Interview et compte-rendu, concert. PARIS, TCE, le 28 mars 2018 : François-Frédéric Guy, pianiste et chef

Interview et compte-rendu, concert. PARIS, TCE, le 28 mars 2018, Orch de Chambre de Paris, François-Frédéric Guy, direction et piano. Le pianiste François-Frédéric Guy, qui se produira à Hong Kong en mai, puis à Barcelone et Tenerife en juin, après une tournée en Belgique et en Allemagne le mois dernier, a emporté dans ses valises pas moins des cinq concertos de Beethoven, qu’il joue et dirige du piano, et comme il y avait encore de la place, le 2ème concerto de Brahms. Une actualité riche et abondante pour cet artiste français dont la carrière ne cesse de se développer autant à l’étranger qu’en France. L’occasion d’une interview nous permet de revenir sur le concert du 28 mars dernier au Théâtre des Champs-Élysées. Exceptionnel de par sa forme et sa qualité, son programme articulait le trio « Gassenhauer” opus 11, le Triple Concerto pour violon, violoncelle et piano opus 56, et la cinquième symphonie opus 67, dans une homogénéité d’approche que l’on doit au talent de ce musicien, tour à tour partenaire chambriste, soliste-chef, et enfin chef tout court devant la phalange parisienne.

Beethoven en une trilogie, par François-Frédéric Guy et l’OCP

Francois-Frederic GuyDans le trio opus 11, on a aimé entendre la musique circuler du clavier aux cordes dans une conversation des plus vivantes, sans cesse animée et relancée par les élans dynamiques du piano, et le soyeux legato de la violoniste Lena Neudauer qui trouvait son expression dans son adagio, répondant à la mélodie tendrement énoncée par le violoncelle de Xavier Phillips. Comment passe-t-on en un seul concert, de chambriste, puis soliste, à chef? FFG:« On reste avant tout musicien et on montre ainsi qu’il n’y a aucune hiérarchie et que c’est toujours servir la musique et la servir, si je puis dire, au public avec humilité mais intensité. Cela reste cependant un défi physique et intellectuel ». L’orchestre rejoignit le trio pour l’œuvre de Beethoven sans doute la plus atypique, en tout cas unique en son genre: le Triple concerto en ut majeur opus 56. François-Frédéric Guy dirigeait du clavier une partition de chambre XXL, à moins que ce ne fût une symphonie concertante. En fait l’œuvre est inclassable, et la dimension donnée ici n’eut rien de la trop brillante performance, où chacun tirerait la couverture à soi, mais tint plutôt d’un dialogue harmonieux entre les solistes d’une part mais aussi entre eux-mêmes et l’orchestre, les voix s’échangeant dans la fluidité et l’écoute mutuelle. En connexion parfaite avec les musiciens, le pianiste-chef donnait cohésion et équilibre à l’ensemble, insufflant une belle énergie dans le final. Le joué-dirigé induit-il une approche chambriste du concerto? FFG: « Oui et non. Il inclut davantage le soliste dans le groupe orchestral d’autant que je place le piano dos au public et qu’il rentre littéralement « dans » l’orchestre. Mais la pensée musicale et les décisions importantes sont décidées par le soliste-chef qui de surcroît dirige les tutti debout comme dans une symphonie ». Le défi fut relevé avec brio par cet artiste parfaitement à l’aise dans l’exercice, qu’il maîtrise depuis de nombreuses années. Dans le répertoire du concerto peut-on tout diriger du piano? FFG: « Qui sait? Au début on privilégiait Mozart et Beethoven dont les concertos ont été conçus pour être dirigés du piano. Mais on s’aventure davantage dans le romantisme (Schumann Grieg même Ravel, son concerto en sol que Bernstein dirigeait du piano) car les musiciens d’orchestre ont acquis un niveau et une autonomie exceptionnelle. Je donnerai moi-même les deux concertos de Brahms dirigés du piano au TCE la saison prochaine avec l’OCP ».

De la 5ème Symphonie, deuxième partie de ce concert, il existe foule de versions dont certaines aux antipodes. A tel point que parfois on aurait presque le sentiment d’entendre des œuvres différentes. A commencer par le tempo, déterminant. Entre la lenteur grave voulue par Barenboïm et la fébrilité d’Harnoncourt, pour ne citer qu’eux, il y a une galaxie! François-Frédéric Guy prit cette fois l’habit de chef à part entière. Le pianiste est-il déjà en puissance un chef d’orchestre? FFG: « Certainement! Le chef d’orchestre est un peu l’homo erectus par rapport au pianiste!! Il se redresse et se lève ! Sérieusement, il doit posséder cette capacité de synthèse entre l’individualité et le groupe, mais avec en plus la science du « son » et de l’attaque du son si différente du piano ». Autant dire que les premières mesures ont saisi l’auditoire, avec leurs deux motifs de quatre notes assénés coup sur coup, le premier point d’orgue réduit à sa plus simple expression, à sa durée la plus minimale. Pas le temps de se laisser choir sous leur poids! Dans un tempo rapide, parfaitement assumé, François-Frédéric Guy donna de cette œuvre mythique une version toute en énergie, et s’affaira à la soulever, d’un bout à l’autre, ne laissant jamais rien retomber de son éloquence, de son souffle, dans une respiration serrée, courte. Une forme d’urgence dans ce premier mouvement, qui ne céda pas au pathos. L’intermède de l’andante développait ses lignes amples et la chaleur des timbres des violoncelles. L’allegro et le finale enchaînés retrouvèrent la vivacité du début: le tempo de l’allegro à nouveau très rapide requiert une précision des archets dans les différents pupitres de cordes, une articulation vigoureuse et nette parfois inégalement atteinte d’un pupitre à l’autre. On salua bien bas celui des contrebasses, particulièrement efficace ici, et tellement essentiel à la tenue de l’ensemble. Entendit-on un orchestre symphonique? C’est pourtant bien l’orchestre de chambre de Paris qui triompha, dans une envergure sonore q’on ne lui soupçonnait pas. A propos de la 5ème symphonie, FFG: « C’est la première œuvre que j’ai dirigé! Elle a constitué la passerelle naturelle entre ma carrière de pianiste et celle, naissante de chef d’orchestre. D’énormes défis sont toujours présents lorsqu’on dirige ne serait-ce que le début de la 5ème, mais l’énergie vitale qu’elle contient est irrésistible et en fait le marqueur définitif du génie Beethovenien. En 2019 je partirai à la conquête de l’Heroïque dans un programme qui inclura également les variations « Eroïca »pour piano solo. »

Propos rapportés recueillis le 23 avril 2018, par Jany Campello. Illustration : FFGuy par Caroline Doutre.

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Interview et compte-rendu, concert. PARIS, Théâtre des Champs-Élysées, le 28 mars 2018, Orchestre de Chambre de Paris, François-Frédéric Guy, direction et piano / Lena Neudauer, violon et  Xavier Phillips, violoncelle.

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