En direct de Saint-Denis : Gergiev dirige le Requiem de Berlioz

berlioz-hector-582-portrait-par-classiquenews-concerts-festivals-operasFrance Musique, le 5 juillet 2018. BERLIOZ : Requiem. Gergiev. La Messe des morts de Berlioz, grande fresque de dĂ©ploration prolongeant le Requiem fastueux et profond de Gossec, hĂ©ritĂ© du XVIIIĂš a crĂ©Ă© l’évĂ©nement ce soir en direct de Saint-Denis. L’auteur de la Symphonie Fantastique (1830) Ă©labore un panthĂ©on symphonique pour accueillir les dĂ©funts, imaginant avant Verdi, les trompettes du Jugement dernier en une dĂ©flagration inimaginables auparavant. Recherche de timbres et de couleurs, expĂ©rimentation spatialisĂ©e aussi, Berlioz a vu grand, colossal mĂȘme. Mais pour l’instant d’effusion et d’intimisme, il a prĂ©servĂ© le recueillement et l’introspection la plus tendre grĂące au tĂ©nor soliste convoquĂ© pour le service (Agnus Dei).

REQUIEM de ténÚbres et de lumiÚre

gergiev valery maestro portraitMesse solennelle et funĂšbre
 Le Requiem porte la mĂ©moire des cĂ©lĂ©brations collectives de l’époque rĂ©volutionnaire et napolĂ©onienne, ces grandes messes populaires oĂč le symbole cĂŽtoie la dĂ©votion, rĂ©alisĂ©es par exemple par Lesueur. D’ailleurs, l’orchestre de Berlioz n’est pas diffĂ©rent par son ampleur ni par le choix des intruments de celui de son prĂ©dĂ©cesseur. Berlioz citait aussi pour indication de l’exĂ©cution de son Ɠuvre, le decorum des funĂ©railles du MarĂ©chal Lannes sous l’Empire.‹Lorsqu’il entend le Requiem de Cherubini pour les funĂ©railles du GĂ©nĂ©ral Mortier, en 1835, il songe Ă  ce qu’il pourrait Ă©crire sur le mĂȘme thĂšme
 Sa partition ira « frapper Ă  toutes les tombres illustres ». La commande officielle qu’il reçoit le plonge dans un Ă©tat d’excitation intense : « cette poĂ©sie de la Prose des morts m’avait enivrĂ© et exaltĂ© Ă  tel point que rien de lucide ne se prĂ©sentait Ă  mon esprit, ma tĂȘte bouillait, j’avais des vertiges », Ă©crit-il encore.‹ConvoquĂ© en images terrifiantes des croyants confrontĂ©s au spectacle de la faucheuse, le thĂšme stimule la pensĂ©e des compositeurs au  tempĂ©rament dramatique, tel Berlioz, comme Verdi plus tard. Aux murmures apeurĂ©s des hommes, correspond l’appel terrifiant des cuivres et des percussions dont le fracas, donne la mesure de ce qui est en jeu : le salut des Ăąmes, la gloire des Ă©lus, le Paradis promis aux ĂȘtres mĂ©ritants, la possibilitĂ© Ă©chue Ă  quelques uns de se hisser au dessus de la fatalitĂ© terrestre, rejoindre les champs de paix Ă©ternelle
 FidĂšle Ă  la tradition musicale‹sur un tel sujet, Berlioz insiste sur l’omnipotence d’un Dieu juste et la misĂšre des hommes qui implore sa misĂ©ricorde.‹Or ici les flots apocalyptiques se dĂ©versent pour mieux poser l’ample dĂ©ploration finale, qui fait du Requiem, un Ɠuvre poignante par son appel au pardon, Ă  la sĂ©rĂ©nitĂ©, Ă  la rĂ©solution ultime de tout conflit.‹HĂ©ritier des compositeurs qui l’ont prĂ©cĂ©dĂ©, Gossec, MĂ©hul,  , Berlioz sait cependant se distinguer par « l’élĂ©vation constante et inouĂŻe du style » selon le commentaire de Saint-SaĂ«ns. ComposĂ©e entre mars et juin 1837, le Requiem est jouĂ© aux Invalides le  dĂ©cembre 1837 en l’église Saint-Louis des Invalides.
Le Requiem, une cĂ©lĂ©bration mondaine
 ‹Sur le simple plan visuel, la Grande messe des morts est un spectacle impressionnant. Les effectifs de la crĂ©ation sont vertigineux et donneront matiĂšre Ă  l’image dĂ©formĂ©e d’un Berlioz tonitruant, prĂ©fĂ©rant le bruit au murmure, la dĂ©flagration tapageuse Ă  l’expression des passions tĂ©nues de l’ñme humaine. Pas moins de trois cents exĂ©cutants, choristes et instrumentistes, avec Ă  chaque extrĂ©mitĂ© de l’espace oĂč campent les exĂ©cutants, un groupe de cuivres. Si l’on reconstitue aux cĂŽtĂ©s du massif des musiciens, les cierges placĂ©s par centaines autour du catafalque, la fumĂ©e des encensoirs, la prĂ©sence des gardes nationaux scrupuleusement alignĂ©s, l’oeuvre Ă©tait surtout l’objet d’un spectacle grandiloquent et d’un ample dĂ©ploiement tragique, un thĂ©Ăątre du sublime lugubre. Car il s’agisait en dĂ©finitive, moins d’une commĂ©moration que d’obsĂšques.‹La renommĂ©e de Berlioz gagna beaucoup grĂące Ă  cet Ă©talage visuel et humain qui Ă©tait aussi un Ă©vĂ©nement mondain : « Le Paris de l’OpĂ©ra, des Italiens, des premiĂšres reprĂ©sentations, des courses de chevaux, des bals de M. Dupin, des raouts de M. de Rothschild » s’était pressĂ© lĂ , comme le prĂ©cise les rapporteurs de l’évĂ©nement
 pour voir et ĂȘtre vu, peut-ĂȘtre moins pour Ă©couter.‹Quoiqu’il en soit les mĂ©lomanes touchĂ©s par la grandeur de la musique sont nombreux, de l’abbĂ© Ancelin, curĂ© des Invalides, au Duc d’OrlĂ©ans, dĂ©jĂ  mĂ©cĂšne du compositeur et qui le sera davantage. Berlioz put avoir la fiertĂ© d’écrire Ă  son pĂšre l’importance du succĂšs remportĂ©, « le plus grand et le plus difficile que j’ai encore jamais obtenu ».‹Et l’on sait que Paris, son public gavĂ© de spectacles et de concerts, fut Ă  l’endroit de Berlioz, d’une persistante duretĂ© (que l’on pense justement Ă  l’accueil glacial et dĂ©concertĂ© rĂ©servĂ© Ă  la Damnation de Faust ou encore Ă  Benvenuto Cellini).

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logo_france_musique_DETOUREFrance Musique, le 5 juillet 2018, 20h. BERLIOZ : Requiem. Gergiev. Concert en direct depuis le Festival de Saint-Denis/Berlioz/Ch. de l’Accademia Nazionale di Santa Cecilia,Choeur de RF,ONF.

Hector Berlioz : Requiem, opus 5
ChƓur de l’Accademia Nazionale di Santa Cecilia
Choeur de Radio France
Orchestre National de France
Valery Gergiev, direction

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