Gustav Mahler: “D’un pas mesuré”. Documentaire Arte, le 25 janvier 2010 à 22h30


Gustav Mahler


D’un pas mesuré


Mahler et Freud, 1910

Arte

Le 25 janvier 2010 à 22h30

Mahler et Freud

Portrait audacieux qui souhaite mettre en lumière la crise existentielle que vit Mahler (50 ans) à l’été 1910. Les événements couvent depuis la composition de la Symphonie n°5: tout s’est précipité quand sa jeune épouse de 20 ans sa cadette, Alma, fille du peintre Shindler, le trompe avec le jeune architecte Walter Gropius… Celui-ci, qui admire l’immense compositeur a adressé en un acte manqué étonnant (volontaire), une lettre d’amour enflammée qu’il a envoyée à l’attention de Her Gustav Mahler…

Les causes de la “trahison” d’Alma sont plus profondes et remontent à l’enfance de chacun. Entre temps, Alma convainc Gustav d’aller consulter Freud… Après plusieurs télégrammes adressés au neurologue où Mahler annule puis reconfirme sa venue, les deux hommes se voient un long après-midi, le 26 août 1910, à Leyde au Pays-Bas (Freud y passe ses vacances).
Mahler prend le train du Tyrol, et mettra 24h pour rejoindre dans le nord le docteur Freud: ils passeront 4h ensemble, le temps d’une promenade dans les rues de Leyde, le temps pour Freud de réaliser la psychanalyse d’un génie de la musique.

Freud écrit à Marie Bonaparte
les événements et son diagnostic: traumatisé par l’image de sa mère battue par son père, Gustav Mahler s’est identifié à sa propre mère, Marie. Il appelle d’ailleurs Alma, “ma Marie” (Alma porte effectivement Maria en 2è prénom). Gustav boite comme sa mère… Comme sa mère qui n’a cessé de souffrir, il inflige à sa jeune épouse, une tyrannie domestique pour qu’Alma souffre. La jeune femme accepte car comme le relève Freud, celle qui a perdu son père à l’âge de 13 ans, se cherchait un père, un maître avant d’épouser Mahler. Mais, peu à peu, le principe maternel autodestructeur fait de Gustav un être soumis, possédé par ses angoisses maladives, et aussi depuis 1907, rongé par une maladie de coeur qui l’oblige à un repos permanent. Il s’est acheté un compteur de marche pour compter chaque foulée et se préserver de tout excès physique. Même la direction d’orchestre s’est présentée comme un exercice impossible.
“D’un pas mesuré”, comme le précise l’indication pour le premier mouvement de la Symphonie n°5 (ample marche triomphale), Mahler craint de s’essouffler, perdre la santé, mourir… de finir seul, abandonné par Alma… En décidant de consulter Freud qui a soigné son assistant Bruno Walter, Mahler a pris conscience qu’il n’a vécu qu’une existence de psychopathe, dévoré par une névrose obsessionnelle, dans l’ombre de sa mère.
Bruno Walter n’a-t-il pas été guéri de la paralysie de son bras gauche (paralysie psychosomatique), grâce au docteur Freud?

Le documentaire qui évoque la rencontre entre Freud et Mahler, le 26 août 1910 et la psychanalyse qui en découle – l’espace d’un après midi estival-, plonge dans l’intimité du couple Alma/Gustav. La première se cherchait un père; le second avait fini par se représenter son épouse telle sa mère Marie souffrante, dont il ne souhaitait pas être le père incestueux.
Le neurologue, fondateur de la psychanalyse et le compositeur dialoguent pour comprendre ce qui explique la crise dont souffre Mahler…
Au terme de leur rencontre, Mahler refait le soir même le voyage pour le Tyrol (soit à nouveau 24h de train). Il est prêt enfin à aimer Alma pour ce qu’elle est; il est décidé à vivre en s’acceptant lui-même. C’est un homme apaisé et qui renaît à lui-même après une crise qui reprend le chemin de la vie, … comme Beethoven au moment du testament d’Heiligenstat, crise salutaire et renaissance successive qui lui permet de composer la Symphonie Héroïque.

Outre les éléments déterminants sur la vie intime et personnelle de Mahler et de son épouse à Vienne, (en particulier quand ils perdent leur fille Maria âgé de 5 ans en 1907, au moment où pour l’accabler davantage, le médecin de Mahler diagnostique une maladie du coeur), le film met en lumière la crise d’identité du musicien. Né juif, Mahler, le plus grand chef d’orchestre de son époque, n’espère qu’une chose: diriger à Bayreuth à l’invitation de Cosima Wagner. Or celle-ci agira tout au contraire, tentant même de faire échouer la nomination de Mahler comme directeur de l’Opéra de Vienne (poste occupé à partir de 1897). Mahler se convertit au catholicisme, mais cela accentue sa culpabilité et le sentiment d’une humiliation implicite. Pour les conservateurs opposés à son ascension, qui jalouse même sa carrière de compositeur, comment un petit juif pourrait-il diriger le plus grand opéra d’Europe et sur le plan de l’écriture, oser prendre le succession de Beethoven sur le plan symphonique? Un juif ne peut prétendre défende l’essor de l’art germanique.

Par ailleurs, Freud relève un épisode frappant éclairant les rapports personnels et intimes de Mahler vis à vis de l’action des Maîtres Chanteurs de Wagner qu’il a dirigé à Vienne: Mahler, au coeur de la crise de couple qu’il vit, voit dans l’action de l’opéra wagnérien, un parallèle terrifiant avec sa propre vie: il s’identifie aux deux soupirants de la belle Eva, Hans et Walter: il ne craint en effet que ce soit le jeune Walter (Gropius) qui gagne définitivement le coeur de sa jeune épouse…

Musica. La 5è Symphonie de Gustav Mahler, d´un pas mesuré. Documentaire. Réalisation: Pierre-Henry Salfati (2009, 1h)

Illustrations: Gustav Mahler, Alma Mahler (DR)

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