MEYERBEER : Les Huguenots à BASTILLE

meyerbeer_dapres_p_0PARIS, Bastille, à partir du 28 sept 2018. MEYERBEER : Les Huguenots.  ”Les Huguenots à Bastille” : Ce pourrait être le nouvel avatar d’un film historique, que nenni ; le 28 septembre 2018 marque le grand retour du grand opéra à la française, tel qu’il fut fixé par Meyerbeer pour la grande Boutique parisienne en 1836 : « Les Huguenots », après le triomphe de Robert le Diable (1831), concrétise enfin plusieurs mois de gestation avec le librettiste Scribe, sous la conduite du directeur de l’Opéra de Paris, Véron. La France de Louis-Philippe au goût historiciste et patrimonial, se passionne dès lors pour le divertissement lyrique par excellence, le grand opéra tel qu’il se réalise dans l’ouvrage inspiré de l’Histoire de la Renaissance, mis à la mode par Mérimée : ici, le massacre de la Saint-Barthélémy. La question religieuse, les conflits sanguinaires, l’intolérance et la violence, l’impuissance des couples amoureux éprouvés voire sacrifiés par la machine politique et le sens de l’histoire… sont autant de thèmes chers à Meyerbeer.

 

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Terreur à la Renaissance : Paris, août 1572

 

 

Autant de sujets qui fournissent aussi sur la scène, à travers, duos intimistes et tableaux collectifs impressionnants, la nouvelle mesure du spectacle opératique. D’autant que pour la création en 1836, le nouveau directeur de l’institution, Duponchel, voit grand : le luxe des décors, des moyens techniques, le sens du spectaculaire entendent ici rivaliser avec la peinture d’Histoire, c’est à dire les compositions picturales si soignées des faiseurs d’onirisme, entre sublime, terreur, grandiose… tel Devéria ou Paul Delaroche (élève d’Ingres) et les peintres Troubadours…
D’ailleurs, pour la création de 1836, les costumiers de l’Opéra se sont directement inspirés des peintres d’histoire pour réaliser les costumes des Huguenots.
Le chef d’orchestre, Habeneck, grand défenseur de Beethoven à Paris et transmetteur du génie germanique en France, dirige alors un plateau exceptionnel : Adolphe Nourrit dans le rôle du héros RAOUL (plus tard, Georges Thil prendra sa succession…).  Marguerite de Valois est une soprano agile ; Valentine, un soprano (Falcon) dramatique (Rosine Stolz) ; le page Urbain est un soprano léger ou une mezzo (confiée alors à Marietta Alboni (virtuose rossinienne), quand Marcel (le serviteur huguenot radical, de Raoul), est une basse profonde.
Chacun des solistes, au timbre ainsi bien caractérisé, maîtrise l’articulation du français. L’oeuvre marque l’âge d’or du chant français romantique propre aux années 1830.
Le spectacle est total : les ballets sont réglés et joués par les Taglioni, père (chorégraphe) et fille (Marie, danseuse superlative / ou « prima ballerina »). C’est dire le luxe du spectacle.

 

 

Les Huguenots à Bastille

 

 

A la création, Berlioz est admiratif ; l’opéra est joué pour l’inauguration du Palais Garnier en 1875; Jacques Rouché (alors directeur de l’Opéra de Paris) a à coeur de célébrer le centenaire de l’opéra en 1936 (novembre) par une reprise grandiose elle aussi ; ouvrage de la démesure et de l’excellence, Les Huguenots après avoir totalisé 1120 représentations depuis leur création en 1836, disparaissent de l’affiche. La difficulté de réussir l’interprétation (comment réunir ainsi 5 solistes d’exception (sans compter les seconds rôles), le moyens requis pour réaliser les décors et les tableaux collectifs… expliquent l’oubli de l’ouvrage pourtant emblématique de l’âge d’or de l’opéra romantique français. Qui d’ailleurs peut chanter le français de Meyerbeer aujourd’hui ? Vaste défi que la prochaine production présentée par l’Opéra Bastille à compter du 28 septembre entend relever.  A suivre.

GENIE de MEYERBEER en plein esthétique « Troubadour »… En un jeu d’oppositions subtiles, associant aux scènes de fièvre collective, de purs épanchements intimistes (la horde des conjurés catholiques / le couple amoureux Raoul et Valentine), Meyerbeer atteint au sublime tragique, cultivant l’impuissance de l’amour face à la machine barbare et la folie de la foule. Il s’inspire souvent d’une vision à la fois implacable et bouleversante où les destins individuelles sont emportés et donc foudroyés par le souffle de l’Histoire. Autour de la figure du beau Huguenot Raoul, gravite son serviteur et protecteur, un rien paternel Marcel ; les femmes aimantes, aussi : Marguerite qui devient reine de Navarre (la Reine Margot) puis surtout Valentine (mariée de force à Nevers par son père Saint-Bris)… C’est Valentine qui incarne le don et le sacrifice ultime ; par amour elle trahit son père (Saint-Bris) et sa foi catholique, puis meurt aux côtés du seul être qu’elle aime, Raoul.

 

 

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Contradictoirement à son titre, Les Huguenots décrit la haine exacerbée (celle des Catholiques ultra) au nom de la foi ; l’inhumanité de la religion devenue fanatisme. La question des religions a toujours taraudé Meyerbeer qui tout en traitant le sujet avec froideur et réalisme, sait aussi exploiter le grandiose tragique et le spectaculaire terrifiant avec cette intelligence dramatique qui fonde la valeur de son théâtre. Meyerbeer est avant l’heure cinématographique.
Le spectacle inventé par Meyerbeer et Scribe découle de la peinture d’Histoire qui mêle sublime et horreur, grandeur morale et sacrifice extrême, tout en respectant la véracité historique (et souvent la reconstitution archéologique et patrimoniale). Le compositeur se montre l’égal des grands peintres de son temps, les élèves de David et d’Ingres, dont les ateliers respectifs ont formés les peintres Troubadours, passionnés par les sujet tiré de la Renaissance. Ainsi Devéria ou l’élève de Gros,Paul Delaroche dont les Enfants d’Edouard dans la Tour (de Londres – Salon de 1830) exprime ce climat de terreur rentrée qui culmine dans l’opéra de Meyerbeer. Tous s’inspirent du manifeste du genre : le fameux tableau primitif de Fleury-François RICHARD : Valentine de Milan pleurant son époux le Duc d’Orléans (1802). Entre repli intimiste et individuel et grandeur collective qui exprime le souffle d’un destin historique, s’inscrit l’opéra de Meyerbeer. A son génie, revient la réussite d’une synthèse dramatiquement efficace entre ces deux dimensions émotionnelles. Verdi saura s’en souvenir.

 

 

 

 

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boutonreservationPARIS, Bastille. MEYERBEER : Les Huguenots. Du 25 sept au 24 oct 2018. Nouvelle production. 4h50 dont 2 entractes de 30 mn. Michele Mariotti et Łukasz Borowicz (direction alternée) / Andreas Kiegnburg (mise en scène). Atout : la Valentine de Ermonela Jaho (grande triomphatrice dans le rôle de Violetta Valéry / La Traviata à Orange) devrait exprimer les vertiges du personnage tiraillée entre son devoir et son amour pour Raoul…

 
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https://www.operadeparis.fr/saison-18-19/opera/les-huguenots

 

 

 

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Illustrations / peintures et tableaux représentés : 2 fragments de L’Assassinat du Duc de Guise de Paul Delaroche (1836) / tableau contemporain des Huguenots de Meyerbeer – Les Enfants d’Edouard dans la Tour de Londres (1830) de Paul Delaroche – Valentine pleurant son époux le duc d’Orléans, 1802 de Fleury-François RICHARD. DR

 

 

 

 

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