Compte-rendu, opéra. NANCY, Opéra, le 27 mars 2018. Verdi : Un Bal masqué. Rani Calderon / Waut Koeken.

NANCY : Un bal Masque a l'Opera National de LorraineCompte-rendu, opéra, Nancy, Opéra national de Lorraine, le 27 mars 2018. Verdi : Un Bal masqué. Rani Calderon / Waut Koeken. L’histoire est connue du roi épris de l’épouse de son meilleur ami, qui l’aime en retour, dans un contexte de complot. Le mari, témoin involontaire de cet amour demeuré platonique, tuera Gustave au cours d’un bal masqué. Comme dans Simon Boccanegra, de trois ans antérieur, le détenteur du pouvoir sacrifie son existence, investi d’une autorité qui dépasse sa personne. Entre tragédie et vaudeville, l’œuvre, dont la concision concourt à la vigueur dramatique, est marquée par le pessimisme, le désenchantement, malgré les lumières de la fête.

 

 

 

 

Le jeu des apparences

 

 

Verdi connaissait et appréciait l’opéra-comique français. A côté ou avec des scènes proches du grand opéra historique à la Meyerbeer, il en illustre ici les aspects les plus drôles de façon bienvenue. Cette production lui donne toute sa part, sans jamais tenter d’amoindrir ou d’estomper cette dimension, comme le font tant de réalisateurs. Le projet, ambitieux par les moyens mis en œuvre, a fédéré plusieurs maisons d’opéra dès son origine. Ainsi, la mise en scène est-elle signée Waut Kueken, directeur de l’opéra de Maastricht, dont l’expérience en la matière est solide. Le choix s’est naturellement porté sur la version première de l’opéra (melodramma), qui situe l’action dans la Suède de Gustave III. Décors et costumes renvoient à l’histoire sans tomber dans le travers de la reconstitution. La scène de la consultation d’Ulrica, devineresse, en gomme l’aspect  fantastique, tout comme la scène nocturne où Amelia cueille la mandragore au pied du gibet : la stylisation prévaut et concentre l’attention sur les acteurs et leur chant. Un ingénieux système de scène tournante autorise les changements à vue, avec de splendides décors, parfaitement appropriés.  Les costumes, que signe également Luis F. Carvalho, ne le sont pas moins.

 

 

 

NANCY : Armide a l'Opera National de Lorraine

 

 

 

Les arrêts sur image, la participation ponctuelle de danseurs, les mouvements collectifs du choeur nous réservent de beaux tableaux. Le troisième acte, celui du bal qui se déroule à l’opéra, nous vaut la plus belle surprise : le décor du San Carlo de Naples, avec le plafond en fond de scène et la superposition des plans des loges de part et d’autre, dans une perspective en contre-plongée.

La distribution, handicapée par un Gustavo peu crédible, se révèle par ailleurs de très haut niveau. Le rôle-titre est confié à un ténor verdien qui a fait ses preuves, familier de l’ouvrage qu’il a chanté à Macerata, Stefano Secco. Si le pouvoir est incarné par un homme frivole, séduisant et séducteur, Gustave III n’est pas le duc de Mantoue : le premier est adoré de ses sujets qui chantent ses vertus, il fait preuve d’une indéniable noblesse de caractère. Or, notre ténor, dont le jeu est dépourvu de toute distinction, trivial, est affecté d’une voix fatiguée, dont l’effort est constant et colore le timbre d’acidité. Défaillance passagère ? c’est ce que nous lui souhaitons. Giovanni Meoni incarne le Comte Anckarstroem. La voix est solide, bien timbrée, d’un style irréprochable (il est familier des emplois de Iago, Nabucco, entre autres). Baryton stylé, chantant, séduisant, il s’identifie idéalement à son personnage, et sa palette vocale et dramatique force l’admiration.

Les voix de femmes ont des amibitis sensiblement plus larges que ceux des hommes, particulièrement Ulrica, qui outrepasse largement les deux octaves, avec des sauts de registres impressionnants. Amelia est Rachele Stanisci, qui l’a déjà chanté à Tel-Aviv avec Zubin Mehta. En retrait au premier acte, elle s’affirme progressivement, comme son personnage, avec des moyens impressionnants, concourant à l’expression de la tendresse, de la passion, de la culpabilité, de la résolution. Ewa Wolak est Mademoiselle Aedvinson, Ulrica pour les intimes. Elle a chanté le rôle au Deutsche Oper de Berlin. C’est une extraordinaire contralto, engagée, d’une insolence vocale rare, à l’ambitus hors du commun. Ses graves sont profonds, ses aigus acérés, le medium est riche, la voix est puissante et bien timbrée. Oscar, le page, parfois bouffon, est Hila Baggio. Soprano  léger, elle campe avec bonheur un adolescent désinvolte, provocateur, naïf. La voix est riche, agile, et ses coloratures, bien conduites, s’inscrivent parfaitement dans la trame des ensembles.

 

 

NANCY : Armide a l'Opera National de Lorraine

 

 

 

Aucun des seconds rôles ne laisse indifférent. Philippe Nicolas Martin, dans le rôle du matelot, est un beau baryton, stylé, au jeu juste. Les comploteurs, Fabrizzio Beggi, le comte Ribbing, et Emanuele Cordaro, le comte Horn, sont d’excellentes basses, que l’on aura plaisir à réécouter. C’est aux artistes du chœur que sont réservés les rôles du juge et d’un serviteur, ce qu’ils assument parfaitement. Les interventions fréquentes du chœur sont autant de satisfactions : voix d’hommes, de femmes, chœur mixte, leur chant est clair, bien timbré, toujours intelligible, et leurs mouvements comme leurs chorégraphies réglés avec naturel et précision.
Rani Calderon, directeur musical de l’Opéra national de Lorraine, est familier de Verdi. Il a déjà dirigé ce Bal masqué à Santiago du Chili et à Toulon. Ce soir, l’Orchestre symphonique et lyrique de Nancy est galvanisé par sa direction et nous vaut un plaisir constant. Grand chef lyrique, rompu à toutes les subtilités de la partition, Rani Calderon dirige avec précision, de façon fouillée, toujours dramatique, contrastée à souhait, avec une attention constante au plateau. Malgré les faiblesses de ce Gustavo, une soirée exceptionnelle.

 

 

 

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Compte rendu, opéra, Nancy, Opéra national de Lorraine, le 27 mars 2018. Verdi : Un Bal masqué. Rani Calderon / Waut Koeken. Crédit photographique © C2Images pour Opéra national de Lorraine

 

 

 

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