Livres. Martha Cook : L’art de la fugue, une méditation en musique (Fayard)

fayard art de la fugue jean sebastien bach compte rendu critique classiquenews clic ete 2015Livres, annonce. Martha Cook : L’art de la fugue (Fayard). Dernier grand œuvre de Jean-Sébastien Bach, L’Art de la Fugue se dévoile ici, sous une plume particulièrement argumentée et documentée, sous un double aspect : sa perfection musicale, le témoignage qu’il constitue manifestant comme nul autre œuvre dans la catalogue du Cantor, la ferveur d’un Bach, inspiré, perfectionniste, mystique et intellectuel, musicien et sincèrement croyant à défaut d’être comme Kuhnau, véritable érudit de la question religieuse, théologue. Sa bibliothèque théologique est digne d’un pasteur avisé, critique, actif. L’unité de l’oeuvre nous offre une totalité esthétique et musicale qui interroge la forme musicale et plus loin, le sens de la composition dans le cas de Bach, génie baroque. Partition abstraite quelle est au juste sa destination (clavier – clavecin, orgue ? orchestre ? quatuor à cordes ?) ? Quelle est sa genèse ? et comment expliquer sa dernière pièce laissée inachevée par Bach pourtant soucieux de perfection et d’achèvement de ses propres oeuvres ? L’auteure analyse un opus impressionnant et finalement mystérieux, formellement parfait, historiquement et musicalement énigmatique. Et si Bach grand lecteur des Écritures, avait souhaité exprimer musicalement l’enseignement du Nouveau Testament, comme un vrai travail pédagogique et d’évangélisation ?

Comme manifeste d’une prière personnelle ou comme testament dévotionnel, le recueil L’art de la fugue (que le titre soit ou non de Bach), renvoie à la profondeur et la sincérité d’une écriture certes intellectuelle, surtout perfectionniste avant toute autre. C’est un face à face avec Dieu et au pied de la divinité, l’humble réflexion sur la condition humaine. Comme la manifestation de la dévotion intime du director musices de Leipzig, le manuscrit fut toujours précieusement conservé par la famille. Signe de respect pour une œuvre surtout personnelle.  La corrélation avec l’évangile de Luc et la mention précise du texte mis en musique  (14:27) est livrée par la valeur numérique des initiales JS (=27), et du nom de Bach (=14). Il s’agit donc du dictum, paraboles et exhortation finale du sermon de Jésus lors de son second séjour à Jérusalem. Offrande des plus intimes en réflexion à la parabole de la  Croix et du Sacrifice de Luther, les 16  sections ainsi agencées / révélées par Martha Cook dans une perspective qui heurtera tous les puristes évidemment, renseignent de façon inédite et imprévue sur la pensée du dernier Bach.

Le parcours ainsi jalonné offre une formidable méditation sur le sens de la Foi, la présence tangible de Dieu, et comme musicien sincère, l’acte musical et de composition comme un témoignage spirituel. Fayard édite l’un des essais consacrés à l’Art de la Fugue de Bach parmi les plus originaux et passionnants. Une pierre nouvelle dans le jardin enchanté du Cantor.

Livres, annonce. Martha Cook : L’art de la fugue (Fayard). EAN : 9782213681818. Parution : août 2015. 250 pages. 17 €. 120 x 185 mm. LIRE AUSSI la critique du cd J-S Bach : Die Kunst der fuge / L’art de la fugue. Martha Cook, clavecin.  2 cd Passacaille 1014. Enregistré à Nogent le Rotrou en novembre 2013, titre paru simultanément au livre édité chez Fayard.

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