Il Pirata de Bellini (1827)

4Ăšme Concours Vincenzo Bellini Ă  La Garenne-ColombesFrance Musique, dimanche 18 fĂ©vrier 2018, 20h. BELLINI : Il Pirata. A 26 ans, Bellini achĂšve son opĂ©ra Il Pirata crĂ©Ă© Ă  la scala en 1827 : c’est un triomphe immĂ©diat qui inaugure une sĂ©rie de succĂšs pour le jeune auteur romantique. DĂ©fendant sa valeur, refusant de prendre le risque d’une saturation du rythme de travail, Bellini nĂ©gocie alors une rĂ©munĂ©ration confortable lui permettant d’écrire sans la contrainte d’un poste rĂ©gulier. Il Pirata amorce surtout sa coopĂ©ration avec le librettiste talentueux Felice Romano, avec lequel il concevra encore 6 autres ouvrages dont La straniera (Scala, 1829), Zaira (Parme, 1829, premier Ă©chec), I Capuleti e i Montechi (La Fenice, Venise, 1830, qui recycle nombre d’airs de Zaira), 
 Mort en 1835 en France (Puteaux oĂč il ne reste rien de la maison oĂč il expira), Bellini rĂ©ussit ce pari fou de faire aimer l’italianitĂ  Ă  Berlioz et Wagner ! Outre le legato infini, suspendu des airs belliniens, Verdi admire quant Ă  lui, la perfection de la dĂ©clamation d’un jeune compositeur, fauchĂ© Ă  
 34 ans.
anna-kassian-chante-imogene-bellini-2013DĂ©jĂ  en 1959 Ă  New York, Maria Callas, bel cantiste lĂ©gendaire savait ouvrager, ciseler, colorer, nuancer le personnage d’ImogĂšne. Un rĂŽle qui a permis aussi Ă  l’actuelle soprano Anna Kasyan de remporter le premier prix du Concours Bellini 2013 (Paris) : VOIR notre captation vidĂ©o exclusive de l’air d’ImogĂšne. « Voix veloutĂ©e et diction claire et incarnĂ©e, la jeune diva a tout d’une grande tragĂ©dienne bellinienne : le pathĂ©tique et la dignitĂ©, le style et l’émotivitĂ©. La diva relĂšve les dĂ©fis du caractĂšre d’ImogĂšne (extrait du Pirate) mĂȘme s’il est l’un des plus difficiles du rĂ©pertoire, moins par son exigence en agilitĂ© vocale, que par le dĂ©fi dramatique et psychologique qu’il requiert.

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Dans Il Pirata, Bellini semble surtout s’attacher au portrait d’amoureuse Ă©perdue, digne, blessĂ©e, tragique de l’hĂ©roĂŻne ImogĂšne, que son destin rend folle. C’est l’époque des prime donne dĂ©raisonnĂ©es, ivres, Ăąmes chantantes sacrificielles et dĂ©truites dont La Sonnambula postĂ©rieure (1831) affichera l’éclat fatal dans une fameuse scĂšne 
 de folie. Mais ImogĂšne conserve cependant cette grandeur princiĂšre, cette mesure qui venant de Rossini, se rapproche de la Norma, autre point d’accomplissement de 1831 (Ă©galement crĂ©Ă© Ă  la Scala). Sicilienne, ImogĂšne perd la raison, emportĂ©e dans une fresque et un entourage digne d’un Shakespeare forcenĂ©, hallucinĂ© : elle abandonne toute rĂ©sistance car l’époux (Ernesto, baryton) qu’elle n’aime pas mais qu’elle a dĂ» Ă©pouser pour sauver son pĂšre, la brutalise, au moment oĂč son amant Gualtiero (tĂ©nor), le chef des pirates, dĂ©barque sur la cĂŽte sicilienne. ImogĂšne retrouve son ancien amant : mais ils sont surpris par le mari jaloux et tyranique. En duel, Gualtiero tue Ernesto, mais il est condamnĂ© Ă  mort : au pied du gibet de son amant, ImogĂšne perd la raison. Dans un climat de guerre civile, l’esprit de la tempĂȘte et de la nuit glacĂ©e frappe le littoral mĂ©diterranĂ©e. DĂ©jĂ  le Verdi d’Otello y puise ce goĂ»t des choeurs en panique, eux aussi hallucinĂ©, qui commentent impuissants mais DIVA meric lalande soprano bellini par classiquenews il pirata imogene Henriette_MĂ©ric-LalandeprĂ©sents, l’horreur et la barbarie triomphantes. A la crĂ©ation, sur la scĂšne scaligĂšne le 27 octobre 1827, une triade d’excellents chanteurs dĂ©fendent alors le nouvel opĂ©ra de Bellini : Antonio Tamburini dans le rĂŽle d’Ernesto ; en ImogĂšne, Henriette MĂ©ric-Lalande (crĂ©atrice du rĂŽle de Bianca dans Bianca e Gernando de Bellini l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente, 1826, puis de celui de Zaira Ă  parme)). Le lĂ©gendaire Giovanni Rubini incarne Gualtiero. Dans ce trio amoureux et fatal, tendre et tragique, se fixe le poncif de l’opĂ©ra romantique dont Verdi reprendra sans ae modifier, l’équation gagnante : soprano et tĂ©nor s’aiment, affrontĂ©s au mĂ©chant baryton. Le propre de Verdi permettra ensuite au rĂŽle assez monolithique chez Bellini, d’acquĂ©rir une ambivalence et une profondeur jamais vue avant lui, offrant au « baryton Verdi », une palette de sentiments particuliĂšrement Ă©tendue (Stiffelio, Boccanegra, Rigoletto, 
).

‹logo_francemusiqueBORDEAUX, novembre 2017. Dans la version de concert, enregistrĂ© Ă  Bordeaux en novembre 2017, s’impose le tĂ©nor argentin Santiago Ballerini parfois un peu tendu aux aigus serrĂ©s dans le rĂŽle-titre, l’un des plus difficiles chez Bellini pour cette tessiture, exigeant propre au bel canto : legato, articulation, finesse, puissance, nuances. OpĂ©ra de Bordeaux / ReprĂ©sentation donnĂ©e le lundi 6 novembre 2017

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