GSTAAD (SUISSE), New Year Music Festival 2018.Saanen, Théâtre, le 7 janvier 2018. Récital lyrique de l’Académie & Concours Bellini

Le NEW YEAR MUSIC FESTIVAL à GSTAAD !COMPTE-RENDU, critique, récital lyrique - GSTAAD (SUISSE), New Year Music Festival 2018.Saanen, Théâtre, le 7 janvier 2018. Récital lyrique de l’Académie & Concours Bellini. Depuis 2 ans, le Festival hivernal à Gstaad et ses alentours (Rougemont, Saanen, et jusqu’à Launen… dans le Saanenland) accueille les masterclasses d’hiver du Concours Bellini, co fondé par le chef Marco Guidarini et Youra Simonetti. La terre choisi par Yehudi Menuhin qui y a fondé lui-même le fameux festival estival (GSTAAD MENUHIN Festival & Academy) cultive l’art lyrique dans l’un de ses genres les plus exigeants. C’est une expérience unique qui permet aux jeunes chanteurs d’affiner encore et encore leur maîtrise du bel canto romantique : soit les oeuvres si difficiles de Rossini, Bellini, Donizetti. Pendant une semaine, les « académiciens »  apprennent leur futur métier de belcantiste : l’élégance et le raffinement du style, la pureté du legato, l’articulation du texte, le sens des nuances, pour un chant incarné, éthéré, surtout juste et sincère. Il s’agit moins de démontrer sa bravoure que d’habiter un texte, le rendre immédiatement vivant en clarté, contrastes et toujours… subtilité.
Seuls les plus grands réussissent cet art lyrique dont le style exige le plus. Callas fut une belcantiste née : actrice autant que diseuse, expressive et si juste. Les Caballé, Sutherland, aujourd’hui Gruberova (d’une longévité spectaculaire) ont montré que la virtuosité pouvait fusionner avec la profondeur et la finesse. C’est après tout, l’essentiel qu’espère sans souvent le trouver, les amateurs d’opéra.

 

 

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Santiago Martinez, futur ténor rossinien d’exception ? (© classiquenews.tv 2018)

 

 

Pourtant à Chateau d’Oex, où ils avaient leur classe quotidienne, les chanteurs ont prouvé leur aptitude dans ce style supérieur entre tous. 
A l’école de la facétie de Donizetti, de la langueur extatique de Bellini, entre autres, deux tempéraments ont offert leur remarquable engagement ; d’autant qu’ils ont déjà participé au Concours Bellini 2017 : le ténor argentin Santiago Martinez et la soprano espagnole Sara Baneras. Le premier a remporté le Prix de la meilleure interprétation d’un air en français lors du dernier Concours Bellini qui s’est tenu en décembre dernier à Vendôme.

 

 

Jeunes espoirs du Bel Canto :
Santiago Martinez, Sara Baneras

 

 

Pour se perfectionner – le métier du chanteur d’opéra n’est il pas un constant apprentissage, pour régler toujours et encore cet instrument des plus fragiles, la voix ?-, les deux chanteurs suivent les cours du chef Marco Guidarini (matin) et de Viorica Cortez (après-midi). L’intention, la technique, le souffle, la précision, la justesse… tout cela est travaillé avec un acharnement patient, une attention progressive lors de masterclasses qui sont ouvertes (au premier étage de l’hôtel Roc et Neige).
A la fois d’une énergie virtuose et d’une finesse naturelle, le jeune ténor argentin, déjà remarqué à Vendôme en décembre dernier, « ouvre » le récital au Théâtre de Saanen ; il confirme une présence immédiate, une brillance hors normes dans l’exposé du timbre, une vaillance qui rappelle Luigi Alva ou Rockwel Blake, – une couleur raffinée qui l’inscrit dans les pas actuels de Juan Diego Florez. Rien de moins. Pour autant s’il règle certains détails de justesse, il doit encore travailler, renforcer ses assises techniques s’il veut rejoindre demain la cour des très grands. Il faut beaucoup d’audace et de panache facétieux pour réussir l’air si rare sur scène et pourtant capital dans l’affirmation du caractère d’Almaviva dans Le Barbier de Séville : « Cessa di piu resistere ». D’emblée, l’adéquation du chanteur avec la verve et la finesse rossiniennes s’imposent avec une insolence inouïe. Voilà véritablement un ténor agile « di grazia ». Les scènes du monde entier attendent un nouvel Almaviva, percutant et intérieur. Santiago Martinez a tout de cela. Rien que pour cet air premier, le soliste mérite les meilleurs éloges et suscite une attention privilégiée. Un immense potentiel, à suivre désormais.
Même générosité du timbre, avec un engagement sincère plus manifeste encore dans le chant très incarné de la soprano Sara Baneras : sa Lucia (« Rengava nel silenzio ») offre des couleurs pénétrantes quand l’interprète pense à la direction et aux images du texte. D’autant que la voix est ample et charnelle. Avec davantage de stabilité, et plus de précision comme de nuances dans les phrasés (donc avec davantage de délicatesse), la jeune diva devrait bientôt elle aussi, faire parler d’elle.
Leurs duos font jaillir le feu de la farce en demi teinte, pas vraiment comique mais entre vérité et travestissement des sentiments : sous un jeu feint, celui de l’insouciance, on sent poindre dans le dernier épisode («Trallala» de l’Elisir d’amore de Donizetti), cette sincérité de l’intention qui démasque les coeurs ; ces deux là jouent l’indifférence mais en réalité ils sont touchés à vif : les faux semblants, la vraie profondeur… inspirent aux deux juvéniles, une ardeur irrésistible. La vaillance là encore du ténor, son souci de la légèreté ; la pétillance de la soprano, sa sincérité franche font les délices d’une scène dramatique qui met en lumière leur tempérament d’acteurs.

 

 

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Sara Baneras, Maguelone Parigot, Santiago Martinez – © classiquenews.tv 2018

 

 

La seconde partie du récital lyrique, offre une scène non moins convaincante à la jeune soprano Anush Hovhannisyan, Prix du New Year Music Festival Gstaad au Concours Bellini 2016. Bel cantiste, d’un tempérament très affirmé, entre noblesse et sentiment, la jeune soprano réalise un Rossini d’ouverture, d’une somptuosité très convaincue (« Bel Raggio lusinghier de Semiramide »). Puis, l’interprète éblouit par sa maîtrise de la caractérisation dramatique, volontiers cocasse et délirante chez Nicolai (Les Joyeuses commères de Windsor), plus intérieure et suavement colorée chez Berg (« Traumgekrönt » des Sieben Frühe Lieder). Le français de « Violon » (Poulenc) est carrément perfectible, mais la Nymph de Rimsky-Korsakov fait valoir un timbre onctueux et même crémeux, d’une facilité virtuose, d’une justesse de ton, déjà accomplies. Au piano, complice, au jeu allusif et très nuancé, Maguelone Parigot sait murmurer, colorer, … et envelopper les voix dans le souci des équilibres ; la pianiste, sensible et imaginative, fait surgir le cadre émotionnel de chaque séquence. Son soutien sonore est idéal.

 

 

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Maguelone Parigot et Vanush Hovhannisyan – © classiquenews.tv 2018

 

 

Le très haut niveau des solistes ainsi révélés par le Concours Bellini laisse l’audience quasi ébahie. En offrant de vivre les premiers pas très prometteurs de trois superbes jeunes talents, le Concours Bellini (à travers, à Gstaad, son Académie d’hiver) et le New Year Music Festival réalisent les conditions dont rêve tout festivalier : assister en leurs débuts étincelants, à l’émergence de sensibilités lyriques encore vertes mais prometteuses et particulièrement attachantes. C’est aussi une « audition » en public dont tous les directeurs rêvent en secret : découvrir une nature musicale faite pour le théâtre. C’est assurément ce qu’ont éprouvé les professionnels présents au concert. Découverte mémorable.

 

 

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COMPTE-RENDU, critique, récital lyrique. GSTAAD (SUISSE), New Year Music Festival 2018.Saanen, Théâtre, le 7 janvier 2018. Récital lyrique de l’Académie & Concours Bellini. Santiago Martinez, ténor. Sara Baneras, soprano (1ère partie). Anoush Hovhannisyan, soprano (2è partie) – Crédits photographiques / Illustrations : © studio CLASSIQUENEWS 2018

 

 

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