Compte-rendu festival Les Solistes à Bagatelle, 2 sept 2018, récitals S Mazari et J-P Gasparian, piano

selim mazari piano photo de B bezias portrait critique concert par classiquenewsCompte-rendu festival Les Solistes à Bagatelle, 2 septembre 2018, récitals Sélim Mazari et Jean-Paul Gasparian, piano, Scarlatti, Beethoven, Debussy, Chopin, Ravel, Boulez. Au festival Les Solistes à Bagatelle, la scène est offerte sans aucune hiérarchie aux artistes, que le pianiste soit une pointure internationale, ou qu’il fasse partie de la jeune et talentueuse génération à découvrir ou à suivre: Sélim Mazari, 26 ans (photo ci contre), et Jean-Paul Gasparian, 23 ans, sont de ceux qu’il faut absolument découvrir, si cela n’est pas déjà fait, et suivre. Ce dimanche 2 septembre, Sélim Mazari, remplaçant au pied levé Nathanaël Gouin, souffrant, au concert de 18 heures, a conquis un public venu nombreux. Jean-Paul Gasparian a quant à lui confirmé sa déjà solide réputation de valeur montante du piano français.

 

 

 

Sélim Mazari et Jean-Paul Gasparian à Bagatelle

 

 


Changement de programme en effet, pour commencer: on n’entendra pas comme prévu la création l’œuvre de Rodolphe Bruneau-Boulmier « A las cinco de la tarde », que devait jouer entre autres Nathanaël Gouin, mais un florilège du plus beau répertoire pianistique depuis Scarlatti jusqu’à Debussy. Sélim Mazari dans un calme souverain ouvre le concert avec deux sonates de Scarlatti (K 87 en si mineur, et K 162 en mi majeur). L’air léger et transparent, la lumière radieuse et douce de l’été finissant semblent avoir imprégné son jeu, délicat, aéré, serein et ample, pétillant et spirituel à souhait dans les épisodes vifs, doucement nostalgique dans la première. Avec le même naturel, et la même sérénité, sa sonate n°31 opus 110 de Beethoven avance dans une fluidité allant de soi. Les enchaînements, les transitions sont remarquablement réalisés, sans rupture aucune, laissant à l’auditeur cette agréable sensation d’un chemin sans embuches, sans entraves. L’œuvre se construit au fil des pas, dans une noblesse de ton et de pensée, qui n’exclut ni la ferveur (première fugue), ni le sentiment de profond accablement, ni la jubilation triomphante. Une interprétation d’une grande hauteur de vue, dans un esprit d’humilité et d’humanité de bonne augure, dépourvue d’éclats superflus. Que de poésie ensuite dans Debussy, et cet indicible mystère qui doit émaner de sa musique! Admirables « Cloches à travers les feuilles » au climat ici encore profondément calme, onirique même, aux arrières plans fondus vibrant presque imperceptiblement, sous les sonorités doucement timbrées des bribes mélodiques. Sélim Mazari ne force pas le trait dans « Poissons d’Or » , ni même la brillance, mais plutôt traduit l’impalpable, l’insaisissable fugacité qui donne tout le charme à cette « Image ». Chopin nous fait découvrir une autre facette du musicien: le jeu est tourmenté, éruptif, dans le centre du nocturne opus 55 n°1, puis surtout dans le Scherzo n°3 opus 39, parfaitement dominé jusqu’à la tornade finale. En bis « la Fileuse » de Mendelssohn donne sa dernière touche joyeuse au programme, dans une vivacité toute aérienne.

gasparian piano critique concert crtiique cd par classiquenewsJean-Paul Gasparian donne des Valses nobles et sentimentales de Ravel, une interprétation pensée, structurée, et loin d’en faire des pièces de salon enchaînées avec superficialité, uniformité, les habite, va chercher au cœur de chacune son esprit, son humeur, sa poésie, son univers intérieur, les confronte dans leur succession. Les timbres sont travaillés en profondeur dans un contrôle absolu du son, du poids sur chaque note. Il y a quelques mois, on avait entendu « Incises » de Boulez alors qu’il venait à peine de se pencher sur l’œuvre. L’on avait déjà remarqué l’intelligence de son approche. Le temps faisant, elle a fait son chemin: le pianiste investit à présent l’œuvre avec ardeur et vigueur, fièvre même, dans une énergie libérée, déployée cette fois sans retenue. C’est prenant d’un bout à l’autre! Jouer les quatre Ballades de Chopin en concert relève d’une gageure qui n’est pas à la portée de tous les pianistes. Jean-Paul Gasparian à aucun moment ne faillit, maintenant, après l’introduction d’Incises, une densité de jeu de tous les instants, avec une technique qui n’a plus rien à prouver, et un sens de la construction non moins abouti, dans un engagement total. Des envolées épiques aux passages suspendus, de l’intériorité aux effusions lyriques, tout est dominé dans une plénitude du son et de l’expression encore plus manifeste qu’elle ne l’était déjà chez ce jeune pianiste. Quelle rondeur et aussi quelle belle ligne au début de sa troisième Ballade! Combien de pianistes morcellent ce début! Une conception qu’il doit sans doute à Pollini…Porté par l’accueil sans réserve du public, il donnera en bis, sans doute pour faire écho au jardin environnant et à ses folies, « Pagodes » et « Jardins sous la pluie » extraits des Estampes de Debussy: sonorités somptueuses, chatoyantes comme la soie dans Pagodes, et toucher on ne peut plus vif et impétueux dans Jardins sous la pluie. Pour finir, la polonaise Héroîque opus 53 de Chopin, triomphante et éclatante, comme la cerise sur le gâteau!

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Compte-rendu festival Les Solistes à Bagatelle, 2 septembre 2018, récitals Sélim Mazari et Jean-Paul Gasparian, piano, Scarlatti, Beethoven, Debussy, Chopin, Ravel, Boulez.

ILLUSTRATIONS : Gasparian: ©Jean-Baptiste Millot / Mazari : ©Benjamin Bézias.

 

 

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