Compte-rendu, opéra. Dijon, le 18 mars 2018. Verdi : Simon Boccanegra. Rizzi Brignoli / Himmelmann

boccanegra verdi opera dijon himmelmann brizzoli la critique par classiquenewsDijon. Auditorium, le 18 mars 2018. Giuseppe Verdi : Simon Boccanegra. Vittorio Vitelli, Keri Alkema, Gianluca Terranova, Armando Noguera, Luciano Batinic. Roberto Rizzi Brignoli, direction musicale. Philipp Himmelmann, mise en scène. Peu donné, le Simon Boccanegra verdien méritait une nouvelle production dans l’Hexagone, c’est chose faite grâce à Laurent Joyeux et son Opéra de Dijon. Merci donc d’avoir permis au public de redécouvrir cette œuvre singulière dans le corpus du compositeur, remaniée vingt-quatre ans après sa création initiale en 1857. Grâce à Arrigo Boito, l’ouvrage gagne ainsi en cohésion et en dramatisme, se rapprochant ainsi d’Otello et Falstaff qui suivront.  Par notre envoyé spécial à Dijon, Narciso Fiordaliso

 

 

Sombre Boccanegra

 

Le metteur en scène allemand Philipp Himmelmann a choisi de mettre en exergue l’enfermement des personnages, physique autant que mental, grâce à l’oppressant décor d’un palais aux murs défraichis, surplombés par deux immenses ventilateurs qui tournent en vain. Sur le mur du fond, un tableau représentant la mer, changeante au fil des scènes, seul concession à l’atmosphère marine que porte en elle la partition. Ouvrant et refermant le spectacle, un cube du plafond duquel pend le cadavre de la femme de Simon, accompagné d’un véritable cheval en chair et en os. Ce corps sans vie, le doge le rejoindra au moment d’expirer, moment d’une émotion poignante.
Toutefois, la Gênes du 14e siècle qui abrite l’intrigue nous manque parfois, notamment au cours des scènes de foule, où on aimerait assister au cérémonial qui avait cours à l’époque, plutôt que de voir défiler, comme souvent, tailleurs et complets-vestons. La direction d’acteurs, inégale, parait avoir été concentrée sur Simon et Fiesco, Amelia et Adorno paraissant parfois livrés à eux-mêmes. Mais on apprécie sans réserve l’utilisation saisissante qui est faite de l’ombre, les personnages paraissant apparaître depuis l’obscurité.
Vocalement, la maison dijon peut se vanter d’avoir réuni un très beau plateau. Reconnaissons que l’acoustique semble disperser les voix dans l’espace, ce qui leur ôte de l’impact, seules celles bénéficiant d’une émission mordante et concentrée réussissant à parvenir jusqu’à nous.
Ce qui est le cas de Vittorio Vittelli et Keri Alkema. Le premier incarne un Simon très convaincant, plein de grandeur et d’humanité, faisant chatoyer les couleurs mordorées de son superbe timbre, authentique baryton Verdi, et croquant dans les mots à pleines dents, en grand tragédien. La seconde nous revient avec un instrument large et généreux, capable de belles nuances et faisant admirer à loisir son beau sens musical. Vaillant et engagé, Gianluca Terranova offre de Gabriele Adorno un portrait attachant, sincèrement amoureux et plein de fougue. Malgré une émission vocale peu orthodoxe, il phrase superbement son air et claironne joyeusement quelques beaux aigus.
Paolo Albani insideux et vipérin, Armando Noguera réussit une composition parfaitement détestable de son personnage. Vocalement, il se tire sans effort de sa partie, seule une émission un rien grossie nous paraissant le signe d’un répertoire peut-être abordé prématurément.
Tonnant d’une voix de stentor, Luciano Batinic se montre néanmoins très émouvant en Fiesco durant le dernier acte, tiraillé entre vengeance et droiture.
Aux côtés de seconds rôles très bien campés, on salue bien bas un chœur excellemment préparé, d’une belle homogénéité et d’une superbe plénitude sonore.
Dans la fosse, on retrouve avec bonheur Roberto Rizzi Brignoli, peut-être l’un des meilleurs chefs verdiens actuels. Il prouve encore une fois ses affinités avec cette musique qui parait couler de source sous sa baguette, ne relâchant jamais la tension du drame, ciselant une pâte orchestrale somptueuse et galvanisant les musiciens, pour se mettre au seul service de la musique. Bravo, maestro.
Une belle réussite à porter au crédit de l’Opéra de Dijon, saluée par un public visiblement conquis et heureux.

 

 

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Dijon. Auditorium, 18 mars 2018. Giuseppe Verdi : Simon Boccanegra. Livret de Francesco Maria Piave d’après Gutiérrez, révision d’Arrigo Boito. Avec Simon Boccanegra : Vittorio Vitelli ; Maria Boccanegra / Amelia Grimaldi : Keri Alkema ; Gabriele Adorno : Gianluca Terranova ; Paolo Albiani : Armando Noguera ; Jacopo Fiesco : Luciano Batinic ; Pietro : Maurizio Lo Piccolo ; Un Capitaine : Stefano Ferrari ; Une Servante : Sarah Hauss. Chœur de l’Opéra de Dijon ; Chef de chœur : Anass Ismat. Orchestre Dijon Bourgogne. Direction musicale : Roberto Rizzi Brignoli. Mise en scène : Philipp Himmelmann ; Décors : Etienne Pluss ; Costumes : Kathi Maurer ; Lumières : Fabrice Kebour

 

 

 

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