Compte-rendu, opéra, Metz, Opéra Théâtre, le 16 juin 2017. Offenbach : Les Contes d’Hoffmann. Jacques Mercier / Paul-Emile Fourny

contes d hoffmann metz mercier fourny compte rendu sur classiquenewsCompte-rendu, opéra, Metz, Opéra Théâtre, le 16 juin 2017. Offenbach : Les Contes d’Hoffmann. Jacques Mercier / Paul-Emile Fourny. Inusables Contes d’Hoffmann, ils résistent à tous les traitements, toujours bien intentionnés mais aux résultats incertains… L’Opéra-Théâtre de Metz Métropole a choisi la version Oeser, elle-même largement fondée sur les quatre éditions de Choudens  dans l’année qui suivit la disparition d’Offenbach et la création de l’ouvrage.  Pourquoi  n’avoir pas fait appel à Jean-Christophe Keck, dont les écrits et les propositions font maintenant autorité ? Qu’à cela ne tienne, la musique seule importe. La distribution, largement française, doit être le gage du respect de l’esprit qui anime cette œuvre singulière. On connaît Paul-Emile Fourny pour être l’un des rares metteurs en scène qui s’effacent humblement devant les ouvrages qu’ils servent. Enfin, à la direction, un autre serviteur attentionné de la musique française, parfaitement dans son emploi : le chef Jacques Mercier. La soirée s’annonce donc prometteuse.

 

 

 

Le plaisir doit-il soupirer ?

 

 

Le rideau ne s’ouvrira qu’après que la Muse – dont la belle robe Empire emprunte la texture et les couleurs – ait chanté ses couplets. Un castelet dans une cour pavée  sur laquelle débouche un porche constituera le cadre unique des trois actes. Quelques accessoires, des lumières appropriées, la figuration humaine d’une gondole pour l’acte vénitien suffiront à caractériser le décor de chacun. La mise en scène sage de Paul-Emile Fourny  nous vaut de beaux tableaux, ainsi le finale de l’acte d’Antonia, avec la chorégraphie des choristes dans les loges d’avant-scène, ainsi les trois miroirs qui vont traduire la perte du reflet de Hoffmann. Inventive et intelligente, cette lecture surprend aussi parfois par la trivialité gratuite de quelques gestes. La direction d’acteurs ne parvient pas à rendre crédibles quelques personnages, au jeu dramatique déficient. Une surprise : Hoffmann est trompettiste et va improviser en introduisant l’épilogue. Jean-Pierre Furlan, qui le campe, l’enregistrait en début de carrière, en 1991. Son engagement est total, constant mais accuse l’âge : non seulement le timbre est altéré, malgré de beaux aigus en force, mais la tension qu’il impose au chant nous laisse mal à l’aise, d’autant que sans le surtitrage ou la bonne connaissance du livret, certaines phrases sont difficiles à comprendre. La routine aurait-elle gommé cette diction française, cet art consommé avec lequel les interprètes du siècle passé nous ravissaient ? La distribution, fidèle aux volontés du compositeur, confie les quatre personnages féminin (Stella et ses trois avatars : Olympia, Antonia et Giulietta) à une seule cantatrice : Norah Amsellem. Rôle écrasant à la fois par l’abondance des numéros, mais surtout par la diversité des registres. Entre le soprano léger d’Olympia, le soprano lyrique d’Antonia et le soprano dramatique de Giulietta, entre la fraîcheur juvénile de la fille de Crespel et la sensualité brûlante de la Vénitienne vénale, il y a des mondes ; bien rares les interprètes  dont la réussite est égale dans chacune de ces figures (Sutherland, Sills et Dessay plus près de nous).
L’ Olympia de Norah Amsellem nous laisse perplexe : poupée raide, mécanique, un peu vulgaire, sa composition, tributaire de la mise en scène, et son chant déçoivent. Les vocalises sont savonnées, les traits laborieux. Antonia  sera davantage habitée, frémissante, palpitante, résignée. Giulietta  vit intensément, avec gourmandise cette existence frivole.

Jordanka Milkova est la révélation de ces Contes d’Hoffmann. Si Offenbach lui accorde peu d’airs (deux pour la Muse, un pour Nicklausse), les récitatifs, les dialogues et ensembles abondent. La mezzo bulgare, dont le français est irréprochable, fait montre de toutes ses qualités vocales et dramatiques tout au long de l’ouvrage.  La tessiture est large, avec des graves sonores et des aigus aisés, voix solide avec une belle conduite et une ligne qui n’appellent que des louanges. La légèreté, la vivacité espiègle de l’ange gardien d’Hoffmann sont parfaitement traduits. Un grand bravo ! Le baryton Homero Pérez-Miranda nous vaut quatre maléfiques adversaires d’Hoffmann : Le conseiller Lindorf, Coppélius, le marchand d’yeux, le satanique Docteur Miracle et enfin le capitaine Dapertutto. La voix est pleine, sonore, avec un art consommé de la nuance et du legato. La composition souffre seulement de la banalisation de la noirceur des diables tourmenteurs, sans doute un choix de mise en scène. Raphaël Brémard, qui incarne les quatre serviteurs (Andrès, Cochenille, Frantz et Pittichinaccio) est un très beau ténor, à la voix claire, au beau timbre et à la diction parfaite. Nul doute qu’il aurait pu aisément chanter Hoffmann, avec bonheur. De surcroît, son aisance, son jeu dramatique confèrent  à ses personnages une présence, une vie qui nous réjouissent.  Aucun des petits rôles ne déçoit, si ce n’est le jeu emprunté d’un Crespel (Luc Bertin-Hugault), peu crédible alors que la figure du père est propre à susciter l’empathie.
Les fréquentes interventions du chœur sont essentielles à l’ouvrage et connaissent ici une dimension rarement rencontrée : Les chanteurs de l’Opéra National de Lorraine (Nancy) se sont associés à ceux de Metz et le résultat est proprement magistral. L’ensemble est toujours précis, juste, nuancé, articulé remarquablement. Toutes les combinaisons offertes par la partition sont autant de moments de bonheur, d’autant que leur présence scénique s’avère idéale. Il est vrai que, ménageant toujours les équilibres,  la direction attentive de Jacques Mercier confère au chœur et à l’orchestre un élan, une vie dont le plateau est trop privé. Les couleurs sont idéales. Les valses sont…des valses, dynamiques, élégantes, racées.  Il donne à l’acte d’Antonia  toute sa transparence, sa fragilité comme sa gravité tragique.  Le chef porte à l’incandescence l’acte de Venise, sensuel, bondissant. Les solistes, le violoncelle et le hautbois, sans oublier la flûte et la harpe, répondent parfaitement à nos attentes.  Un bilan globalement positif, malgré les faiblesses de certains.

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Compte-rendu, opéra, Metz, Opéra Théâtre, le 16 juin 2017. Offenbach : Les Contes d’Hoffmann. Jean-Pierre Furlan, Norah Amsellem, Jordanka Milkova, Homero Pérez-Miranda, Raphaël Brémard… Orchestre National de Lorraine, Jacques Mercier, direction. Paul-Emile Fourny, mise en scène.

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