LIEGE, La nouvelle Turandot de José Cura à l’Opéra royal de Wallonie

DVD. Puccini: un séduisant Trittico (Opus Arte)LIEGE, Opéra Royal de Wallonie. Puccini : Turandot. Du 23 au 29 septembre 2016. De la légende de Gozzi, d’un orientalisme fantasmé, Puccini fait une partition où règne d’abord, souveraine par ses audaces tonales et harmoniques, la divine musique. Le raffinement dramatique et psychologique de l’orchestre déployé pour exprimer la grandeur tragique de la petite geisha Cio Cio San dans Madama Butterfly (1904) se prolonge ici dans un travail inouï de raffinement et de complexe scintillement. Puccini creuse le mystère et l’énigme, données clés de sa Turandot, princesse chinoise dont tout prétendant doit résoudre les 3 énigmes sans quoi il est illico décapité. Rempart destiné à préserver la virginité de la jeune fille, comme le mur de feu pour Brünnhilde, dans La Walkyrie de Wagner, la question des énigmes cache en vérité la peur viscérale de l’homme ; une interdiction traumatique qui remonte à son ancêtre, elle même enlevée, violée, assassinée par un prince étranger. C’est l’antithèse du Tristan und Isolde de Wagner (1865) et ses riches chromatismes irrésolus qui à contrario de Turandot ne cesse d’exprimer la langueur de l’extase amoureuse accomplie. Jusqu’à l’arrivée du Prince Calaf, – le présent de l’opéra-, Truandât est une jeune vierge qui se refuse, définitivement. Mêlant tragique sanguinaire et comique délirant, Puccini n’oublie pas de brosser le portrait des 3 ministres de la Cour impériale, Ping, Pang, Pong (II) qui, personnel attaché aux rites des décapitations et des noces (dans le cas où le prince candidat découvre chaque énigme de Turandot), sont lassés des exécutions en série, ont la nostalgie de leur campagne plus paisible (sublime épisode, onirique et nostalgique qui ouvre l’acte II, juste avant les énigmes).

 

 

 

L’orchestre océan de Turandot

 

pucciniAu III, alors que Turandot désemparée veut obtenir le nom du prétendant, Liù, l’esclave qui accompagne Timur, le roi déchu de Tartarie, résiste à la torture et se suicide devant la foule… Puccini glisse deux airs époustouflant de souffle et d’intensité poétique : l’hymne à l’aurore de Calaf en début d’acte, et la dernière prière à l’amour de Liù. Tragique, comique certes, le compositeur est un fin psychologue qui sait le cœur et l’âme de chaque personnage, sans omettre le profil plus délicat et donc complexe, contradictoire de la princesse elle-même : cruelle en façade mais fragile et angoissée même en profondeur (c’est tout l’enjeu de son formidable air “In questa regagia” : où la vierge sublime avoue non sans déchirement personnel, sa fidélité à l’honneur de son aïeule torturé, violée : peu de cantatrices ont eu l’intelligence d’exprimer la fragilité et la solitude infinie sous le masque des apparences et du décorum)… Génie mélodiste, Puccini est aussi un formidable orchestrateur. Turandot et ses climats orchestraux somptueux et mystérieux se rapprochent de La ville morte de Korngold (1920) aux brumes symphoniques magistralement oniriques. Le genèse de Turandot est longue : commencée en 1921, reprise en 1922, puis presque achevée pour le III en 1923. Pour le final, le compositeur souhaitait une extase digne de Tristan, mais le texte ne lui fut adressé qu’en octobre 1924, au moment où les médecins diagnostiquèrent un cancer de la gorge. Puccini meurt à Bruxelles d’une crise cardiaque laissant inachevé ce duo tant espéré. C’est Alfano sous la dictée de Toscanini qui écrira la fin de Turandot. En 1926, Toscanini créée l’opéra tout en indiquant où Puccini avait cessé de composer. En dépit de son jose-cura-grl6continuum dramatique interrompu par le décès de l’auteur, l’ouvrage doit être saisi et estimé par la puissance de son architecture et le chant structurant de l’orchestre : vrai acteur protagoniste qui tisse et déroule, cultive et englobe un bain de sensations diffuses ORW_liege_logo_tete_201_fond_violetmais enveloppante. La musique orchestrale faite conscience et intelligence. En cela la modernité de Puccini est totale. Et l’œuvre qui en découle, dépasse indiscutablement le prétexte oriental qui l’a fait naître. A Liège, double emploi pour le ténor José Cura (un habitué de la maison liégeoise ; photo ci dessus) : le chanteur réalise le rôle du prince Calaf, – le conquérant de la princesse ; et l’artiste met en scène l’opéra… Vision d’artiste. Nouvelle production événement à Liège.

 

 

 

boutonreservationTurandot de Puccini à l’Opéra royal de Wallonie à Liège
les 23, 25, 27 et 29 septembre 2016.
Paolo Arrivabeni (direction) / José Cura, mise en scène
Avec Tiziana Caruso, José Cura, Heather Engebretson, Luca Dall’Amico, Delcour…

 

 

 

netrebko-anna-verismo-turandot-vignette-250-250Actualités de TURANDOT en septembre 2016 : Anna Netrebko bouleverse son image et ose encore et toujours… après avoir braver le sort en se confrontant à Lady Macbeth chez Verdi (un rôle qui d’après les détracteurs allait épuiser sa voix), ose Turandot dans son nouvel album “Verismo”, à paraître chez Deutsche Grammophon le 2 septembre 2016. Annonce, présentation, premières impression et avant-première (air “In Questa reggia” justement) : cliquez ici 

Comments are closed.