MAESTROS. Bruno Procopio : aux origines de la matière symphonique… Entretien

procopio-maestro-bruno-chef-transatlantique-par-classiquenewsMAESTROS D’AUJOURD’HUI. BRUNO PROCOPIO : retrouver les origines de la musique symphonique. Maestro entre Europe et Amérique, Bruno Procopio se dévoile en véritable chercheur de la matière orchestrale. Le jeune chef franco-brésilien défend avec passion une nouvelle approche des orchestres. Il vient de diriger fin 2017, l’Orchestre Symphonique de l’Etat de Sao Paulo, dans un programme rare de musique française lyrique et symphonique (Symphonie de Cherubini). Sur le plan artistique, il s’agit de rétablir la place dans les programmes de concerts, des compositeurs qui ont dès le XVIIIè favorisé l’essor de l’écriture symphonique. Pour les instrumentistes qu’il dirige, en Amérique du sud et en France, le jeune chef d’orchestre veille à encourager les attentes des nouvelles générations de musiciens. Mobiles, habiles (sur instruments d’époque ou sur instruments modernes), les instrumentistes d’aujourd’hui comme les publics de plus en plus séduits par les programmes symphoniques, souhaitent se familiariser avec les compositeurs baroques, classiques et préromantiques qui ont précédé les Viennois. Or jouer Rameau ou Gossec permet de mieux comprendre Haydn, Mozart jusqu’à Beethoven. Une révolution orchestrale est en marche. Certes il y a l’apport des instruments d’époques dans la perception plus affinée des répertoires ; Bruno Procopio apporte aussi pour les orchestres modernes, la découverte des œuvres moins connues, – baroques, classiques et préromantiques-, dont il maîtrise, comme chef claveciniste, la langue et l’esthétique. ENTRETIEN exclusif pour classiquenews.

 
 

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BRUNO PROCOPIO : comment l’orchestre moderne peut-il renouer avec son répertoire premier ?
RETROUVER LES ORIGINES DE LA MUSIQUE SYMPHONIQUE

 
 
 

CNC : Vous défendez aujourd’hui une approche résolument ouverte et novatrice de la pratique orchestrale. De quoi s’agit-il ?

BRUNO PROCOPIO : maestro transatlantique !BRUNO PROCOPIO : Deux nouvelles voies s’ouvrent à nous aujourd’hui : d’une part, le développement d’un orchestre plus accueillant à la jeunesse et à la formation professionnelle, pratiques amplement développées en Amérique du Sud (Simón Bolivar Symphony Orchestra of Venezuela, Brazilian Symphony Orchestra, OSESP / Orchestre symphonique de l’Etat de Sao Paulo, etc) ; et d’autre part, la redécouverte d’un répertoire souvent confié aux ensembles et orchestres spécialisés.

Le renouvellement du répertoire pour les formations  symphoniques traditionnelles me semble très salutaire, je suis convaincu que les  répertoires baroque, classique et même pré-romantique, souvent proposés en première partie de programme (pour initier  un programme spécialement conçu pour une symphonie de la fin du 19 ème siècle et un concerto) pourraient être programmés pour la totalité du concert. Au cours de mes déplacements, je mesure l’appétit et la curiosité grandissante des publics. Je rencontre des spectateurs avides de nouveaux horizons musicaux ; je vois également que les abonnés aux grandes formations sont ravis de découvrir leurs orchestre sous un nouvel angle, avec d’autres sonorités. Leur offrir une nouvelle expérience est une vraie richesse.

Les pages orchestrales de la fin du 18ème siècle et du début du 19ème siècle sont encore à découvrir. Elles offrent  un répertoire riche et exaltant  qui reste encore peu joué. Il y a énormément à faire, des compositeurs comme Gossec, Méhul, tous les italiens qui ont travaillé à Paris (Salieri, Piccini, Sacchini, Cherubini…), d’illustres compositeurs comme Sigismund Neukomm, dont la plupart de son œuvre se trouve à la BNF, … tous nous ont laissé une musique pleine de verve, de grandeur et de poésie expressive.

La fascination pour la France est encore de mise, notamment en Amérique du Sud. J’ai constaté un réel et durable enthousiasme quand je propose la musique française quasiment inédite : plusieurs formations telles que le Simón Bolivar Symphony Orchestra of Venezuela, le Brazilian Symphony Orchestra, l’Orchestre Symphonique de São Paulo OSESP, l’Orchestre Philharmonique du Minas Gerais, l’Orchestre Symphonique National du Costa Rica, entre autres formations du continent (pour ce citer que les phalanges que j’ai eu l’opportunité de diriger), … toutes ont embrassé cette proposition avec joie et énergie. Je souhaite également citer les orchestres européens comme l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège, l’orchestre National des Pays de la Loire, l’Orchestre d’Auvergne qui ont, sous ma direction,  accepté  d’aborder uniquement la musique française du 18ème siècle.

 

 

 

CNC : À propos des orchestres modernes, quelles sont les résistances qui se précisent malgré votre proposition d’ouverture et d’élargissement ?

procopio-bruno-ao-paulo-nov-2018-IMG_4784-selfie-tweeter-portrait-entretien-par-classiquenewsIl est important de faire une préparation du matériel en amont, grâce, entre autres, au Centre de Musique Baroque de Versailles, un partenaire important pour moi depuis déjà trois ans ; nous disposons ainsi des partitions critiques de grande qualité. La musique de cette période peut sembler au premier abord « simple », sans prétention. Néanmoins, pour la jouer correctement dans le style et en faire ressortir toutes les beautés, il faut particulièrement une pré-disposition de la part des cordes. Les orchestres qui font cette démarche peuvent seuls acquérir beaucoup de connaissances et de maîtrise qui leur seront fort utiles  pour aborder le répertoire romantique.

Pour la musique française, peut-être plus que pour d’autres cultures musicales, plusieurs aspects techniques ne sont pas notés dans la partition (une école à part pour les coups d’archets, les ornements, l’inégalité…) ; pour cette raison, j’insiste sur la rencontre, et non sur la simple invitation à diriger un programme de plus dans une riche programmation très fournie.

 

 

 

 

CNC : Quels bénéfices pourtant peuvent aujourd’hui en tirer les instrumentistes des orchestres et surtout le public ?

IMG_4778Les musiciens gagnent un indéniable enrichissement de leur propre culture musicale, d’autant qu’il s’agit de rétablir un ordre logique selon la chronologie et l’évolution réelle de l’histoire musicale. Savoir jouer les compositeurs qui ont précédé Haydn, Mozart, Beethoven, est la clé pour bien comprendre et jouer ce répertoire central. C’est aussi accompagner et renforcer la nécessaire et désormais inéluctable flexibilité et polyvalence des jeunes instrumentistes d’ aujourd’hui ; les plus dynamiques sont capables de jouer un violon moderne et un violon d’époque.

C’est aussi, inverser l’approche habituelle qui préfère interpréter Beethoven et Haydn à travers la connaissance de Brahms, Bruckner, Mahler, Strauss, Wagner… c’est à dire tous les auteurs qui les ont suivis.

Pour le public, il est souhaitable de préserver la diversité et la richesse des répertoires joués par les orchestres. Concernant les formations symphoniques traditionnelles, les baroques, les classiques et les premiers romantiques peinent à occuper l’affiche des saisons ; or le contribuable a tout à fait légitimité de  pouvoir entendre tous les types d’esthétiques qu’il est possible d’interpréter aujourd’hui, comme toutes les pratiques spécifiques que l’on peut désormais réaliser et maîtriser… Pour les grandes villes culturelles dans le monde,  le problème ne se pose pas, étant donné que l’offre est abondante, par contre pour les villes plus petites et pour des pays ayant plus de difficultés à financer une offre riche, l’un des seuls moyens pour le public de profiter pleinement de cette diversité passe forcément  par les formations symphoniques d’ Etat.

Les salles les plus innovantes prennent soin d’offrir à leur audience toutes les esthétiques en proposant des cycles thématisés qui sont de vrais parcours artistiques restituant en une arche continue et claire, l’histoire de la musique ; de Lully à Rameau, de Rameau à Gossec, Méhul, parfois Onslow et Haydn, Mozart et Beethoven. L’avenir du métier et l’avenir des concerts symphoniques dépendent aujourd’hui de cette prise de conscience.

 

 

 

Propos recueillis en janvier 2018.

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APPROFONDIR

 
 

   

VOIR notre reportage vidéo Bruno Procopio dirige Cherubini, Sacchini, Piccinni à Sao Paulo (Les Italiens à Paris), avec l’OSESP Orchestre Symphonique d’Etat de Sao Paulo, novembre 2017

 
 
PROCOPIO BRUNO Maestro sao paulo concert italiens a paris a sao paulo presentation reportage video par classiquenews

 
 

REPORTAGE VIDEO. BRUNO PROCOPIO joue Sacchini, Cherubini à SAO PAULO - reportage réalisé en novembre 2017 En interprétant avec l’Orchestre symphonique de l’Etat de Sao PAULO, les compositeurs qui dès le XVIIIè ont favorisé l’essor de l’écriture symphonique, Bruno Procopio permet aujourd’hui aux orchestres modernes de se familiariser avec les écritures méconnues qui remontent aux origines de l’histoire orchestrale. Salieri, Sacchini, Piccinni, et Cherubini (à travers son unique Symphonie de 1815) renseignent sur la genèse dont sont issus Haydn, Mozart, Beethoven… Reportage, version anglais / durée : 6mn44 © studio CLASSIQUENEWS 2018 – Réalisation : Philippe-Alexandre PHAM

 
 
 

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