Compte rendu, opéra.OFFENBACH: La Périchole. Montpellier, Le Corum, Opéra Berlioz, Festival Radio France, Occitanie, Montpellier, le 11 juillet 2018. Romain Gilbert, Marc Minkowski

offenbach_jacques classiquenews 2016 portrait de jacques offenbachCompte rendu, opéra. La Périchole. Montpellier, Le Corum, Opéra Berlioz, Festival Radio France, Occitanie, Montpellier, le 11 juillet 2018, 20 h. Romain Gilbert, Marc Minkowski. Il grandira…car il est espagnol Si chacun a en tête « il grandira, il grandira… car il est espagnol », l’opéra-bouffe d’Offenbach recèle bien des trésors mélodiques d’une autre facture. L’histoire singulière du couple Piquillo – La Périchole, tenaillé par la faim, qui se verra anobli par un Vice-roi débauché après moult péripéties est connue. Le livret comme la musique ne comportent pas la moindre faiblesse. La raillerie des mœurs des puissants y est d’autant plus féroce que traitée avec légèreté. Après Salzbourg, en mai, avec une distribution qui comportait plusieurs de nos chanteurs, Marc Minkowski nous offre cette nouvelle production, dans sa version ultime, avec l’acte de la geôle. Le Festival Radio France Occitanie Montpellier s’est fixé pour mission de révéler nombre d’ouvrages tombés dans l’oubli, comme de jeunes interprètes instrumentaux et vocaux. Pour ce qui relève des productions lyriques, elles sont généralement données en version de concert, les chanteurs placés devant leur pupitre. C’est ce qui était annoncé pour La Périchole. Très heureuse surprise, ni pupitre, ni partition : les chanteurs – solistes comme choristes – connaissent fort bien leurs rôles. La mise en espace annoncée est ce soir une authentique mise en scène à ceci près qu’elle est réalisée sans décors ni éclairages spécifiques. La direction d’acteur, millimétrée, parfaitement aboutie de Romain Gilbert fait oublier le cadre de l’action. Les costumes, variés, à mi-chemin de la fantaisie débridée – à laquelle invite l’opéra-bouffe – et de la tenue de concert, participent également au rythme et à la vie de l’œuvre. Ainsi, à sa première apparition, le vice-roi (« incognito ») s’est-il enveloppé d’une cape noire qui laisse apparaître ses pieds nus. On le verra bientôt en caleçon sous son peignoir court. Au fil des scènes les changements de costume seront nombreux et toujours aussi bienvenus. Un régal pour l’œil autant que pour l’oreille. La direction de Marc Minkowski enflamme l’orchestre, mais aussi retient avec un lyrisme juste et discret les effusions de nos deux pauvres diables. Lorsque La Périchole rédige sa lettre, Thibault Noally, que l’on connaît davantage dans un tout autre répertoire, comme animateur des Accents, nous offre un magnifique solo. Séguédilles, boléro, fandango confèrent ce qu’il faut d’hispanismes, fussent-ils de pacotille, pour faire illusion : nous sommes dans un exotisme aussi convenu que savoureux. Elan, vigueur, mais aussi charme, élégance et raffinement donnent à cette musique une consistance, une noblesse qui tranche avec la trivialité dont certains la défigurent . Le dernier entracte, bien que concis, est un petit joyau, depuis l’intervention du basson jusqu’aux motifs facétieux qui nous rappellent que l’histoire n’est que fiction. Qu’il s’agisse de bouffonneries intrépides ou de scènes chargées d’émotion, ils tout aussi engagés. Les trois principaux rôles,La Périchole, Piquillo et le Vice-roi, sont idéalement assortis. Aude Extrémo, La Périchole, brûle les planches et s’épanouit au fil de l’ouvrage. La voix est solide, charnue, toujours intelligible. Sa vivacité, sa fraîcheur nous touchent, même lorsqu’elle est grise. La lettre est chantée admirablement, avec un orchestre de rêve. Gentil, incapable de méchanceté, ombrageux, une sorte de Papageno, que citera opportunément la flûte au moment où notre anti-héros tentera de mettre fin à ses jours, Piquillo nous émeut par sa sincérité, par-delà le caractère bouffe de l’intrigue. Lui aussi fait montre d’une voix chaleureuse, ductile, en parfait accord avec celle de La Périchole. Quant au Vice-roi, que campe Alexandre Duhamel, il est stupéfiant d’autorité, fut-elle grotesque, et d’énergie. Voix idéale et jeu pleinement convaincant, il mérite les acclamations que lui réserve un public conquis. Les trois cousines-dames d’honneur, auxquelles se joint Adriana Bignagni Lecca (à suivre) ne sont pas en reste, tout comme Don Miguel de Panatellas et Don Pedros de Hinoyosa ( Eric Huchet et Romain Dayez), talentueux comédiens et chanteurs de qualité. Les notaires -Enguerrand de Hys et François Pardailhé – sont également irrésistibles. Une production de qualité rare, dépourvue de toute vulgarité, que l’on aura plaisir à retrouver mise en scène à Bordeaux la saison prochaine. Compte rendu, opéra. La Périchole. Montpellier, Le Corum, Opéra Berlioz, Festival Radio France, Occitanie, Montpellier, le 11 juillet 2018, 20 h. Romain Gilbert, Marc Minkowski. Crédit photographique : © Marc Ginot – Festival Radio France Occitanie Montpellier

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