Moïse et Aaron sur Arte

moise_michelangelo-moise-schoenberg-moses-und-aaron-opera-de-schoenberg-presentation-critique-classiquenewsarte_logo_2013Arte, vendredi 23 octobre 2015, 22h15. Schoenberg : Moïse et Aaron. Depuis l’Opéra Bastille à Paris, après sa diffusion en direct sur Arte Concert dès le 20 octobre, la chaîne Arte diffuse l’opéra laissé inachevé par Schoenberg et qui a pour sujet la forme musicale et le sens du chant, c’est à dire l’opéra lui-même. Moise et Aaron propose comme opéra philosophique voire théorique deux concepts du Dieu des fervents : le Dieu incarné et représenté par l’image et par la langue ici le chant, celui d’Aaron ; l’idée abstraite d’une force et d’une autorité (invisible, inconcevable, infinie) qui ne se représente pas et ne peut pas même être exprimée, celui de Moïse qui de fait dans l’écriture même de l’opéra de Schoenberg, ne chante pas mais s’exprime dans un parlé chanté permanent (sprechgesang, rôle parlé donc), plutôt synthétique. La parole déforme et dénature plutôt qu’elle transmet et communique… Dans la carrière de l’auteur, Moses und Aaron créé en 1954 à Hambourg (en version de concert renforçant ainsi la force de l’abstraction idéologique selon Moïse), annonce l’essor proche de la nouvelle langue contemporaine et moderne, l’atonalité. Contradiction frappante et stimulante que de représenter sur la scène un opéra dont l’une des composantes tend à l’invisibilité et l’abstraction.  Concrètement, Schoenberg utilise dans la partition une seule série dodécaphonique dont il sait développer les variations : dans les faits, le compositeur occupé par ce chantier lyrique contradictoire et d’une certaine façon handicapant à défaut éreintant, dès 1934, n’acheva jamais l’édifice, laissant sous forme d’esquisse tout l’acte III (jamais mis en musique). Pierre Boulez, Solti, Michael Gielen ont souligné en l’abordant la cohérence d’une oeuvre qui réconcilie idée et formalisme, concept et réalisation. Juif inquiété au début des années 1920, l’allemand Arnold Schoenberg développe très tôt une lecture personnelle de la religion juive qui concentre l’essence de propre identité, une question esthétique et autobiographique, dont témoigne son ouvrage, d’abord cantate puis ouvrage théologique enfin opéra. Ici pèse le sens de la parole exacte peu généreuse face à une foule instable et mouvante, mais omniprésente (le choeur des hébreux incrédules). En définitive outre la cristallisation d’un nouveau langage musical, Schoenberg exprime la recherche de toute une vie : comment témoigner malgré les révoltes et la montée de la haine raciste, la vérité de sa propre identité ? La question le hante sa vie durant et explique pourquoi il eut tant de mal à terminer son oeuvre.

schoenberg arnold moses und aaron opera classiquenews presentation reviewL’action se déroule en Egypte, au moment où Moïse reçoit les tables de la Loi d’un Dieu invisible et omniscient. Le peuple hébreu fuit les troupes de Pharaon qui les avait réduit en esclavage. Tout l’acte I représente Moïse et Aaron en un duo complémentaire : Aaron exprimant en langage intelligible, les vérités divines que Moïse énonce synthétiquement; mais quand il faut croire en Dieu, Aaron use des miracles (l’eau du Nil changé en sang ; la verge de Moïse, en serpent, etc…) afin de convertir le peuple Hébreux.
A l’acte II, Moïse quitte le peuple hébreu pour se rapprocher de Dieu. En son absence, les adorateurs se livrent à l’adoration du Veau d’or, représentation concrète du dieu à honorer : ballets, orgies, décadence collective.. Quand Moïse redescend, il détruit le Veau et reproche à Aaron de l’avoir trahi.
Acte III, Moïse défend l’idée de l’essence de Dieu qui ne peut être réduit à aucune représentation. Aaron meurt. Moïse guide le peuple dans le désert, hors du joug de Pharaon.

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