LIVRE événement, critique. FAYARD : Histoire de l’opéra français, volume I (Hervé Lacombe)

livre-histoire-de-l-opera-herve-lacombe-fayard-critique-presentation-classiquenews-livres-clic-de-classiquenewsLIVRE événement, critique. FAYARD : Histoire de l’opéra français, du Consulat au début de la IIIè Répubique (Hervé Lacombe). Voici une Histoire en 3 volumes, prometteuses et particulièrement enrichissante dès ce premier volume (parution : 14 octobre 2020). L’opéra est en France est depuis sa structuration sous Louis XIV, une institution d’état, richement subventionnée. A Paris, ses deux scènes en témoignent : palais Garnier et Opéra Bastille, voulu par le président Mitterand en 1989 pour le bicentenaire de la Révolution française. Sous la direction d’Hervé Lacombe, la présente édition rassemble un groupe impressionnant de chercheurs et spécialistes offrant un regard particulièrement complet sur le genre, l’institution, et au-delà sa théorisation et sa réception aux côtés de l’étude des créations et du répertoire, de l’analyse des formes, des styles, de ses divers acteurs : librettistes, compositeurs, chanteurs, décorateurs, di-recteurs, mais aussi politiques, censeurs, critiques, publics, amateurs avisés (dilettanti rossinistes par exemples)… Quel est le goût et les répertoires qui s’imposent en France (à Paris, et en province) ? Quels opéras français sont joués à l’étranger ?

Dans ce volume I – premier d’une trilogie éclairante, le spectre s’interroge en 21 chapitres, sur la période du Consulat au début de la IIIè République. Soit la séquence historique et chronologique qui a produit les oeuvres aujourd’hui les plus célèbres  : Guillaume Tell, Lakmé et Les Huguenots, Orphée aux Enfers et Les Contes d’Hoffmann, Carmen et Manon…

Le Prologue fixe le cadre et les conditions d’existence de l’opéra : ses champs d’action (le fameux cahier des charges, règlement essentiel du théâtre,…), ses principaux acteurs (du directeur au compositeur, sans omettre les chanteurs et les librettistes…), sa mécanique d’élaboration (composer un opéra).
La partie 1, précise « Créations et répertoire », selon le régime politique, selon les genres (« grand opéra » avec Rossini, Auber, Meyerbeer, Halévy…; et opéra comique avec Adam, Hérold, …) et les institutions (l’Opéra, l’Opéra-Comique, Le Théâtre Italien…) ; ce qui dans le goût « officiel » défend le poids des traditions et les forces de renouvellement. Là pèsent honorablement les créations comme la découverte des opéras étrangers, italiens (Cimarosa, Mozart, surtout Rossini,…) et allemands (Du Freischütz à Fidelio)… avant que Verdi, invité à Paris et la wagnérisme dès les années 1860 ne marquent durablement les esprits. Côté partitions nationales, sont analysés entre autres les caractères des ouvrages de Berlioz, Gounod, Bizet…
La partie 2, interroge et explicite « Production et diffusion », s’attachant à comprendre l’aspect matériel du spectacle lyrique et son devenir. « L’opéra vit grâce à des moyens financiers, dans un espace architectural, tout à la fois machine de production et lieu conçu pour un public spécifique. Créé pour l’essentiel à Paris, il voyage – et parfois se modifie – dans le temps et dans l’espace, en province (Lyon, Rouen, …), dans les colonies et à l’étranger (cas de Bade et de Bruxelles, comme foyer de diffusion de l’opéra français / situation de l’opéra français en Italie, en Allemagne, Russie, Scandinavie et aux USA… ».

CLIC D'OR macaron 200La 3 ème partie, « Imaginaire et réception » sonde l’univers lyrique français à travers plusieurs angles d’approche : les thématiques de ses livrets (« D’amour l’ardente flamme », « La mort à l’opéra », « L’histoire sur scène », le religieux sur la scène, « la légèreté en question »…), les formes de l’altérité et de l’ailleurs (surnaturel, fantastique, exotisme, les juifs à l’opéra), les médiations et interprétations dont il est l’objet (l’approche et la participation des medias, la critique musicale, le cas de Carmen : « une lecture genrée de l’opéra français »…), la place qu’il occupe au coeur de la vie musicale française (produits dérivés, l’opéra au concert…), dans les arts et la littérature (entre autres, références à Balzac ; le cas de Wagner, « un nouveau paradigme pour les écrivains théoriciens et les artistes français ; peindre et évoquer le spectacle lyrique…).
Enfin dans l’épilogue (chapitre 21), les auteurs soulignent combien les genres distincts au début du siècle : le grand opéra, l’opéra comique, l’opérette tendent brouiller leurs frontières, présentant un délitement du système, d’autant plus exacerbé avec l’industrialisation du spectacle et l’internationalisation de sa diffusion et de sa consommation. En complément aux articles formant le corps des 21 chapitres, des encadrés rendent hommage aux grands interprètes, acteurs et chanteurs sans lesquels les compositeurs n’auraient pas trouvé inspiration : y figurent entre autres les chanteurs légendaires de la scène lyrique romantique française : Caroline Branchu, NP Levasseur,JB Chollet, Laure Cinti-Damoreau, Adolphe Nourrit, Maria Malibran, Cornélie Falcon, Rosine Stoltz, Pauline Viardot, Célestine Galli-Marié ou Sibyl Sanderson… Passionnant. On attend les deux prochains volumes avec impatience.

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LIVRE événement, critique. HISTOIRE DE L’OPERA français, Volume I : Du Consulat aux débuts de la IIIè République. Éditions FAYARD : Ouvrage collectif sous la direction de Hervé Lacombe. Format : 153 x 235 – Ean : 9782213709567 – Prix indicatif : 39 euros TTC (France) – CLIC de CLASSIQUENEWS automne 2020. A venir VOL II (Du Roi Soleil à la Révolution), VOL III (De la Belle Époque au monde globalisé)…

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