DVD, compte rendu critique. BOITO : Mefistofele. Pape, Calleja, OM Wellber (1 dvd C major 739208, 2015)

mefistofele-boito-opera-munich-rene-pape-joseph-caleja-dvd-critique-review-cd-classiquenewsCLIC_macaron_2014DVD, compte rendu critique. BOITO : Mefistofele. Pape, Calleja, OM Wellber (1 dvd C major 739208, 2015). En 4 actes, l’ouvrage de Boito assemble les meilleurs éléments de son indiscutable génie dramatique et lyrique. D’abord créé en 1868 à Milan, puis remanié, recréé à Bologne en 1875, enfin recréé à Milan en 1881, Mefistofele est l’aboutissement d’un travail pharaonique réalisé par le librettiste devenu compositeur, toujours soucieux d’honorer sans la dénaturer la source goethéenne qu’il entend servir. Il compose mais écrit aussi le texte de son ouvrage, œuvre de toute une vie. Hélas trop peu jouée car les effectifs y sont démesurés et les parties des solistes redoutables. Plus d’un s’y sont cassés les dents (et la voix).

 
 

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boito-arrigo-mefistofele-operaAu théâtre national de Munich, en novembre 2015, Boito fait son grand retour avec l’opéra faustéen par excellence, où il synthétise toute sa grande ingénierie lyrique apprise auprès de Verdi (comme librettiste de Simon Boccanegra, Otello puis Falstaff) : Mefistofele. Munich a voulu ostensiblement nous en mettre plein la vue, à grand renfort de machinerie impressionnante, style dispositif Lepage pour le Ring du Metropolitan Opera de New York… On peut regretter ces frais visuels démultipliés, mais reconnaissons la cohérence du propos et l’indéniable souffle que la succession des tableaux produit. La mise en scène de Roland Schwab a le mérite de l’ironie et de la facétie, du cynisme et du démoniaque. Ainsi le dispositif met en scène une vaste boîte infernale où l’humanité se vautre sans retenue, excitée par celui qui sait la rendre démente pour sa perte, Mefisto. C’est un grand livre d’images qui répond à la démesure arrogante de son vrai héros en titre, Mefistofele… omniprésent, grand bonimenteur à la face des hommes, passifs, poussifs, naïfs et veuls… Intense, économe dans sa gestuelle, énigmatique et fascinant à souhait, René Pape compose un Mefistofele impeccable : cynique, provocateur, mordant, désabusé mais si juste. Dominateur et d’une perversité brillante. Avec une rudesse voire une âpreté, feinte ou réelle qui saisit. Il est bien ce démon noir qui a la haine de l’humanité, trop heureux d’en révéler à chaque épisode, l’indicible félonie, l’indignité crasse, la repoussante lâcheté…
CĂ´tĂ© femmes, l’Elena de Karine Babajanyan s’impose naturellement, mieux que la Margherita, bancale, imprĂ©cise et parfois hurlante, – donc agaçante de Kristine Opolais (en rĂ©laitĂ©, malgrĂ© son engagement dramatique, dĂ©passĂ©e vocalement par l’épaisseur du rĂ´le).

 

 

 

Racés, subtils, d’une mâle intensité : René Pape et Joseph Calleja

 
 

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calleja-mefistofeleL’HEUREUSE SURPRISE VIENT DE CALLEJA… Parfois maladroit dans certains Verdi prĂ©cĂ©demment critiquĂ©s (Simon Boccanegra), – malgrĂ© un style raffinĂ© toujours impeccable, le tĂ©nor Maltais Joseph Calleja a fière allure et affirme un tempĂ©rament scĂ©nique et vocal, Ă©gal au Mefisto de RenĂ© Pape : le premier est lumineux, ardent et tendre ; le second, noir et satanique : deux voix, deux acteurs d’une prĂ©sence indĂ©niable, habilement contrastĂ©s, s’affrontent ici. Concernant Calleja, l’élĂ©gance et le raffinement de son chant (« Dai campi, dai prati », air d’extase espĂ©rĂ©e, et prière ardente un rien dĂ©sabusĂ©e), idĂ©alement incarnĂ© comme expressif, comme son physique, reconnaissons souvent non exploitĂ© ailleurs, participe pleinement Ă  la rĂ©ussite de son Faust. Il veut par arrogance et idiotie, ĂŞtre Ă©bloui par ce que lui apportera le gĂ©nie dĂ©moniaque ; le sommet de cette surenchère et dĂ©bauche (qui rend les dĂ©cors et machineries hollywoodiens lĂ©gitimes de facto) Ă©tant au IV, la nuit du Sabbat antique : oĂą paraĂ®t HĂ©lène de Troie, la plus belle sĂ©ductrice faite femme : ici caricaturĂ©e en infirmière en chef… au chevet d’un Fasut devenu fou : la sĂ©quence est sidĂ©rante et juste. L’humanitĂ© est maudite, condamnĂ©e Ă  la folie collective et individuelle. Pourtant curieux, mais dĂ©sabusĂ©, Faust, d’une suavitĂ© dĂ©jĂ  fatiguĂ©e, se lasse des offrandes visuelles orgiaques que lui prodigue Mefisto, lequel doit bien admettre, en conclusion, qu’il n’a pas su Ă©merveiller Faust, qui en avait fait la demande.
Faust gavé, lui-même désabusé, meurt mais en adorant Dieu, seule source d’admiration. On sait combien Boito fut d’abord abondant, trop ? (la version de 1868 durait 5h), puis de plus en plus synthétique, réécrivant, réadaptant, racourcissant pour proposer des versions resserrées, mais dignes selon lui du drame épique de Goethe ; en 1875, puis 1876, enfin à la Scala en 1881.

 


Omer Meir Wellber - photo by Tato BaezaDans ce feu d’artifice visuel et dramatique foisonnant, la direction de Omer Meir Wellber parvient Ă  maĂ®triser l’importance des effectifs prĂ©sents et l’équilibre scène / fosse. La ligne expressive est prĂ©servĂ©e parfois au dĂ©triment d’une certaine clartĂ©, mais le chef, qualitĂ© des meilleurs, sait s’appuyer sur les plus impliquĂ©s, dont les deux solistes furieusement mâles, Faust et Mefisto, et les choeurs de l’opĂ©ra bavarois, d’une remarquable articulation et prestance dramatique. Dommage que les femmes ne se montrent pas Ă  la hauteur de cette oeuvre singulière et rĂ©ellement captivante. Le dĂ©ballage spectaculaire qui s’offre ainsi aux spectateurs pointe les faiblesse et les arguments de l’opĂ©ra : sa dĂ©mesure disparate et son manque de continuitĂ© dramatique, mais aussi ses tableaux, chacun, subtilement caractĂ©risĂ©, musicalement comme vocalement : ironie saillante et sardonique de Mefisto qui perce l’unitĂ© apparente des anges au prologue ; la scène du jardin au II, oĂą Faust amoureux, s’éprend de la pauvre Marguerite… Le DVD rend compte heureusement de cette vaste fresque entre musique et poĂ©sie. C’est un polyptique d’une fièvre expressionniste, touchante dans ses intentions de spectacle total. La raretĂ© de l’Ĺ“uvre sur scène et donc son caractère exceptionnel au dvd appellent un CLIC  de CLASSIQUENEWS : il Ă©tait temps de possĂ©der enfin d’une captation intĂ©grale du sommet lyrique de Boito.

 
 
 

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mefistofele-boito-opera-munich-rene-pape-joseph-caleja-dvd-critique-review-cd-classiquenewsDVD, compte rendu critique. BOITO : Mefistofele. René Pape (Mefistofele-, Joseph Calleja (Faust), Karine Babajanyan (Elena), Kristie Opolais (Margherita)… Bayerisches Staatsorchester, chorus and children’s chorus, Bayerisches staatsoper. Omer Meir Wellber, direction. Munich, octobre et novembre 2015 — 1 dvd C major 739208.

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