Livres. Roselyne Bachelot : Verdi amoureux (Flammarion)

verdi amoureux-bachelot flammarionLivres. Roselyne Bachelot : Verdi amoureux (Flammarion). Amoureuse de Verdi, Roselyne Bachelot Ă©crit son ” Verdi amoureux” … Au plus près de la vie intime et sentimentale de Giuseppe Verdi, l’ex ministre de la SantĂ© et des Sports, Roselyne Bachelot, exprime en un regard personnel sa passion pour le compositeur italien, lui-mĂŞme tĂ©moin de l’indĂ©pendance italienne et dont la musique a incarnĂ© l’Ă©lan des patriotes rĂ©publicains contre l’occupant autrichien.  De fait, l’enfant pauvre des Roncole, reçut tous les hommages et les plus grands honneurs publiques et politiques grâce aux succès de ses opĂ©ras dont Oberto (1839) et surtout Nabucco (1842) demeure le premier, le plus Ă©blouissant dans sa prometteuse carrière. L’ouvrage marque aussi, surtout dans le canevas du livre, la relation fidèle de Giuseppe avec Giuseppina Strepponi, cantatrice qui comme plus tard Teresa Stolz, une autre chanteuse (mais Ă  la rĂ©putation moins sulfureuse que sa devancière) deviendra l’intime du musicien. Giuseppe Ă©pouse en aoĂ»t 1859, la Strepponi qui loyale et dans l’ombre n’attendait que cela.

Ainsi se renforce au fil des annĂ©es un trio sulfureux qui balaye les convenances sociales et matrimoniales si Ă©troites alors. C’est moins l’auteur que le fils, l’amant, le père (vis Ă  vis de Maria Filomena, la fille adoptive de son couple avec Giuseppina), l’amoureux donc qui se prĂ©cise au fil des pages sans que le lecteur perde la trame chronologique d’une vie plutĂ´t très occupĂ©e.
On aurait tort d’estimer le texte Ă  l’aune des biographies prĂ©cĂ©dentes, plus prĂ©cises, complètes et scientifiquement irrĂ©prochables sur Verdi, sa personnalitĂ© et son oeuvre. D’ailleurs l’auteure l’avoue et le prĂ©cise plusieurs fois elle-mĂŞme : elle ne fait en aucun cas Ĺ“uvre de biographe. C’est le tĂ©moin passionnĂ© des “travestissements et torsions” de la vie de Giuseppe Verdi.

Qu’importe, Ă  travers cette lecture thĂ©matique de la carrière de Verdi, le lecteur n’a pas Ă  engloutir et se perdre souvent dans un pavĂ© indigeste : il prend profit Ă  rĂ©tablir la synchronicitĂ© entre la crĂ©ation successive des opĂ©ras, les dĂ©placements (souvent Ă  Paris mais aussi Ă  Saint-PĂ©tersbourg, Ă  Londres…et partout en Europe car Verdi est partout cĂ©lĂ©brĂ©) et les avatars de la vie sentimentale du MaĂ®tre de l’opĂ©ra italien. 3 femmes auront composĂ© la figure idĂ©ale : Margherita Barezzi (morte avec leurs enfants quelques annĂ©es après leur mariage soit un traumatisme très tĂ´t survenu), Giuseppina qu’il finit par Ă©pouser après 17 ans de vie commune, enfin Teresa, la compagne de ses derniers jours… il est possible de prĂŞter maintes autres liaisons plus volages au fieffĂ© sĂ©ducteur dont l’attractivitĂ© de se limite pas aux femmes Ă  en croire l’auteure : Verdi fit aussi mĂ©nage avec son ” cher rouquin”, Emanuele Muzio, fin musicien comme lui et qui sera son compagnon de jeu, un complice de chaque instant que jalousera longtemps Giuseppina. C’est le cas aussi de “gueule d’ange” : Angelo Mariani.

Ardente militante pour le pacs, Roselyne Bachelot se montre ici entre les lignes et deux Ă©pisodes de la vie intime de Verdi, d’une perspicacitĂ© souvent intuitive voire dĂ©concertante, soulignant combien le compositeur le plus adulĂ© de son vivant en Italie et le plus rĂ©putĂ© encore aujourd’hui s’agissant de l’opĂ©ra italien toute Ă©poque confondue, n’a pas manquĂ© de casser les codes de la sociĂ©tĂ© puritaine : faisant donc mĂ©nage Ă  trois, et auparavant vivant dans ses terres de Sant’Agata Ă  Busseto ayant fondĂ© un foyer avec sa chère Giuseppina, cantatrice aux mĹ“urs lĂ©gères : avant leur mariage tardif, leur  concubinage fit scandale. Dans plusieurs rĂ©sumĂ©s complĂ©mentaires sur telle ou telle pĂ©riode active et intense, Bachelot rĂ©dige un “arrĂŞt sur image” : focus mettant en avant un aspect emblĂ©matique de la vie et de la sensibilitĂ© de Verdi, dont celui très pertinent sur l’image de la famille telle qu’elle se dĂ©tache de la vie rĂ©elle et des opĂ©ras du compositeur : on y dĂ©cèle la relation privilĂ©giĂ©e entre le père et sa fille (Boccanegra, Rigoletto, Stiffelio, …) quand l’absence de la mère brille particulièrement Ă  l’inverse.

Et pour ĂŞtre certaine que son texte soit lu par tous, Roselyne Bachelot a demandĂ© au baryton Jean-Philippe Lafont d’enregistrer l’intĂ©gralitĂ© de son essai biographique : le cd est joint au livre Ă©ditĂ© par Flammarion. Si cet essai très personnel aiguillonne l’intĂ©rĂŞt du plus grand nombre, parfois peu portĂ© sur l’opĂ©ra, le livre de Bachelot aura rempli son office. Les autres plus connaisseurs y reconnaĂ®tront comme nous un tĂ©moignage senti, passionnĂ©, subjectif; finalement attachant du cas Verdi.

Livres. Roselyne Bachelot : Verdi amoureux (Flammarion).

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