COMPTE-RENDU, opéra. TOULOUSE, le 15 mars 2019. RIMSKI-KORSAKOV. Ivan le terrible. Alienov. Bolchoï, T. SOKHIEV.

SOKHIEV-maestro-chef-toulouse-capitole-presentation-critique-par-classiquenews-sokhiev_c_marc_brennerCOMPTE-RENDU, opéra. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 15 Mars 2019. N. RIMSKI-KORSAKOV. Ivan le terrible (version de concert). Trofimov. Alienov. Makarov. Selivanov. Maximeiko. Manistina. Orchestre et Choeur du Théâtre du Bolchoï.  T. SOKHIEV, direction. Tugan Sokhiev aime faire découvrir les opéras russes rares. Déjà l’an dernier, il avait offert avec les forces du Bolchoï,  La pucelle d’ Orleans de Tchaikovski à l’invitation des Grands Interprètes. Le succès colossal explique cette nouvelle audace. On dit le public, surtout celui d’opéra, peu curieux, exigeant sempiternellement les même titres. Ce n’est pas exact car l’excellence amène le public à sortir de ses zones de confort. Ainsi pour ce troisième concert russe, le public a été au rendez vous. Cet Ivan le terrible porte plusieurs noms, dont plus adapté « Pskovitaine », ou la fille du Tsar. C’est en hommage à Diaghilev qui en 1909 le donne à Paris sous ce titre que Tugan Sokhiev a conservé ce nom à l’opéra. Il me semble également qu’il met en valeur la capacité destructrice des puissants, entraînant le peuple et toute forme humaine, et même leurs proches,  dans leur folie pour assoir puis maintenir leur pouvoir à tout prix. Ainsi l’histoire alambiquée peut se réduire à peu de choses : un Tsar avance vers toujours plus de pouvoir sans ce soucier ni du peuple (meurtre de 60000 citoyens de la ville de Novgorod) ni de ceux qu’il prétend aimer, comme sa fille à peine l’a t il retrouvée. La mort et le pouvoir sont irrémédiablement mêlés. Le grand mérite de cette extraordinaire partition est de mettre en valeur le peuple avec des chœurs magnifiques.

 

Musicales Franco-Russes 2019 à Toulouse

Ivan le terrible : quelle partition !

 

 

rimsky-korsakov-portrait-Composé quand Moussorgski composait Boris Godounov, Ivan de Rimski expose la même thématique, faisant de ces deux opéras, des frères. Ivan le terrible est plus une fresque symphonique qu’un opéra car la dramaturgie est maigre. Mais quelle orchestre ! Quelles couleurs, quelles explosions ! Tugan Sokhiev dirige avec une facilité déconcertante cette partition complexe, orchestrée avec épaisseur par moments. Toute la saveur orchestrale de Rimski-Korsakov est déjà présente dans ce premier opéra ! Les moments plus lyriques sont des oasis dans un monde de violence. L’intrigue amoureuse entre Olga et Mikäel Toutcha  offre de très beaux moments aussi lyriques que dramatiques, au ténor et à la soprano. Ilya Selivanov a une voix claire et puissante qui fait merveille pour un héros rebelle et amoureux. Olga, la fille du Tsar, amoureuse du rebelle trouve en Dinara Alieva une interprète de grande classe. Voix somptueuse, timbre riche et ombré, elle donne beaucoup d’intensité à son chant.
Ce sont ensuite deux basses qui dominent la scène. Stanislas Trofimov a la stature vocale idéale pour Ivan. Longue voix de basse puissante et souple, il domine sa partie de bout en bout. Le prince Tokmakov de Denis Makarov est  parfait, porteur d’une belle émotion. Tous les autres chanteurs sont excellents avec une mention particulière pour le timbre si émouvant d‘Elena Manistina en nourrice que nous avions tant aimé en Comtesse la veille (La Dame de Pique de Tchaikovski).
Les chœurs sont absolument fantastiques de puissance et de vie. A eux seuls, ils incarnent la Russie, force vive. L’orchestre donne tout ce que le chef demande avec une efficacité de chaque instant.  La direction de Tugan Sokhiev est impériale. Il domine toutes les facettes d’une partition fleuve, d’eaux sombres, donnant beaucoup de lumière aux moments moins dramatiques.

Partition riche et difficile que le public a semblé aimer à la folie. Car le public suit les programmations audacieuses quand tout est réuni pour atteindre la perfection. Qu’on y pense trois concerts , trois soirs de suite et des salles combles et ravies. Bravo aux Grands Interprètes et sa directrice artistique Catherine d’Argoubet d’avoir invité les forces du Bolchoï à Toulouse. Les Musicales Franco-Russes sont un vrai succès.  Merci à Tugan Sokhiev, chantre de l’union artistique Franco-Russe, pour avoir imposé son projet. France Musique a participé à l’événement. Il est possible de réécouter Ivan transmis en direct et à présent en podcast et le 7 avril, il sera possible d’écouter la Dame de Pique retransmise dans une soirée d’opéra et de la réécouter ensuite cette version de référence.  La ville rose n’en revient pas d’avoir vécu à l’ heure russe et n’attend qu’une suite pour les musicales Franco-Russes de l’an prochain. RV est pris. A suivre.

 

 

 

 

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Compte rendu concert. Toulouse. halle-aux-Grains le 15 mars 2019. Nikolaï Rimski-Korsakov (1844-1908) : Ivan le Terrible ou la Pskovitaine, Opéra en trois actes en version concert. Avec : Stanislas Trofimov, Ivan le Terrible ; Denis Makarov, Prince Youri Ivanovitch Tokmakov  ;  Ilya Selivanov, Mikhaïl Andreïevitch Toutcha ; Dinara Alieva, Olga Yourievna Tokmakova ; Ivan Maximeyko, Boyard Nikita Matouta ; Nikolai Kazansky, Prince Afanasy Vyazemsky ; Aleksander Borodin, Bomelius ; Nikolai Kazansky, Yousko Velebine ; Anna Bondarevskaya, Stepanida Matouta ; 
Elena Manistina, Vlassievna ; Svetlana Shilova, Perfilievna ; Ivan Maximeyko, voix de garde ; Orchestre et Choeur du Théâtre du Bolchoï de Russie , chef de choeur Valery Borisov ;  Tugan Sokhiev, direction .

Photo  : Tugan Sokhiev (DR)

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