Martha Argerich, portrait

Magicienne Martha

Il y a de la fĂ©linitĂ© chez Martha Argerich. Une prĂ©sence naturelle dont la simplicitĂ© et la grâce vous envoĂ»tent sans que vous vous en rendiez compte. La femme d’ailleurs aimante ceux qui l’approchent et savent cultiver leur relation. Ainsi ses proches, Ivry Gitlis ou Nelson Freire. Et tous les jeunes instrumentistes, pianistes (Ivo Pogorelich Ă  son Ă©poque, aujourd’hui Piotr Anderszewski…) ou non (les frères Capuçon) qui ont bĂ©nĂ©ficiĂ© de son protection stimulante, de son aura de fĂ©e.
NĂ©e Ă  Buenos Aires en 1941, Martha Argerich aime brouiller les pistes. Elle se dĂ©robe. “J‘aime le piano, mais je n’aime pas ĂŞtre pianiste“, dit-elle, non sans une malice qui caresse l’art tĂ©nu du paradoxe. Elle sait voir l’âme, sonder le coeur des musiciens, c’est son cĂ´tĂ© sorcier, sa nature de “gitane”.
A 24 ans, en 1965, la jeune pianiste dĂ©crochait le premier prix du 7 ème Concours International FrĂ©dĂ©ric Chopin de Varsovie. Aujourd’hui, l’artiste argentine a posĂ© ses valises dans une nouvelle ville : Lugano. LĂ  vĂ©cut le grand Wilhelm Backhaus; lĂ , s’est Ă©teint Arturo Benedetti Michelangeli (1995), son maĂ®tre. C’est lĂ  enfin qu’a lieu un festival, en juin, conçu pour elle: le “Progetto Martha Argerich”.
Que peut rĂ©ellement offrir l’interprète le temps d’un concert? PlutĂ´t que sa confrontation Ă  l’oeuvre abordĂ©e, ce qui tient du calcul, voire de la dĂ©robade, la pianiste respire dans la musique, elle s’y glisse avec Ă©lĂ©gance et poĂ©sie, comme si de rien Ă©tait. Pour elle, la musique est une seconde nature ou sa propre essence. Rubinstein lui a dit, admiratif, qu’elle lui faisait penser Ă  Horowitz. Pour nous, Martha Argerich est elle-mĂŞme, une flamme ardente et tendre, Ă  nul autre semblable.
Celle Ă  qui fut diagnostiquĂ© un cancer foudroyant de la peau, qui gagna mĂŞme les poumons, semble profiter d’une rĂ©mission miraculeuse. Elle n’a jamais tant parue plus sereine, comme Ă  l’Ă©cart du monde, suspendue Ă  son clavier magicien, le temps d’un concert.

DVD
TDK fait paraĂ®tre un dvd en avril 2006, “A piano evening with Martha Argerich”. Prokofiev, Schumann, Beethoven : avec Renaud et Gautier Capuçon, Flanders Symphony orchestra, direction : Alexandre Rabinovitch-Barakovsky. Concert live enregistrĂ© Ă  la Roque d’AnthĂ©ron, en juillet 2005.

Crédit photographique
Martha Argerich (DR)

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