DVD, critique. RIMSKI : LE COQ D’OR (Pelly, La Monnaie, dec 2016, 1 dvd Bel Air classiques)

RIMSKY le coq dor la monnaie laurent pelly dvd critique par classiquenews bac147-golden-cockerel-recto-dvd-e1518443215235DVD, critique. RIMSKI : LE COQ D’OR (Pelly, La Monnaie, dec 2016, 1 dvd Bel Air classiques). Présentée en décembre 2016 à La Monnaie de Bruxelles, cette production du Coq d’or de Rimsky (version en 3 actes de 1909) indique clairement la force poétique subversive d’un compositeur dont comme Haydn, on a trop tôt pris le pli incorrect de catalogué « classique ringuard ». Rien de tel ici, car cet ultime opéra du vénérable, ose tout, dénonce la tyrannie, attaque l’idiotie du pouvoir, et musicalement s’avère passionnant. La verve poétique est dévoilée, parfaitement servie par Laurent Pelly ; on reste plus réservé sur la direction lisse, guère articulée du chef Altinoglu.
Comme dans Sadko, opéra océanique et féerie visuelle au tropisme enivrant, Le Coq d’or de Rimski-Korsakov cultive les mêmes qualités, – fascinantes pour le regard européen. Inspiré d’un conte de Pouchkine, l’ouvrage créé après la mort du compositeur, en 1909, sait aussi instiller un climat de satire aiguë contre tous les pouvoirs (pointe acérée vers le Tsar et un système corrompu, vérolé ?) : ici Dodon le magnifique lambine et s’étire dans son lit, entre paresse et mollesse; il veut être seul et cloîtré. Mais les royaumes alentour menacent d’envahir son territoire, aussi l’astrologue, contre la promesse que le Tsar exaucera en temps voulu, lui offre un coq d’or, afin de le réveiller à chaque assaut de ses ennemis. Sur le front de guerre, Dodon l’indolent, un rien benêt s’éprend à la folie de la reine rivale Chémakhane : mais sur la route qui les mène à la cérémonie aux noces, l’astrologue avisé réclame son dû : Chémakhane. Dodon furieux, tue l’astrologue, mais le coq d’un coup de bec revêche, terrasse à son tour celui qui n’a pas tenu sa promesse. Rêve, réalité, conte ou alerte sur l’état psychique et la responsabilité de nos politiques … dans l’épilogue, l’astrologue pose la question. Rimski le sensuel use de tous les sortilèges harmoniques (d’un caractère wagnérien et tristanesque) et mélodiques (nombreuses citations de chants folkloriques russes) pour tisser une partition des plus raffinées sur le plan de l’orchestration, fouillant les effluves d’une passion naissante et radicale (le duo Dodon / Chémakhane) dont la volupté est un autre aspect de l’âme russe. Dans ce scintillement permanent, les voix se mêlent et fusionnent avec l’orchestre, ajoutant à la riche texture poétique.
La conception de l’orchestre est celle d’une formidable machine onirique qui pourtant suit et sert la narration avec un souffle saisissant, faisant de ce conte, un brûlot acide d’une grande vérité. Pelly fait du Pelly, entre premier degré et grotesque voire surréalisme. Sous la séduction colorée et la taille potache et contournée de certains objets, accessoires, tableaux, le metteur en scène n’écarte pas l’esprit de critique et les pointes satiriques contre le politique et le pouvoir.
Côté chanteurs, saluons le Dodon de Pavlo Hunka, seule vraie déception de l’affaire (silhouette centrale quand même) : qui certes a des poses comiques mais au chant lui aussi mou, imprécis, petit. Quel dommage! Car la Tsarine Chémakhane de Venera Gimadieva, sirène souple et déterminée, est vraie aguicheuse conquérante.
Même séduction chez l’Astrologue d’Alexander Kravets, agile (troublant dans ses passages entre voix de tête et de poitrine), lumineux, ductile, malgré la difficulté de son rôle. sans omettre, l’intendante fabuleuse d’Agnes Zwierko à la fois comique et d’un érotisme à peu près égale à la sirène de rêve Gimadieva. Difficile de concevoir pour ces quatre personnages, incarnation aussi convaincante et inventive. De mieux en mieux chantant, le chœur, si important dans tout opéra russe, montre la déroute d’une société perdue quand le peuple partage la même idiotie crasse et aveugle que celui qui le dirige. De sorte que le regard au vitriol rimskien trouve un écho aussi inattendu que saisissant dans notre monde moderne. A part le Dodon inabouti et bancal, tous les personnages sortent gagnants de cette production globalement très passionnante.

 

 

 

Rimski-Korsakov, Nikolaï : Le Coq d’or, opéra en 3 actes
Livret de Vladimir Bielski
Création : Théâtre Solodovnikov de Moscou le 24 octobre 1909

Le Tsar Dodon : Pavlo Hunka
La Tsarine de Chémakhane : Venera Gimadieva
Polkan : Alexander Vassiliev
L’astrologue : Alexander Kravets
L’Intendante : Agnes Zwierko
Le Coq d’Or : Sheva Tehoval
Tsarévitch Guidone : Alexei Dolgov
Tsarévitch Aphrone : Konstantin Shushakov

Chœur et orchestre de la Monnaie
Alain Altinoglu, direction
Mise en scène et costumes : Laurent Pelly

Bruxelles, sous le chapiteau de la Monnaie, enregistré en décembre 2016

 

 

 

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LIRE aussi notre critique du COQ d’OR, même production (L Pelly, mise en scène) mais dans une distribution différente, présentée à Nancy en mars 2017
http://www.classiquenews.com/compte-rendu-opera-nancy-opera-national-de-lorraine-le-19-mars-2017-rimski-korsakov-le-coq-dor-rani-calderon-laurent-pelly/

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