Compte-rendu, Festivals. FORMAT RAISINS, Prieuré de La Charité-sur-Loire, le 9 juillet 2017. « Huit », Chœur Arsys Bourgogne. Mihàly Zeke, direction.

Arsys_BourgogneParis_20161109_copyrightConradSchmitz-067Compte rendu critique, festival. FORMAT RAISINS, la Charité sur Loire, Prieuré, le 9 juillet 2017. Choeurs Arsys Bourgogne. « Huit », JS Bach, Scelsi, Machuel. Mihàly Zeke, direction. Ce dimanche 9 juillet, le Prieuré de la Charité sur Loire, appelé aussi « La Cité du mot » accueille dans le cadre du festival Format Raisins, un concert de musique choral,… suivi selon la tradition bien connue des festivaliers, de la dégustation d’un vin local  – parmi les 7 cépages des vins du Centre, qui sont associés ainsi au Festival depuis plusieurs années ; parfums, couleurs, saveurs envisagent un nuancier d’accents et de teintes dont les 8 chanteurs solistes du Chœur Arsys Bourgogne ont préalablement lors du concert de 17h, éclairci et explicité le vaste spectre.

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Le programme est l’un des plus audacieux que nous ayons écouté, dont les enchaînements entre JS Bach et Scelsi, indiquent la prise de risque assumée et le désir de partager une expérience inédite. La succession précise aussi de la part du nouveau chef d’Arsys, Mihàly Zeke, un sens rare des réponses et des dialogues entre les pièces : le déroulement des séquences cultive ainsi tout un réseau de résonances, de correspondances qui renforcent la cohésion musicale : ici, l’appel exprimé par le Machuel (Kyrie / Psaume 50 opus 25 de 2003) trouve sa résonance conciliatrice dans le Bach qui suit immédiatement : ainsi quand le ténor Martin Candela, à la prosodie parfaite, exhorte « Rends moi le son de la joie et de la fête », le Motet du Cantor à Leipzig qui suit immédiatement (Der Geist hilft unser Schachheit auf, BWV 226 – 1729), à la fois laudatif et célébratif, exauce les aspirations du Machuel. On passe d’une partition l’autre avec un rare esprit de continuité poétique.

Alterner subtilement l’articulation et l’éloquence de Bach avec l’ombre énigmatique de Scelsi, relève d’un défi inouï pour le chanteur qui est le guide entre des mondes enchaînés pourtant musicalement plus que distincts: passer de l’allemand rythmique, qui exige flexibilité et articulation, sans omettre l’intériorité d’une foi constructive,… au travail sur la projection, la ligne vocale , l’infini du mystère le plus allusif… tels qu’ils s’affirment chez Giacinto Scelsi, exige une concentration constante, un parcours qui vécu et défendu par le corps entier, exige toutes les ressources disponibles ; avec en prime, le risque de dispositifs divers qui varient à de nombreuses reprises. Le choeur s’écarte de la frontalité du concert classique : il exploite l’ampleur du lieu, « osant » une disposition qui entoure les spectateurs.

 

 

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Répartis en deux chœurs, placés de chaque côté du public, à l’avant (scène) et à l’arrière, les 8 solistes se mêlent, en duos recomposés, caractérisés : sopranos et basses ; ténors et altos féminins (Bach)… C’est un dispositif semé de risques mais déjà observé chez Monteverdi (Vespro) ou chez Bach et certains Baroques Français du XVIIè (Charpentier), – quand Les Arts Florissants et William Christie relèvent eux aussi le défi du mélange des timbres, créant une mosaïque sonore, aux scintillements picturaux, et tout un nuancier inédit.
Au Centre du public, le chef, pupitre parmi les spectateurs, dirige les 2 groupes de chanteurs, d’une main preste et précise, toujours soucieux du verbe. Un défi d’autant plus aigu dans les murs de la “Cité du mot”.

 

 

Rencontre avec Mihaly Zeke, directeur artistique d'ARSYS BourgogneL’idée de tisser un parcours méditatif et expressif mais toujours magistralement intérieur, entre Bach et Scelsi s’avère saisissant : Mihàly Zeke construit l’édifice choral à partir de 3 pièces majeures du compositeur italien : Tre canti sacri de 1958, chacune associée aux Motets de Bach ; soit Angelus qui ouvre le concert, puis Requiem (de loin la pièce la plus puissante et glaçante), enfin l’énigmatique et tendu, Gloria, à la fois électrique et étrange, qui referme le programme dans l’ombre et le questionnement au delà de la note et du mot. Dans une langue inouïe qui est souffle, respiration, frottements… Silence. Finalement Scelsi nous fait entrevoir l’infini invisible, éprouver l’aspiration de l’inconnu.
La sensation quasi organique du verbe incarné (r roulés, sons gutturaux, rauques, graves sépulcraux, entonnés comme des trompettes tibétaines…), ouvrent des gouffres inédits, façonnent une évocation fantomatique et concrète où les voix en accents ténus (demi-tons), aux harmonies primitives, réinventent la sonorité du lugubre et du recueillement le plus intime. Immédiatement le son devient espace, et l’espace, temps d’une révélation suspendue. Avec d’autant plus de sourdes déflagrations qu’à l’extérieur, gronde et résonne le tonnerre d’un formidable orage … un magicien au théâtre n’aurait pas créé meilleure spacialisation. Mémorable.

 

 

 

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Compte rendu, Festivals. FORMAT RAISINS, Prieuré de La Charité-sur-Loire, le 9 juillet 2017. « Huit », Chœur Arsys Bourgogne. Mihàly Zeke, direction.

G. Scelsi / Tre canti sacri : Angelus
Johann Sebastian Bach / Lobet den Herrn, alle Heiden BWV 230
Thierry Machuel / Psaume 50
J.S. Bach / Der Geist hilft unser Schwachheit auf BWV 226
J.S. Bach / Ich lasse dich nicht, du segnest mich denn BWVAnh 159
G. Scelsi / Tre canti sacri : Requiem
J.S. Bach / Komm, Jesu, komm BWV 229
J.S. Bach / Fürchte dich nicht, ich bin bei dir BWV 228
G. Scelsi / Tre canti sacri : Gloria

 

 

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Illustrations : © Choeur Arsys / Mihàly Zeke Conrad Schmitz / concert du 9 juillet 2017 © Céline Pourtier 2017 pour Format Raisins

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