Compte rendu. Vienne. Konzerthaus, le 1er janvier 2014. Concert du Nouvel An. Oeuvres de Johann Strauss I et II, Edouard, Josef et Richard Strauss. Avec les danseurs de l’Opéra de Vienne. Wiener Philharmoniker. Daniel Barenboim, direction

Compte rendu, concert du Nouvel An à Vienne 2014. Voici comme d’habitude et depuis 1958, le concert le plus diffusé dans le monde, comptant selon la formule du direct, plus de 200 millions de spectateurs, au rendez vous de l’élégance et du raffinement orchestral. Un modèle dans le genre. C’est un rituel bien rôdé depuis 1939, quand le chef proche de Richard Strauss Clemens Krauss dirigeait  pour le premier concert du Nouvel An à Vienne, un programme festif dédié à l’ivresse entêtante des valses de la dynastie Strauss , Johann, père et fils mais aussi depuis une récente tradition d’exploration familiale, les frères de Johann II : Josef (ce dernier très mis à l’honneur en 2014 par Daniel Barenboim) et Edouard.

Concert du Nouvel An à Vienne 2014Dans la salle mythique du Konzerthaus de Vienne, ce 1er janvier 2014, le chef engagé pour la fraternisation des peuples (surtout entre Isréaliens, comme lui, et palestiniens entre autres) Daniel Barenboim dirige les instrumentistes du Philharmonique de Vienne : une phalange légendaire qui n’usurpe pas sa gloire planétaire, car du début à la fin, chacun aura pu se délecter de l’unisson enivrant des cordes (notez le dispositif spécifique à Vienne où les contrebasses forment un mur parfaitement aligné en fond d’orchestre, les violoncelles se situant à gauche du chef…), de la claire transparence d’un orchestre où les cors (somptueux), la ligne mélodique des flûtes, comme la sensualité des bois triomphent toujours en pareille occasion.

” Le plus ” de chaque concert du Nouvel à Vienne
c’est le programme que concocte chaque maestro invité. Notons que celui de Barenboim marque les esprits. La première partie enchaîne des morceaux peu connus (Quadrille d’Edouard Strauss inspiré de la Belle Hélène d’Offenbach) ou les lauriers de la paix (le titre est un intention manifeste pour un programme soucieux d’humanisme et de pacifisme) de Josef Strauss.
Le chef pianiste poursuit avec la marche égyptienne de Johann II : évocation parfois hollywoodienne et pompeuse d’un orient fantasmé auquel les musiciens prêtent aussi leur voix. D’emblée la fin plutôt murmurée, évite le pire pathétique et solennel ; ouf, le kitsch a été évité. Car ce qui suit est autrement plus passionnant à notre avis, quand surgit la finesse pétillante de la Polka endiablée du même Johann fils, laquelle clôt la première partie. Enfin de la légèreté, de l’insolente finesse, de l’insouciance chorégraphique : tout ce qui attire depuis des lustres les (télé)spectateurs et qui assure à la performance de ce direct ultra médiatisé, sa réussite artistique et musicale. Il était temps.

Carte postale viennoise

En seconde partie, le concert télévisuel délivre aussi ce pourquoi il est conçu : promouvoir l’excellence artistique et culturelle voire touristique de Vienne et du paysage autrichien. Pour se faire, Daniel Barenboim dirige l’ouverture de l’opérette de Johann Strauss II, le maître de la forêt (avec côté réalisation visuelle des gros plans sur les fleurs de la décoration de la salle !) : là encore les pupitres des Philharmoniker offrent cette finesse instrumentale qui nous séduit tant, scintillement évocatoire de la forêt viennoise…
Ensuite, les choix du chef invité s’imposent par leur justesse : superbe méditation sur le clair de lune extrait de l’opéra Capriccio de Richard Strauss… même raffinement instrumental, puissante inspiration d’après la nature et un instant atmosphérique : la présence du bavarois dans le programme évoque le 150ème anniversaire de sa naissance en 2014 ; même s’il n’appartient pas à la famille des Strauss, Richard porte dignement le patronyme symbole de génie musical. Sa filiation est musicalement idéale car il a abondamment puisé dans le genre de la valse pour son opéra Der Rosenkavalier (Le Chevalier à la rose) tout en partageant avec ses confrères homonymes une intelligence de l’orchestration, elle aussi totalement réjouissante. Voilà une entrée en matière parfaitement dosée et qui rétablit pour ce concert événementiel, le génie de Richard Strauss en préambule à son année 2014.

La participation des danseurs de l’Opéra

Tout concert du Nouvel An ne serait pas digne de sa réputation sans le concours du ballet de l’Opéra de Vienne, lequel paraît ici pour la grande valse de Josef Lanner intitulée Les Romantiques (chorégraphie d’Ashley Page avec les costumes de Viviane Westwood): dans les salons en blanc et or de Schonnbrun, les couples de danseurs expriment toute l’élégance viennoise que sublime l’ivresse musicale de la partition de Lanner. Avouons la totale réussite de cette combinaison : musique symphonique et valses dansées ; un sommet du kitsch diront les détracteurs, une création poétique savamment millimétrée diront les admirateurs, qui sait heureusement éviter le sucré poudré parfois indigeste (comme le montre a contrario de Vienne, les propositions simultanées du concert du Nouvel An à Venise où le ballet de l’Opéra de Rome en 2014 tente de raconter une histoire sur les airs italiens joués par l’Orchestre de La Fenice : à notre avis ratage total).
A Vienne, le dispositif sait encore nous surprendre sur la musique du ballet Sylvia de Delibes, sommet de l’élégance… à la française (confronté à tant d’intelligence, il nous paraît inimaginable en 2014 que l’Opéra de Paris n’ait pas encore lancé la tradition d’un concert du Nouvel An car nous avons et les interprètes maison et surtout un répertoire chorégraphique et de valses qui égale sinon supplante l’événement viennois…) : en 2014, Viviane Westwood imagine des costumes d’inspiration manifestement écossaise ; les danseurs s’adonnent à une série de seynettes, certaines drôlatiques dont l’épisode déjanté où l’un des hommes, ivre apparemment, se cogne contre les miroirs des murs…
Enfin, le programme s’achève avec deux chefs d’oeuvres traditionnellement donnés pour l’occasion, signés par les deux génies de la dynastie Strauss : Johann père et fils. Du second, l’orchestre entonne le célébrissime Beau Danuble Bleu (avant de souhaiter la bonne année au monde et à l’auditoire), puis du premier la non moins fameuse Marche de Radetsky… Daniel Barenboim inaugure un nouveau rituel pour l’occasion, alors que les musiciens ont commencé de jouer la Marche, le chef quitte son podium et scrupuleusement, salue chaque instrumentiste, mettant en avant chaque tempérament individuel qui fait la réussite et la cohérence d’un son collectif admiré dans le monde entier. Même aussi préparé et plannifié, chaque Concert du Nouvel An à Vienne peut encore nous surprendre …  Le début d’une nouvelle tradition ?


Vienne. Konzerthaus, le 1er janvier 2014. Concert du Nouvel An. Oeuvres de Johann Strauss I et II, Edouard, Josef et Richard Strauss. Avec les danseurs de l’Opéra de Vienne. Wiener Philharmoniker. Daniel Barenboim, direction

Cd, blu ray et dvd de ce nouveau concert du Nouvel An dirigé en 2014 par Daniel Barenboim sont annoncés chez Sony classical pour la fin du mois de janvier.

 

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