Edda Moser : Electrola-Récitals, Oper & Lied9 cd Emi classics (1972-1985)

Edda Moser (Electrola Récitals, Oper &lied)
Coffret 9 cd Emi classics

Pour les 75 ans de la diva Edda Moser (née en 1938), Emi réédite les somptueuses réalisations d’une diseuse mozartienne née… Voici une boîte miraculeuse qui permet de se ressourcer dans la magie d’un chant olympien dont le legato infini égale la justesse d’intonation, la qualité stylistique, la musicalité sensible, la sobre et claire articulation du verbe : il était déjà ” osé ” dès 1972 d’enregistrer les lieder de Strauss appareillés à ceux de Hans Pfitzner : la qualité du choix du répertoire dit assez la distinction de la mélodiste, la culture de la diseuse… sans que jamais l’art de la technicienne ne supplante l’émission directe et franche de l’émotion… Avec le pianiste Erik Werba, la complicité est totale ; comme l’est encore celle en 1982, soit 10 ans après, dans ce récital enregistré avec Christophe Eschenbach pianiste dans de nouveaux lieder Straussien et ceux de Brahms… Quelle distinction et quelle classe vocale.
Pour nous Edda Moser reste évidemment la voix de la Reine de la nuit, et pour jamais la Donna Anna du film Don Giovanni de Losey (1978) : la mozartienne absolue nous est aussi révélée et confirmée d’ailleurs dans un cd dédié au chant mozartien (cd8), une bible que devrait collectionner et apprendre par cœur toute diva d’aujourd’hui soucieuse de legato, d’intelligibilité, de phrasés… Le moment était opportun pour incarner Mozart (et Gluck, lire ci-après) : il y a évidemment sa Donna Anna avec Sawalisch en 1973, mais aussi Elettra d’Idomeneo, sans omettre sa Vittelia : le fameux air de bascule (Non più di fiori…) quand l’intrigante et calculatrice éprouve un pur sentiment de coupable remords vis à vis de Titus : en 1977, la soprano capable d’un chant cristallin sait nuancer et colorer toutes les couleurs de la compassion naissante en une métamorphose psychique des plus bouleversantes au diapason accordé du superbe cor de basset (si apprécié par Mozart… avec raison).
Pour compléter ce panorama, les autres cd mettent en lumière l’art de la diseuse chez Schubert (Lieder avec Peter Schreier en 1983, cd 4) ; un tiercé (gagnant) Schumann, Wolf, Brahms (Lieder en 1975 avec le complice pianiste Erik Werba, CD2) ; surtout sa participation en collectif, chantant les lieder à plusieurs voix signés Schumann ( Spanisches liederspiel opus 74 et Spanische Lieberlieder opus 138 ; Liebesfrühling opus 37 en 1976-1977 avec Hanna Schwarz, Nicolai Gedda, Walter Berry… et l’inusable et très inspiré Erik Werba, cd 5 et cd 6)…

Notre préférence va outre les lieder de Schumann déjà cités, au cd 8 (où Mozart et Gluck trouvent une ambassadrice étonnante, sidérante en Anna donc, mais aussi Elettra et Vittelia mozariennes déjà citées, mais aussi Alceste de Gluck d’une finesse ardente, à la fois angélique et volcanique, d’une intensité inégalée dans ce répertoire ; et l’on se dit que ce Gluck était très mozartien. La caresse de Mozart, son sentiment incandescent éblouissent, irradient d’une grâce intérieure unique. Et que dire encore de l’Agnus dei sous la baguette de Jochum de la Messe du couronnement (1977) ? : un joyau serti d’un humanité diamantine doué d’un legato qui semble illimité… quelle diva fut capable de cela avant elle ?
Avouons aussi que le cd 7 réserve bien des sources d’enthousiasme : le récital lyrique de 1985 sous la direction de Peter Schneider délivre ses Wagner (Elisabeth), Strauss (Ariadne : certes la voix laisse entendre des impuretés liées à l’âge et l’instant de l’enregistrement dans une carrière déjà très bien remplie…), Weber (Rezia d’Oberon)… aux côtés de Leonore de Beethoven (parfaite), Alceste de Gluck (au souffle tragique vertigineux et un français impeccable) et Iphigénie… Actrice au legato infini (c’est bien cela qui la caractérise outre la beauté de son émission claire et l’opulence de son timbre brillant sur tous les registres), voici Edda Moser dont l’éclat n’empêche pas un volcan, une nature à jamais inatteignable et heureusement éternisée ici. Coffret de 9 cd absolument incontournable.

Edda Moser : Electrola-Récitals, Oper & Lied. 9 cd Emi classics (1972-1985). En bonus mais que pour le germanophones, le cd 9 regroupe le témoignage audio de Edda Moser sur les oeuvres, compositeurs et partenaires évoqués dans ce coffret (entretiens audio de 2006).

Comments are closed.