Compte-rendu, Opéra. Paris, Palais Garnier, le 24 mars 2017. Berlioz : Béatrice et Bénédict. D’Oustrac / Apppleby. Philippe Jordan

berlioz Hector Berlioz_0Compte-rendu, Opéra. Paris, Palais Garnier, le 24 mars 2017. Berlioz : Béatrice et Bénédict. Stéphanie d’Oustrac/Paul Apppleby. Stephen Taylor (mise en espace). Philippe Jordan (direction musicale). Aujourd’hui mal aimé parmi les œuvres lyriques de Berlioz – bien qu’il ait connu un triomphe lors de sa création à Baden-Baden en 1862, Béatrice et Bénédict apparaît comme une tentative de concilier le rêve italien de Shakespeare, dans Beaucoup de bruit pour rien (dont le livret est tiré), et l’opéra-comique français. Avec cet ouvrage, Berlioz semble n’avoir d’autres soucis que de s’amuser ouvertement et d’émouvoir discrètement. Car, au-delà de l’héritage de Weber et de Boieldieu, assimilé à son langage propre, le compositeur français offre une partition étincelante où alternent l’humour et la poésie, le charme tendre et la vivacité. Et pour rendre plus vivante, justement, cette version de concert, on a demandé à Stephen Taylor de mettre en espace le spectacle – ou plus exactement de coordonner les déplacements sur scène des différents interprètes. Heureuse idée – d’autant que la réalisation est réussie – qui permet aux chanteurs de déployer leur énergie et faire valoir leurs dons de comédiens. Moins réussie, en revanche, celle d’avoir confié à deux acteurs le soin de déclamer les récitatifs des deux personnages principaux (et des passages de la pièce de Shakespeare) : cela complique inutilement l’intrigue et ralentit le rythme de la soirée.

Stéphanie d’Oustrac campe un pulpeuse amazone face au Bénédict narquois et fanfaron du ténor américain Paul Appleby (pour Stanislas de Barbeyrac initialement annoncé). Elle prête à Béatrice la riche étoffe de son ample mezzo, son personnage a du panache et de la drôlerie, mais sous l’arrogance, elle laisse transparaître la vulnérabilité et le frémissement de sa passion retenue : elle se montre ainsi pleine d’émotion dans son solo du deuxième acte, où elle évoque la naissance de l’amour. Dans le duo final, sa voix sombre fait à nouveau merveille, tandis qu’Appleby, très à l’aise en scène, lui donne la réplique avec l’insolence et le charme qui conviennent ; style impeccable, phrasé nuancé, demi-teintes subtiles, une certaine vaillance dans le dernier air… Très différent, le duo nocturne que chantent Héro et Ursule dans la « nuit paisible » est empreint d’une bouleversante mélancolie, que Sabine Devieilhe – avec sa voix éthérée – et Aude Extrémo – avec un timbre proche du contralto – traduisent avec ferveur, offrant un moment de pur ravissement. On regrette que le rôle de Claudio ait été sacrifié par Berlioz, car Florian Sempey lui prête sa voix de bronze et son panache coutumier. Interprétant le personnage (qui n’existe pas dans Beaucoup de bruit pour rien) du maître de chapelle Somarone, la basse française Laurent Naouri fait preuve de beaucoup d’humour quand il dirige les choristes pour son ridicule épithalame. Ces derniers, ceux bien sûr de l’Opéra de Paris, s’avèrent tout aussi à l’aise dans la truculente scène du banquet qu’au début quand ils célèbrent le retour des vainqueurs. L’excellent François Lis (Don Pedro) et le comédien Didier Sandre (rôle parlé de Léonato) complète avec brio cette distribution réunissant la fine fleur du chant français.

 

jordan - Philippe-Jordan-008Vive sans précipitations, légère et ferme, la direction de Philippe Jordan séduit dès les premières mesures d’une ouverture jamais bruyante malgré les éclats de cuivres, soutenant la ligne mélodique au-dessus des incises thématiques qui tentent toujours de l’éparpiller. C’est affaire d’équilibres et de dosages subtils entre les pupitres, et l’on cherche en vain un moment où les musiciens de l’Orchestre de l’Opéra national de Paris ne donnent pas à leur directeur musical tout ce qu’il peut attendre de cette lumineuse partition. Il faut espérer que le succès remporté par la soirée incitera l’Opéra de Paris à proposer ultérieurement une version scénique de l’ouvrage…

 

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Compte-rendu, Opéra. Paris, Palais Garnier, le 24 mars 2017. Berlioz : Béatrice et Bénédict. Avec Stéphanie d’Oustrac (Béatrice), Paul Appleby (Bénédict), Sabine Devieilhe (Héro), Aude Extrémo (Ursule), Florian Sempey (Claudio), François Lis (Don Pedro), Laurent Naouri (Somarone), Didier Sandre (Léonato). Orchestre et cœurs de l’Opéra national de Paris. Philippe Jordan (direction musicale). Stephen Taylor (mise en espace).

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