luctable dĂ©sir de meurtre. Un sujet originel qui reste contemporain. Il n’est que de constater l’échec des dĂ©mocraties Ă  juguler la maffia, la criminalitĂ©, la dĂ©linquance, … et surtout la « rĂ©Ă©ducation » des ĂŞtres par la prison. S’il y avait une conscience plus collective qu’individuelle, l’homme pourrait ĂŞtre sauvĂ©. VoilĂ  pourquoi il est en dĂ©finitive moins Ă©voluĂ© que l’animal, et inĂ©luctablement invitĂ© Ă  pĂ©rir par lui-mĂŞme.

Le premier homicide est comme Don Giovanni (la pulsion du désir qui fait éclater l’ordre social) ou Orfeo (l’impossible maîtrise des passions), un thème qui plonge aux origines de notre humanité. Le sujet s’inscrit dans la fibre de la société moderne, revêtant une dimension actuelle contemporaine qui névrotique, interroge depuis Alessandro Scarlatti, donc le XVIIIè (premier baroque) notre identité propre au XXIè. Il est étonnant que des génies de l’opéra ou de l’oratorio, tels Haendel, ou Rameau en France, ne se soient pas emparé de ce sujet qui illustre la violence et la haine dont l’homme est capable. Ce questionnement nous renvoie à notre échec humain, aux guerres et aux scandales, aux crimes et aux malversations qui ne cessent d’alimenter l’actualité.

LE MEURTRE ORIGINEL
La Genèse établit le crime et la jalousie aux début de l’histoire humaine.
Le meurtre d’Abel par son frère Caïn fascina un siècle (début du XVIIIè) épris de questions théologiques. Ce premier meurtre engendre l’Humanité, inscrivant la figure ambiguë de Caïn comme le père de la civilisation. Dieu éprouve Caïn, mesure sa propension à la violence. Il dévoile ce qui est aux origines de l’homme : le désir de meurtre.
Après Moses und Aron, le metteur en scène Romeo Castellucci revient Ă  l’OpĂ©ra de Paris dans cet oratorio dont il explore la dimension mĂ©taphysique, ciblant l’œuvre du mal dans le projet divin. Contradictoirement Ă  son sujet, la musique de Scarlatti Ă©voque le fratricide avec une douceur Ă©quivoque, « comme une fleur de la maladie ». Proche des sepolcri viennois du XVIIè, l’oratorio de Scarlatti analyse le sujet central Ă  travers de sublimes portraits musicaux, ceux du couple originel, Adam et Eve, confrontĂ©s Ă  la violence de leur fils Cain… Les allĂ©gories divine et infernale sont Ă©galement prĂ©sentes, pilotant l’action en une confrontation de plus en plus tendue, âpre, jusqu’à son terme tragique. + D’INFOS sur le site de l’OpĂ©ra national de paris (avec entretien vidĂ©o – court, du metteur en scène RomĂ©o Castellucci :
https://www.operadeparis.fr/saison-18-19/opera/ilprimoomicidio#gallery

CAIN-ABEL-meurtre-titien-tiziano-par-classiquenews-dossier-CAIN

Cain tue Abel (par Tiziano, Venise, San Giorgio Magiore, DR)

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