Paris. Eglise Saint-Merry. Samedi 12 juin 2010. Festival de musique ancienne du Marais. Corelli: 6 Sonate da chiesa (opus V), version pour flûte. Le Nouveau Mercure Galant

Première édition du tout nouveau Festival de musique ancienne du Marais. Paris était orphelin depuis trop longtemps d’un vrai grand événement musical digne de sa (très) riche histoire musicale.
Après un premier concert donné (à 16h) même jour même lieu, mené avec un train d’enfer par les solistes de l’ensemble Artemandoline, Miguel Yisrael, jeune directeur du festival, invite pour son premier soir, 3 solistes exceptionnels qui d’emblée hissent très haut, le niveau musical de la programmation. L’alchimie qui s’impose ici tient en un trois mots: audace, virtuosité, liberté.


1er festival baroque du Marais

Les interprètent abordent les 6 Sonates “da chiesa” (schéma italien: allegro, adagio, vivace, mouvement fugué), écrites à l’origine pour le violon circa 1680 à Rome. Violoniste prodigieux, Corelli y révolutionne l’écriture pour l’instrument bénéficiant de la complicité pour la création de l’oeuvre, du claveciniste Bernardo Pasquini (maître de Francesco Gasparini et Domenico Scarlatti).
Les parisiens découvrent des tempéraments méconnus, héritiers de la révolution baroqueuse, toujours avides d’exactitude, de profondeur, d’expression. C’est assurément le cas du claveciniste né en 1980 à Nancy, Philippe Grisvard, élève de la Schola Cantorum de Bâle, continuiste déjà remarqué sous la conduite de René Jacobs et de Jordi Savall, plus récemment de Vincent Dumestre pour la production du Bourgeois Gentilhomme depuis 2002. A Saint-Merry,
Il assure un continuo flamboyant et raffiné, entre extravagance et
exubérance (stilo pieno). Son aisance réalise une ciselure vivante en totale complicité avec son partenaire, le flûtiste d’origine brésilienne, Luis Beduschi, interprète de Bach entre autres, déjà primé comme partenaire du Café Zimermann et des Swiss Baroque Soloists.


Flamboiement corellien

Le geste est vivant: les attaques précises, la gestion des tempi souple et naturelle; la conversation entre les deux instruments protagonistes est totale, d’autant qu’à une virtuosité saisissante de fluidité, le flûtiste ajoute en partage une compréhension profonde de chaque partition: quel sens de l’architecture accordée aux mouvements simples de la respiration. L’interprète réussit en outre la transposition: il a réalisé le passage du violon originel des Sonates corelliennes à la flûte. L’approche est fidèle à l’histoire du corpus et à ce qu’a souhaité Corelli lui-même: on connaît une publication des 6 Sonates pour la flûte a bec édité à Londres. Luis Beduschi s’est inspiré également d’une édition de 1710, ornementé par Corelli lui-même.

Le résultat est déconcertant de justesse musicale. C’est une réappropriation légitime à la pratique baroque d’époque où Bach, Haendel, Vivaldi réécrivent à l’envi leurs propres oeuvres pour différents instruments. Flûte et clavecin (superbe instrument d’époque de la collection de Laurent Soumagnac) embrase un nouveau Corelli, nourri au lait de l’agilité expressive, du tonus palpitant. Les doigts dansent sur le traverso, courent sur le clavier… Agé de moins de 25 ans, le jeune luthiste, Thomas Dunford (né en 1988), troisième complice de ce concert étonnant, fait encore baisser l’âge moyen de ce festival de jeunesse virtuose. Le disque du programme devrait être publié courant 2011 (mais sans la présence du luth).
Magistral.

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Illustrations: Philippe Grisvard, Luis Beduschi (DR)

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