LILLE, nouveau ciné-concert spécial Charlie CHAPLIN

Charlie-Chaplin-1000x328LILLE, ce soir, 20h ciné-concert CHAPLIN : Orchestre national de Lille, Nouveau Siècle. Le National de Lille retrouve le chef Frank Strobel pour illuminer par le chant de l’orchestre, deux films parmi les plus aboutis de Charlie CHAPLIN : Charlot fait du ciné (1916) et surtout Le Cirque de 1928, la réalisation cinématographique la plus aboutie de l’acteur producteur. Le vagabond poursuivi par un policier trouve refuge dans un cirque, prétexte d’une collection de séquences inventives, surréalistes et toujours poétiques (les miroirs, la cage aux singes sapajou, le numéro d’acrobate équilibriste…) : à chaque situation, le comique de Chaplin dresse le portrait d’une humanité très typée et tendrement analysée. La version musicale du Cirque est d’autant plus captivante que c’est Chaplin lui-même en 1968 qui décidé d’enregistrer une nouvelle version symphonique pour son film muet n’hésitant pas à chanter lui-même certains lyricals. La partition jouée par l’Orchestre National de Lille est celle révisée par Timothy Brock en 2003.

Dans Charlot fait du ciné de 1916, l’approche exploite un filon largement utilisé à l’opéra, la fusion progressive du comique et du sérieux, sur une même scène finale. Dans les deux cas, la musique écrite est une véritable parure orchestrale qui cisèle et aiguise l’expressivité de chaque séquence imaginé par un créateur qui fut aussi un grand mélomane (dans Le Cirque, Chaplin recycle des souvenirs de Rimsky-Korsakov, Saint-Saëns, Wagner…). Aux spectateurs auditeurs de repérer les séquences concernées.

MER 12 AVRIL 2017, 18h30
JEU 13 AVRIL, 20h
Lille Auditorium du Nouveau Siècle

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CHARLOT FAIT DU CINÉ (1916)
Court-métrage muet
Musique originale de Carl Davis
Durée : 23 min.

LE CIRQUE (1928)
Film muet de Charlie Chaplin
Musique originale de Charlie Chaplin (adaptation
de Timothy Brock)
Durée : 1h10

Orchestre National de Lille
Direction : Frank Strobel
Violon solo:  Ayako Tanaka

Le Cirque
Charles Chaplin ne mentionne pas Le Cirque dans son autobiographie Histoire de ma vie. Le tournage fut éprouvant : les décors brûlèrent dans un incendie, une roulotte fut cambriolée mais c’est surtout le conflit avec sa deuxième femme Lita Grey (qui mena dans la presse une campagne calomnieuse pour obtenir le divorce) qui justifie le rapport complexe que le cinéaste britannique entretint longtemps avec son film. Tourné après Le Kid et La Ruée vers l’or, Le Cirque est pourtant l’apogée du cinéma muet de Chaplin. Le film commence par un malentendu. Charlot, éternel vagabond, est pris pour un pickpocket par un policier. Dans sa course, il se réfugie dans un cirque où il rencontrera un cheval rancunier, un patron de cirque cruel, interprété avec une délectable mauvaise humeur par Allan Garcia, et une délicieuse écuyère à laquelle le vagabond devra pourtant renoncer. Riche en gags désopilants et en numéros exceptionnels (la séquence du palais des glaces est une merveille d’inventivité), Le Cirque est avant tout une belle réflexion sur le comique, qui se déroule quasi intégralement sous un chapiteau. Il y a quelque chose de profondément émouvant pour un artiste au sommet de sa gloire, comme Chaplin l’était à la fin des années 20, à s’interroger sur sa capacité à faire rire : car c’est lorsque le vagabond est maladroit qu’il amuse ; s’il est triste ou s’il cherche des effets, la mécanique se grippe et le rire s’évanouit. À regarder la fluidité avec laquelle les 70 minutes du film s’écoulent, on peine à croire que Chaplin alla jusqu’à répéter
certaines scènes des centaines de fois. Improvisé sur le plateau, chaque gag invente son suivant, avec une logique imparable. On ne s’étonnera pas non plus que Chaplin tourna certains épisodes au
mépris de toute sécurité. Il fut ainsi mordu pour la séquence des singes sapajou, et lorsque Charlot entre dans la cage des fauves, la frayeur de l’acteur est tout ce qu’il y a de plus réel ! Mais la séquence la plus emblématique du film reste bien sûr la scène du fil d’équilibriste. Une première prise, hélas perdue, fut tournée par le comédien lui-même à douze mètres au-dessus du sol, sans
conscience du danger. L’image résume bien l’art d’un cinéaste toujours sur le fil entre comique et émotion : il faut parfois risquer sa vie pour faire rire.

Charlot fait du ciné
Le film Charlot fait du ciné quant à lui se passe dans un studio de cinéma. Sur deux plateaux différents, sont jouées une pièce de théâtre dramatique et une comédie. Bientôt, les deux histoires, bien distinctes au départ, s’entremêlent en une série de quiproquos …

La musique

Chaplin était le créateur complet de ses films. Bénéficiant d’une indépendance artistique totale grâce à son studio United Artists (le court-métrage Charlot fait du ciné appartient à la période où l’acteur était employé aux studios Keystone), il apportait un soin tout particulier à la musique. Pourtant, Chaplin n’était pas un musicien professionnel. Il avait appris le violon à l’âge de seize ans, et ne suivit jamais d’études musicales poussées. Très précis dès la conception du film, le cinéaste suggérait ainsi des idées de thèmes et d’orchestrations à ses arrangeurs, qui tous firent entendre une petite musique chaplinienne reconnaissable entre toutes.
Nous sommes en 1968. Le cinéaste britannique sort de l’échec de son dernier film La comtesse de Hong Kong. Parallèlement, il vient d’entamer un processus de restauration de ses premiers longs-métrages. Après Le Dictateur, Chaplin se penche donc sur la ressortie du film qui lui a coûté le plus d’efforts : Le Cirque. Fait unique dans sa filmographie, il décide de réenregistrer une nouvelle bande sonore pour orchestre symphonique.
Les clins d’oeil à l’univers du cirque abondent : roulements de caisse claire pour la scène de funambule, appel de cuivres etc. Pourtant, le cinéaste ajoute une chanson dès le générique. On aperçoit l’actrice Merna Kennedy sur des anneaux, lorsque soudain une voix (c’est celle d’un Charlie Chaplin de 79 ans) chante : Swing, little girl / Swing high at the sky / And don’t ever look at the ground (Balance- toi, petite fille / Balance-toi haut dans le ciel / Et ne regarde
jamais vers le sol), plaçant le film dans une bouleversante tonalité rétrospective.
La musique du Cirque n’est pourtant pas la plus chargée émotionnellement. On y repère des hommages à la Danse macabre de Saint-Saëns et une étude approfondie montrerait d’ailleurs toute
la culture musicale de Chaplin, comme en témoigne les allusions à Shéhérazade de Rimski-Korsakov lorsque Charlot est enfermé dans la cage aux lions ou cette curieuse référence à l’ouverture de Tannhäuser de Wagner pour la scène du mariage. L’orchestre mène le rythme lors des scènes de poursuite, et fait entendre de superbes épisodes solistes pour les scènes plus tendres, tel le hautbois pour l’apparition de l’écuyère. Chaplin structure tantôt une scène autour d’un thème récurrent, tantôt autour d’un détail d’orchestration. Mais c’est dans la variété des numéros de cirque que la musique impressionne le plus : tantôt enlevée lors des numéros de Merna, plus massive devant les pitreries des clowns, elle devient d’une légèreté de plume lorsque Charlot se trouve sur le fil.

Reconstitué en 2002-2003 à partir des archives Chaplin, l’arrangement a été réalisé par le chef d’orchestre et compositeur Timothy Brock.

http://www.onlille.com/event/201623-cineconcert-chaplin-lille/

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