COMPTE-RENDU, oratorio. MONTPELLIER, le 14 juillet 2019. KRAUS, HAYDN. Julien Chauvin

KRAUSS-portrait-par-classiquenews-joseph-martin-kraus-contemporaneo-mozart-peor-L-puGIQGCOMPTE-RENDU, oratorio. MONTPELLIER, Festival Radio France, Occitanie, Montpellier, Opéra-Comédie, 14 juillet 2019. KRAUS, HAYDN, HASSE, CHERUBINI. Valiquette, Charvet, Van Mechelen, Wolf, Julien Chauvin. La lecture de la proposition interrogeait. Le Stabat Mater de Haydn, au coeur du programme (malgré son intitulé) y est découpé en tranches de deux numéros, entrelardées de pièces de Joseph Martin Kraus, contemporain exact de Mozart, de Cherubini et de Hasse. La proposition de Julien Chauvin, bien qu’argumentée, aboutit à altérer la profonde unité dramatique du texte si souvent illustré. Mais, simultanément, c’est l’occasion de découvrir quelques pièces de ce prétendu « Mozart suédois », et d’autres de ses contemporains.

Stabat en tranches

Le Stabat Mater est une œuvre ambitieuse dont le succès et la diffusion furent considérables. Le traitement des quatre solistes, du chœur et de l’orchestre anticipe les Sept dernières paroles, dans leur version chorale, évidemment, et ne manquent pas d’analogies. Les tempi y sont le plus souvent modérés, le caractère méditatif. Les solistes sont admirables. Ce sont eux qui nous réservent manifestement le plus de satisfactions, de joies. L’œuvre est variée à souhait : huit airs, deux duos, cinq participations chorales, dont le Virgo virginum qui constitue le sommet de l’ouvrage, faisant dialoguer le quatuor de solistes et le chœur. Florie Valiquette nous offre un seul air (Quis non posset), mais participe aux deux duos (avec le ténor, puis avec l’alto) et rayonne également dans l’Amen final. Le timbre est séduisant, les aigus, agiles et clairs, comme le soutien traduisent une santé vocale évidente. Adèle Charvet, dès le « O quam tristis » nous ravit par sa sûreté, son ampleur lyrique et ses couleurs. Reinoud van Mechelen, le plus sollicité, se distingue par son aisance, l’intelligibilité de son chant, fin musicien au style irréprochable.
Nous découvrons avec bonheur Andreas Wolf, solide basse en grande forme, d’une tenue et d’une projection exemplaires dans ses deux airs, particulièrement vigoureux. Le chœur Aedes ne semble pas avoir encore mûri la partition, à moins que la direction de Julien Chauvin, konzertmeister dirigeant de son archet, soit inaboutie. Les pupitres manquent d’homogénéité, les phrasés scolaires, la dynamique insuffisante. Tout est correctement chanté, mais l’œuvre appelle bien davantage qu’une mise en place irréprochable. Particulièrement lorsqu’on a en mémoire ce qu’ont réalisé ici Trevor Pinnock et Fritz Bernius, pour ne citer que les plus remarquables.

Même si les tempi sont généralement modérés, à l’exception des deux airs de basse, le caractère Sturm und Drang, dont relève la partition, n’est pas vraiment perceptible, l’œuvre étant noyée par morceaux dans un flot très composite. Certes, la relation au Miserere de Hasse, auquel Haydn soumit son texte, paraît légitime. Nous restons sur notre faim à l’écoute, disjointe, du Dies irae et du Benedictus du Requiem de Joseph Martin Kraus. Antérieur de plus de quinze ans à celui de Mozart, il mérite d’être écouté dans sa totalité. Les trois mouvements de deux de ses symphonies sont intéressants et invitent à la découverte.

N’eût-il pas mieux valu choisir une oeuvre donnée au Concert spirituel, lors de son séjour parisien ? A ce propos, Haydn, informé de la (fausse) nouvelle de sa disparition, propagée depuis Londres, aurait déclaré avec humour avoir pu assister au Chant sur la mort de Joseph Haydn, commande de la Loge olympique à Cherubini : « Ah ! les braves gens ! Si j’avais été informé de cette cérémonie, je me serais rendu là-bas pour la diriger en personne » aurait déclaré le compositeur amusé. Nous n’aurons droit qu’à un air de ténor de cette cantate, qui est une belle découverte. Les qualités de Reinoud van Mechelen sont en adéquation idéale avec cette musique : le texte est toujours parfaitement intelligible, le soutien constant, la voix admirable.

L’orchestre, ductile, se plie à la dynamique imposée par Julien Chauvin, mais, comme pour le chœur, l’engagement n’est pas vraiment collectif. Souhaitons-lui une maturité plus accomplie.

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COMPTE-RENDU, oratorio, MONTPELLIER, Festival Radio France, Occitanie, Montpellier, Opéra-Comédie, 14 juillet 2019. KRAUS, HAYDN, HASSE, CHERUBINI. Valiquette, Charvet, Van Mechelen, Wolf, Julien Chauvin

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