Compte rendu, opéra. Salzbourg, le 12 août 2017. VERDI : AIDA. Anna Netrebko, Muti.

Compte rendu, opéra. Salzbourg, le 12 août 2017. VERDI : AIDA. Anna Netrebko, Muti. Etrange réalisation visuelle que celle confiée à la plasticienne iranienne Shirin Neshat, dans cette lecture de l’opéra Aida de Verdi, plutôt « design et d’une froideur internationale, digne de la déco d’un palace 5 étoiles à Paris ou à Dubaï »… En transposant l’action égyptienne conçue par Verdi et l’égyptologue Mariette, dans le conflit israelo-palestinien, la metteure en scène brouille souvent les cartes, rendant confuse une histoire qui ne l’était pas. Les amateurs non connaisseurs de Verdi et de son Aida, créée pour l’inauguration de l’opéra du Caire s’y perdront : dans le grand tableau collectif, celui des trompettes d’Aida, quand Pharaon accueille en héros victorieux, le général Radamès, ce ne sont pas des notables et soldats de l’Egypte du Nouvel Empire qui siègent dans les tribunes, mais une assemblée disparate de dignitaires juifs, et d’autres syriens… Les ballets sont escamotés et réduits à l’essentiel par une troupe de danseurs à jupes noires et bucranes fichés sur la tête … on repère ici la dénonciation d’un peuple soumis, humiliés (les éthiopiens dans l’intrigue initiale, … devenus sur la scène salzbourgeoise, de graves et sinistres hébreux marqués d’une ligne blanche qui leur barre le visage). Bon. Soit. Mais qu’est ce que cela apporte à l’explicitation du drame verdien ?

 

 

Eblouissante Aida, Anna Netrebko surnage dans un spectacle convenu et orchestralement hypertendu

 

On cherche encore. Les idées en décalage et transposition ne manquent pas, mais comme souvent elles sont gadgets et rien que visuelles, et ne cachent guère une absence totale de vision d’ensemble. Le jeu d’acteurs trahit une direction convenue (pourtant en Netrebko surtout, S. Neshat disposait d’une actrice à la formidable présence). Manque de temps et de préparation, manque de réflexion certainement. Dommage.

Plastiquement, le spectacle reste beau, poli, séduisant. Mais est-ce bien suffisant pour une tragédie noire qui précipite à la mort, une esclave éthiopienne capable d’entraîner avec elle le jeune vainqueur Radamès, auquel tout était promis, assuré : gloire, amour, pouvoir… ?

Dans la même veine insipide et passe partout, le timbre tendu, porte voix plutôt que fin diseur, du ténor sans nuances, Francesco Meli. Un stentor qui assure toute ses parties en prenant bien soin de couvrir l’orchestre et dépasser en décibels chacun de ses partenaires : son Radamès est lisse, compact, fier comme un lion de fer. Pas un sentiment ni une effusion partagée avec sa partenaire Anna Netrebko. Même caractère entier, droit, sans guère de trouble pour la rivale jalouse d’Aida, l’Amneris d’Ekaterina Semenchuk, pas assez nuancée elle aussi, et qui campe en monolithe mécanisé, la princesse égyptienne, puissante fille de Pharaon mais cœur démuni et dévasté face à un amour qu’elle ne peut guère atteindre.

 

 

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AIDA DE BRAISE… La vraie vedette de la soirée (une seule personnalité pour un spectacle entier…! c’est quand même un peu mince pour un festival du prestige de Salzbourg) demeure la soprano hyperdiva, Anna Netrebko dont la pulpe et la soie vocales fusionnent avec un sens dramatique souverain, au medium ample et charnel (particulièrement sombre au point de déborder souvent le chant de sa rivale censée rugir davantage), et aux aigus d’un cristal fulgurant. Certes, l’articulation de l’italien n’est pas parfait comme son intelligibilité mais l’intelligence de l’intention et la finesse de l’incarnation saisissent immédiatement. Après ses prises de rôles précédentes : toutes verdiennes : Leonora du Trouvère (à Salzbourg aussi), puis Lady Macbeth (Metropolitan Opera New York), Anna Netrebko que ses admirateurs ont récemment saluée à la sortie de son dernier album puccinien et vériste (où elle osait Turandot rien de moins), réussit donc sa nouvelle prise de rôle non sans éclat. L’autorité du style, la présence expressive et dramatique, la sincérité d’un timbre incandescent et blessé affirment sa formidable santé lyrique actuelle. A nouveau, celle qui a tant marqué par le passé Salzbourg (depuis une certaine Traviata avec Villazon en 2005), lui offre une nouvelle soirée mémorable.

Saluons également les bien chantants et mesurés sans outrance : Pharaon de Roberto Tagliavini, et Luca Salsi qui en père d’Aida, incarne lui aussi un Amonasro crédible et noble.

Hélas, finissant de déséquilibrer un spectacle inachevé, la déception vient aussi de la fosse et des choeurs d’une lourdeur et épaisseur que l’on pensait impossibles depuis des années. L’orchestre (Wiener Philharmoniker) promettait mont et merveilles, en respirations et nuances… sous la direction affûtée certes, nerveuse et féline de Riccardo Muti, la partition redouble de fureur outrée, de muscles exagérément bandés. Trop de tension nuit à l’humanité du drame. Et c’est bien dommage. La plastique hollywoodienne d’Anna Netrebko, qui n’est pas sans rappeler par sa photogénie cinématographique, Elizabeth Taylor et sa Cléopâtre légendaire, impose à elle seule, cette Aida globalement pas assez ciselée ni subtile.

 

 

 

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Compte rendu, opéra. Salzbourg, le 12 août 2017. VERDI : AIDA. Anna Netrebko (Aida), Francesco Meli, Ekaterina Semenchuk… Wiener Philharmoniker. Shirin Neshat, mise en scène. Riccardo Muti, direction.

Ilustration : Festival de Salzbourg 2017 DR

 

 

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LIRE aussi notre dépêche actualités de la diva Anna Netrebko (23 juillet 2017)

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