LIVRE événement, critique. Emmanuelle Pesqué : NANCY STORACE, muse de Mozart et de Haydn

STORACE nancy livre evenement clic de classiquenews critique compte rendu 51KWt4febAL._SX346_BO1,204,203,200_LIVRE événement, critique. Emmanuelle Pesqué : NANCY STORACE, muse de Mozart et de Haydn / CreateSpace (Amazon), 2017.  Est-il besoin de rappeler  de combien de créations nous sommes redevables à la signora Storace (Nancy Storace : 1765-1817)? S’il n’y avait eu la Susanne des Nozze di Figaro, le seul  air de concert « Ch’io mi scordi di te » aurait suffi à immortaliser son nom. Pourtant, ce n’est qu’une petite partie immergée de l’iceberg, tant son activité, précoce, continue et intense, aura marqué tous les esprits de son temps. Avant et après Mozart, il y eut Johann Christian Bach, Sacchini, son maître, Stephen, son propre frère, Sarti, Haydn, Salieri, Paisiello et combien d’autres. Sans omettre cette singulière cantate, écrite pour elle, par Mozart, Salieri et un incertain Alessandro Cornet (K 477a), et découverte il y a peu, en novembre 2015 !

L’ouvrage que lui consacre Emmanuelle Pesqué force l’admiration pour ses qualités documentaires tout comme pour son art de nous entraîner dans ce monde révolu, fascinant. S’il se lit aisément, comme un vrai roman, c’est un roman vrai où la rigueur scientifique  fait bon ménage avec la narration biographique. Depuis ses origines, de sa naissance (en 1765) et de ses premières années, nous allons accompagner Ann Storace dans son ascension. De son Angleterre natale à l’Italie – qui fera d’elle une prima donna exceptionnelle – puis à la Vienne de Joseph II, avant son retour à Londres, nous la suivrons dans la conquête de son répertoire, de l’opera buffa au seria, avec l’oratorio de surcroît. C’est l’occasion pour l’auteur de peindre minutieusement, et fidèlement, les milieux et les personnages qu’elle croise ou qu’elle fréquente. A la lecture des 385 p. de texte, on mesure l’ immense talent de la Storace. Femme de tempérament, provocatrice voire impertinente, avisée, musicienne et actrice consommée malgré une santé fragile (ainsi sa perte de voix de cinq mois, en 1785) lui ont permis de conquérir la presque totalité des suffrages de son temps.  Sur le plan purement musical, elle impressionna ses contemporains par sa maîtrise parfaite : Du texte déjà, familière du déchiffrage depuis son plus jeune âge, de la conduite de la ligne vocale ensuite. Si sa tessiture est relativement réduite, elle en use remarquablement. La voix, puissante, colorée, ne manque jamais d’impressionner. Excellente comédienne,  au charme piquant, son jeu de scène – acquis à l’opera buffa – fait l’unanimité. Sa vie personnelle, tumultueuse, l’échec de son mariage avec J.A. Fisher, celui de sa liaison avec le père de son fils, Brahams, sont autant d’épreuves douloureuses qu’elle traversera avec courage, libre et responsable.  Cette dernière séparation, dont elle est victime, ajoutée à sa santé défaillante, assombrira ses derniers mois. Les péripéties de la succession seront déplorables.  Les derniers chapitres, consacrés à la constitution d’une image, sinon d’un mythe, ne sont pas les moins intéressants. « Ann Storace s’inscrit pleinement dans cette dynamique où sa personnalité réelle, l’idée que l’on s’en fait, et la figure de fiction créée autour de ses prestations scéniques s’entremêlent et s’influencent mutuellement » (p.356). Donc rien de changé sous les feux du théâtre lyrique. Personnage souvent portraituré, la Storace devient personnage de fiction avant même sa disparition. « Avatars fictionnels et variations diverses témoignent de la fascination durable exercée par une personnalité qui a transcendé son époque et son art » (p.385), conclut justement Emmanuelle Pesqué.

La très riche documentation sur laquelle s’appuie l’auteur lui permet des regards croisés. Ainsi sont Infirmées certaines hypothèses, voire contre-vérités reprises régulièrement, sur la nature de sa relation à Mozart, par exemple. Le texte, assorti d’abondantes notes de bas de page comporte de nombreuses annexes (dossier iconographique, chronologie détaillée de la carrière de Nancy Storace,  liste des opéras anglais qu’elle créa, bibliographie, discographie). Ainsi disposons-nous maintenant d’un ouvrage fondamental qui nous permet de mieux connaître l’artiste, la femme et son univers. Jamais plus nous n’écouterons les œuvres qu’elle a illustrées de la même oreille !

 

 

 

 

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CLIC D'OR macaron 200LIVRE événement, critique. Emmanuelle Pesqué, Nancy Storace, muse de Mozart et de Haydn, Paris, CreateSpace (Amazon), 2017 — CLIC DE CLASSIQUENEWS de septembre 2017 / volume broché, 510 pages, 19 € / ISBN 978-2-9560410-0-9 — l’auteur indique que “certains éléments de cette biographie ont été et seront approfondis sur le blog consacré à la cantatrice NANCY STORACE… : http://annselinanancystorace.blogspot.fr

 

 

 

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