Milos: Mediterraneo (1 cd Deutsche Grammophon)Milos Karadaglic, guitare: Albéniz, Tarrega, Granados, Domeniconi, Theodorakis…

Agé
de 28 ans, le guitariste Milos Karadaglic
arbore un look gipsy crooner
plutôt décontracté sur le visuel de couverture du présent album. Les
mirages du marketing seraient-ils trompeurs ici, ou bien
désigneraient-ils tout en glamour une nouvelle signature chez Deutsche
Grammophon,
qui musicalement est tout aussi convaincante que son image,
attractive?
Voici un cas exemplaire de jeune tempérament qui a tout pour lui, comme
sa consoeur chez le même éditeur, la soprano surdouée Mojca Erdmann,
jeune soprano mozartienne typée, suave, irrésistible… ou la pianiste
Khatia Buniatishvili
, nouvelle sirène pianistique de chez Sony
classical… Les trois disques sortent d’ailleurs au même moment courant
juin 2011.


Guitare électrisante

De son côté, le jeune guitariste Milos né au Monténégro
cultive la guitare depuis ses 8 ans, marqué définitivement par l’écoute
de Segovia jouant Asturias d’Albéniz: il a la révélation de la guitare
(Asturias “ouvre” logiquement ce récital hommage). La messe était dite
et le jeune nouvel ambassadeur des cordes pincées s’impose alors,
gagnant tous les grands concours distinctifs dans son pays (dont même un
prix de chant!: jouera-t-il un jour tout en chantant?…). A 16 ans, le
musicien déjà célèbre chez lui, rejoint à Londres, la Royal Academy of
Music. Ses modèles sont John Williams, puis Julian Bream dont
la technique l’inspire et le porte toujours plus haut, toujours plus
loin.

Arpèges structurant la basse, légèreté des mélodies qui s’en détachent,
Milos déploie une évidente énergie à la fois admirative à l’adresse de
compositeurs et des partitions qui lui parlent. Son jeu habité n’exhibe
pas seulement une technique: il articule un tempérament indiscutablement
orienté vers les climats intérieurs voire nostalgiques et même graves
(plage 16: caractère et amertume tendre d’Andaluza de Granados, d’une
suavité ensoleillée si profonde). Gravité affleurante dont le guitariste
sait colorer avec sensibilité sans appui comme une esquisse trempée
sous une pluie tragique, ce “jour de mai” “Mera magiou” de Mikis
Theodorakis
(né en 1925), superbe énoncé où la tendresse épouse des
blessures toujours ouvertes… Il y aussi de l’amertume, une affectivité
atteinte dans l’admirable suite en quatre sections, Koyunbaba (1985) du
compositeur guitariste italien Carlo Domeniconi (né en 1947), inspiré
par une mélodie turque qui se fait mélopée déchirée et prière
distanciée. Tout ce jeu versatile et double, grave et lumineux du
guitariste Milos est contenu dans cette suite quadripartite et le
premier mouvement en particulier se montre irrésistible par son
émotivité à fleur de peau. On voit bien que la Méditerranée dont nous
parle Milos est loin des clichés: intensément vécue, si personnelle, où
s’accrochent des souvenirs authentiquement éprouvés, parfois
bouleversants, profondément inscrits dans le coeur de l’homme. Le parcours
traversé soulève bien des épisodes extrêmes, contrastés que
l’interprète aborde avec une puissance élastique, au diapason d’un
formidable tempérament. Les Tarrega (Recuerdo de la Alhambra, Lagrima et
Caprice arabe
) ont un déhanché de grande classe, cette ivresse
nostalgique si subtilement mesurée…
Indiscutablement, voici le récital d’un jeune guitariste déjà aguerri
qui a énormément à nous dire: talent à suivre désormais.

Milos: Mediterraneo. Albéniz, Tarrega, Domeniconi, Theodorakis, Llobet, Granados. Milos Karadaglic, guitare.


concert

Milos est en concert à Paris au Café de la Danse le 7 juillet 2011 et le 19 mars 2012 au Théâtre des Champs-Elysées.

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