Livres. Beat Föllmi : Othmar Schoeck (Papillon)

Livres. Beat Föllmi : Othmar Schoeck (Papillon)Les Éditions Papillon honorent non sans raison l’oeuvre d’un auteur suisse qui à l’époque de Strauss et Stravinsky attend toujours son heure, quoique que le présent ouvrage agit très efficacement pour sa proche réhabilitation. Tout au moins pour une meilleure compréhension de son écriture.

Le compositeur suisse Othmar Schoeck : classique ou rétrograde ?

schoeck_othmar_portrait_290Elève au Conservatoire de Zurich, partisan d’une esthétique classique voire rétrograde à l’heure de  Berg, Bartok et Stravinsky, Othmar Schoeck (1886-1957) traverse la première moitié du XXème siècle et ses deux conflits mondiaux avec le talent d’un auteur doué sans pourtant posséder totalement l’éclair du génie de dépassement. Sa carrière est lente, longue, souvent éprouvée ; mais ce sont ses choix personnels et moraux qui demeurent la clé d’une incompréhension voilant la juste appréciation de son oeuvre. De nature nonchalante, voire contemplative et hédoniste (ses débauches  de bohème zurichois l’attestent), son tempérament de célibataire endurci qui se case finalement et malheureusement avec une jeune cantatrice (Hilde Bartscher, lui qui n’aime en vain que la violoniste Stefi Geyer…), mariage au bonheur incertain-, Schoeck paraît ici, dans l’intimité d’une vie qui semble plus soumise aux aléas du destin que déterminée et maîtresse de son cap : le chef d’orchestre à Saint-Gall, qui aime peu Wagner mais goûte surtout les Viennois classiques et les Français Debussy et Ravel ou encore Krenek, compose une oeuvre néoclassique, inscrite dans le sillon straussien et qui peu à peu semble de plus en plus surannée. Ses opéras dont surtout Penthesilea (1927, d’après Kleist) ou Massimila Doni (mars 1937, d’après l’excellente nouvelle de Balzac, ouvrage admiré par James Joyce et Krenek), affirment une volonté de modernité (à sa mesure… car Massimila ici ne peut rivaliser avec Lulu de Berg créé au même moment) ; c’est surtout une exigence poétique qui reste encore à apprécier, et qu’attestent ses goûts très sûrs pour les livrets et la qualité littéraire de ses oeuvres… Son amitié avec Hermann Hesse laissait présager une collaboration exceptionnelle qui malheureusement ne se concrétisera jamais réellement (comme le cas de Voltaire et de Rameau)…  Ses nombreux lieder en témoignent aussi : Schoeck dans le genre vocal intimiste se montre l’égal de Strauss et de Wolf, ce qu’a parfaitement compris le jeune Dietrich Fischer Dieskau qui se passionne pour les mélodies du Suisse tout au long de sa carrière, reconnaissant une écriture inspirée, celle d’un authentique amateur du dire et du verbe.
Schoek_othmar_editions_papillon_biographieToujours fauché, en proie à des sautes d’humeurs qui produisent des vagues à l’âme (entre misanthropie et misogynie), Schoeck dépend de ses bienfaiteurs mélomanes dont l’industriel Werner Reinhart qui lui sauve la mise plus d’une fois … Ses absences (apparentes) d’une conscience politique aux pires heures hitlériennes le mènent en des choix hasardeux qui pèsent encore sur sa personnalité morale : le fait d’accepter le prix Erwin von Steinbach en 1937 égratigne durablement son image ; choix douteux et malheureux qui associé à la figure d’un compositeur passéiste finit par le décrédibiliser. Et ce n’est pas son ami et biographe Corrodi, défenseur  haineux de l’ordre classique contre les bolchéviques contemporains, qui aide à rétablir la sincérité d’un homme plus complexe qu’il n’y paraît.
Les aléas du créateur mêlés aux espoirs déçus ou reportés, les mille contrariétés d’une vie poétique empêtrée dans les filets d’une réalité qui le dépasse… sont très bien restitués dans une narration qui sait se placer au plus près de l’homme et de ses contradictions.
Au terme de la lecture de cette biographie éclairante, le lecteur ne souhaite qu’une chose : écouter l’oeuvre du compositeur. Le défi est donc excellemment relevé et Schoeck s’en trouve immédiatement grandi… Une sorte de réhabilitation par le livre qui envisage d’autres dévoilements tout aussi intéressants.

Beat Föllmi : Othmar Schoeck. Parution : septembre 2013
Format A5, 224 pages. ISBN: 978-2-940310-45-6

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