Livres, compte rendu critique. André Tubeuf : Adolf Busch. Le premier des Justes (Éditions Actes Sud)

adolfbuschLivres, compte rendu critique. André Tubeuf : Adolf Busch. Le premier des Justes (Éditions Actes Sud). On connaissait déjà l’exemplaire biographie très documentée et finement contextualisée, signée Tully Potter (Adolf Busch, the Life of an Honest Musician, saga originellement en anglais, éditée en plusieurs volumes en 2010). Tubeuf reprend à son compte l’image angélique et vertueuse du maître de Yehudi Menuhin, Adolf Busch, frère cadet du fameux chef d’orchestre, lui-même divin mozartien.

Un musicien contre Hitler

Adolf Busch : l’ange violoniste

busch adolf viloniste frer de fritz busch biographie essai roman actes sudL’essai qui en découle souligne le profil moral et inflexible du musicien qui sut résister au nazisme. C’est un « juste » qui mérite bien ce texte hommage qui ressuscite une figure exemplaire à l’heure où tant d’artistes se mettent à l’écart de tout engagement politique et militant. Hitler et Goebels tentèrent comme ils le firent des personnalités germaniques de l’époque, de séduire le divin instrumentiste et d’en faire un ambassadeur de la propagande du Reich : de fait, Busch aux yeux azuréens, avait cette blondeur aryenne très séduisante pour les dignitaires nazis. Peine perdue car Adolf était un antinazi déterminé : dès 1933, il choisit l’exil pour ne jamais revenir sur sa terre natale tant que les barbares seraient en place. Il rejoint Bâle d’abord puis les Etats Unis en 1939, dans le Vermont où il mourra en 1951. Ni clandestin, ni complaisant, Busch choisit sans réserve de ne jamais transiger avec le pouvoir nazi quand d’autres plus ambivalents, allemands de souche, ont préféré demeurer en Allemagne, convaincus qu’en place ou en poste, ils pouvaient « résister » de l’intérieur (Furtwängler, Richard Strauss…). En 42 chapitres, troussés comme des nouvelles romancées, surgit la vie et le tempérament du violoniste Adolf Busch (1891-1952), véritable vedette adulée en Allemagne. Né à Siegen en Westphalie (Allemagne), décédé le 9 juin 1952 à Guildford dans le Vermont (États-Unis), Adolf appartient à une fratrie de musiciens très doués : Fritz est chef d’orchestre, son autre frère Hermann est violoncelliste, son troisième frère Willi Busch était acteur. Fin musicien, esprit exigeant autant qu’ami chaleureux (Ferrucio Busoni fut son ami), Adolf Busch, visionnaire et audacieux (il joue la musique contemporaine, défendant les Concertos de Busoni et de Reger…) fut le modèle et le protecteur du pianiste Rudolf Serkin leur duo (Chaconne de Bach, Fantaisie de Schubert, l’Opus 130 de Beethoven…) suscita un extraordinaire engouement. Adolf était aussi le violoniste du non moins exceptionnel Quatuor Busch dont les enregistrements (en particulier de Ludwig van Beethoven, joués dans les années 1930 surtout à Londres) sont devenus à juste titre légendaires. C’est justement chez Beethoven à Vienne, dans le solo pour violon de la Missa Solemnis en 1912, lors d’un concert de charité (sous la baguette de Bruno Walter) que le jeune violoniste de 21 ans, subjugue l’audience, gavant une aura à jamais croissante et inéluctable. Busch demeure une icône, un prodige que sa stature morale a fait mythe et légende. Stimulante lecture.

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Livres, compte rendu critique. André Tubeuf : Adolf Busch. Le premier des Justes (Éditions Actes Sud). ISBN : 978 2 330 05596 7. Parution : novembre 2015. 17 €

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