Maria Callas, dossier 2007 – 1965-1977: déclin et solitude. Les 10 rôles. Discographie

CALLAS Maria Callas PICT 003MARIA CALLAS, dossier : la dernière période (1965-1977 : les 12 dernières années). L’ultime décennie de la vie de Maria Callas atteint au sublime ; c’est l’époque où le destin de la femme amoureuse rejoint le profil des héroïnes tragiques et sacrifiées qu’elle a magnifiquement incarnées sur la scène : Norma et Lucia de Bellini, Leonora, Traviata de Verdi…, Tosca de Puccini (un rôle qui éclaire sa lente descente aux enfers). De fait, la vie de Maria se confond avec l’idéal tragique de la cantatrice. Réalité et théâtre fusionnent : c’est bien la qualité la plus troublante d’un destin hors du commun. Depuis qu’elle s’est donnée à Onassis (été 1959), la femme s’est épanouie, radieuse et rayonnante, la diva Callas s’est tue peu à peu. Vivre sa vie de femme ou poursuivre et accomplir sa carrière lyrique : aimer ou chanter, elle a choisi (En 1973, lors de son dernier récital avec le ténor Giuseppe di Stefano, la Callas revient sur scène… après un silence de 9 années).  En 1961, quand le jeune Pavarotti débute sa carrière (à 26 ans, dans La Bohème), Maria Callas a déserté les scènes lyrique: cinq pauvres représentations pour toute l’année. 1963 pendant laquelle elle ne chante aucun rôle, est une année mouvementée. Une nouvelle croisière sur le Christina a lieu à l’été. Onassis a beau acheter l’île de Skorpios pour les beaux yeux de Maria, il est en quête d’une nouvelle proie… la princesse Lee Radziwill, soeur de Jackie Kennedy. Maria refuse de rejoindre les invités d’Onassis, de vivres de nouvelles nuits sur le palais flottant du milliardaire grec: la chanteuse reste à Paris pour travailler. En 1965, elle est fin prête pour “renaître” sur la scène dans deux rôles, Tosca et Norma, ses deux “soeurs” dans l’âme, femmes sacrifiées, comme Traviata. Au Met, elle chante Tosca aux côtés du ténor Franco Corelli (mars 1965) et triomphe par son engagement vocal.

 

 

Maria Callas
1965-1977: déclin et solitude

callas maria opera classiquenewsEn mai, stimulée par le succès de ses récitals “Callas à Paris” dont il nous reste les captations télévisuelles, la soprano enregistre de la même façon deux mélodies de Duparc, aujourd’hui introuvables (!) dans les archives de la télévision parisienne. A Londres et à Paris, la cantatrice se produit dans une mise en scène de Zeffirelli. Fatiguée, elle annulera la représentation de Norma à Paris. La Diva a pris sa décision, elle fait ses adieux à l’opéra. Elle n’a que 41 ans. Le 5 juillet 1965, en une représentation qui restera la seule prestation de sa “saison londonienne”, ayant annulé les dates antérieures, sur la scène de Covent Garden, Tosca/Callas chante “c’est fini”, offrant au public une prestation intense, vocale et dramatique, aux côtés du Scarpia, glaçant, terrifiant, de Tito Gobi.
PARIS, 2è et dernière patrie : comme Violetta Valéry dans La Traviata, Maria trouve une retraite idéale dans la capitale française. Dans son appartement parisien de l’avenue Mandel, la diva attend… son bel Ulysse qui ne vient pas. Pire, elle apprend le 17 octobre 1968, par la presse à sensation qu’Onassis a décidé d’épouser Jackie Kennedy (en vérité fréquentée assidûment depuis 1963…). Humiliation, traîtrise, abandon. Le choc est terrible.
Mais le cliché d’un mariage de gens fortunés et heureux s’écroule rapidement. Onassis revoit Maria à Paris. La suite montre une destinée qui s’effiloche: le mariage Kennedy/Onassis est un échec. Alexandre, le fils d’Onassis meurt dans un accident d’avion.
Callas Maria+Callas+i71531La cantatrice n’a pas renoncé au chant: elle accepte de diriger plusieurs masterclasses à la Julliard School à New York. Elle accepte surtout l’invitation du réalisateur Pier Paolo Pasolini de jouer Médée. On n’écarte pas aisément une tragédienne qui a encore des choses à transmettre, des vérités à exprimer… Mais sans chanter. Son physique d’actrice et sa présence inoubliable devait naturellement percer au grand écran. Tragédienne née, l’interprète relève le défi dans un film qui reste troublant grâce au charisme déchiré de son jeu (1970). Mais l’insuccès auprès du public, calme ses ardeurs cinématographiques.

Finalement, Onassis meurt en 1975 quand Maria Callas a décidé de revenir sur la scène avec son ancien partenaire le ténor Giuseppe di Stefano. Une tournée en duo est décidée, entre 1973 et 1974, mais la cantatrice malgré le feu qui l’anime, n’a plus qu’une ombre de voix. Le cycle des concerts n’est qu’un simulacre qui souligne le travail terrifiant des années. Face à la détérioration de sa voix, Callas sombre peu à peu dans une solitude solidement entretenue, recherchée, préservée. Le pianiste qui l’accompagne dans cette série de récitals, Robert Sutherland, publie ses mémoires en 2017 (pour les 40 ans de sa disparition : MARIA CALLAS, l’ultime récital aux éditions L’Archipel)…  Visconti si chèrement estimé, meurt aussi, en 1976. Maria décline à Paris. Elle se sent inutile, seule. Morts, ses proches et ses amis: Serafin, Onassis, Visconti, Pasolini. Après la tournée avec Giuseppe di Stefano qui s’achève au Japon, Maria semble avoir repris confiance en elle. Mais dans une lettre écrite juste après le retour à Paris, elle exprime sa fatigue immense. De nouveaux projets se précisent: avec le jeune Jeffrey Tate au piano, elle répète dans la salle du Théâtre des Champs Elysées, Ah Perfido de Beethoven… Mais un photographe capte le moment où la cantatrice s’écroule sur une chaise: la presse du lendemain titre la faillite d’une légende vivante aux prises avec ses faiblesses irréversibles. Les médias qui l’ont idolâtrée, aiment à présent la fusiller. Cynisme du système dont se repaît aussi le lecteur avide des journaux people. De fait, l’immense artiste, perfectionniste comme personne, doit reconnaître les dégâts causés sur sa voix. Elle prend conscience à l’époque florissantes de la télévision et du cinéma, des enregistrements surtout, que rien ne lui sera pardonné. Pas de compassion pour la dernière des divas… L’artiste s’enferme désormais dans son vaste appartement, se gavant de médicaments (dont le Mandrax pour dormir… particulièrement utilisé pendant l’ultime récital de 1973-1974). Giulini au terme d’une visite restera effondré par le spectacle d’une femme fantomatique… Maria Callas s’éteint le 16 septembre 1977. Après avoir pris des pilules et des somnifères, elle est prise de vertige dans sa salle de bain. Elle meurt d’une embolie pulmonaire. Ses cendres sont dispersés dans la mer Egée.

 

 

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Les trois grands rôles de Maria Callas
MARIA CALLAS était une bellinienne, bel centriste jusqu’au bout des ongles… Un rôle se détache de tous les autres. Non pas Tosca, ni Traviata, mais Norma que Maria Callas chanta au cours de carrière, entre 1948 et 1965 (l’année de ses adieux), de Florence à Paris, pas moins de … 89 fois. La figure de la prêtresse gauloise amoureuse du Proconsul romain (Pollione qui lui en préfère une autre) dont elle a conçu desux enfants malgré son voeu de chasteté, reste son plus grand rôle. L’air Casta diva incarne l’apothéose du chant à la fois aérien et humain, la résurrection grâce à la chanteuse du bel canto italien, de ce style bellinien, intense et dépouillé, qui sublime les amoureuses blessées, tragédiennes lyriques, dignes filles du théâtre antique. C’est un portrait d’une femme courageuse et sacrifiée qui correspond au plus près à sa sensibilité.
Le rôle de Violetta Valéry, La Traviata de Giuseppe de Verdi est ensuite celui que la chanteuse a le plus incarné sur la scène, de 1951 à 1958, près de… 63 fois. La production dirigée par Giulini dans la mise en scène de Visconti, en 1955, à la Scala de Milan, reste légendaire. Enfin, deux héroïnes se partagent le chiffre non moins honorables de 46 représentations: Lucia et Tosca.
Fidèle à son travail sur le style du bel canto romantique, Maria Callas a aux côtés de la Norma de Bellini, apporté un éclairage décisif sur le rôle de Lucia di Lammermoor de Donizetti. Première à Mexico en 1952; dernière à Vienne en 1956, sa compréhension du rôle de Lucia reste un modèle pour les sopranos à venir après elle, dont Joan Sutherland. Enfin, Si certains continuent de présenter le rôle de Tosca comme le plus grand de sa carrière, il s’agit surtout de son dernier personnage, tragique et halluciné dont le film de 1965, au moment de ses adieux à la scène, témoigne: femme indépendante et amoureuse, femme libre mais trompée et trahie, la Tosca de Callas reste assurément un grand moment d’opéra et de théâtre. Elle chanta le rôle de 1942 à Athènes jusqu’en 1965 à Londres.
D’autres portraits de femmes ont retrouvé grâce à Callas, un relief saisissant de vie et d’intensité dramatique grâce au génie dramatique de l’interprète, à ses poses et regards transfigurés, l’économie d’une gestuelle apprise et répétée avec Visconti (qui acceptera de faire de la mise en scène d’opéra pour Callas): Aïda, Médée, Turandot, surtout Leonora du Trouvère et Elisabeth de Valois dans Don Carlos de Verdi.

 

 

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Discographie
L’ensemble de la discographie autorisée de Maria Callas est éditée chez Emi classics. Sélection de nos gravures favorites (9 intégrales live ou en studio, incontournables pour connaître et suivre l’évolution du métier de la chanteuse):

 

Bellini, Norma (Votto, 1955, live). Avec Simionato
Verdi, La Traviata (Giulini, 1955, live). Avec Di Stefano
Donizetti, Lucia di Lammermoor (Karajan, 1955, live). Avec Di Stefano
Puccini, Tosca (De Sabato, 1953). Avec Di Stefano.

Verdi, Aïda (Serafin, 1955). Avec Tucker
Cherubini, Médée (Bernstein, 1953, live). Avec Barbieri
Puccini, Turandot (Serafin, 1953). Avec Schwarzkopf
Verdi, Le Trouvère (Karajan, 1956). Avec Di Stefano
Bellini, I Puritani (Serafin, 1953). Avec Di Stefano