Compte rendu, festival. Itinéraire Baroque (Périgord), 30 juillet – 2 août 2015 (14ème édition, direction artistique: Ton Koopman)

itineraire-baroque-perigord-festival-tom-koopman-2015Compte rendu, festival. Itinéraire Baroque (Périgord), 30 juillet – 2 août 2015 (14ème édition, direction artistique:  Ton Koopman). Le mois d’août, alors que le silence sillonne les villes en absence, au creux des vallons et forêts la musique vole de clocher en clocher dans l’Itineraire Baroque en Perigord Vert. Ce festival, à l’orée de sa 15ème édition est le plus beau témoignage de l’alliance du patrimoine et de la musique. Fondé comme une grande réunion familiale par Ton Koopman, on est en balade, en partage au coeur des campagnes, des prés et des vallées de cette région à l’orée des mystères.

A Antoine, Ariane, Elie, Bas, Donatien, Florie et Joe.

“Voyez dans la nuit brune sur le clocher joli, la lune comme un point sur un i”

 

 

 

itineraire-baroque-perigord-festival-tom-koopman-2015Brantôme, Abbaye. Jeudi 30 juillet 2015. Il pianto d’Orfeo. Deborah Cachet – soprano. Scherzi Musicali. Direction, chant, théorbe – Nicolas Achten. Alors que les premières lueurs du crépuscule caressaient la frondaison des bois de la vallée de Brantôme, notre parcours commença dans cet Itinéraire surprenant. Brantôme est enfouie sous une marée verte et des hautes falaises, forteresse imprenable offerte par la nature. Traversée ça et là par un vol d’hirondelles sur les miroirs étincelants des méandres de la Dronne. à l’Ouest se dresse fièrement, contre la muraille blanche du calcaire millénaire, l’Abbaye de Brantôme. Allure palatiale et dont le clocher contemple la ville depuis plus de mille ans. C’est au coeur de la chapelle de Saint-Sicaire que Orphée allait retrouver sa lyre et sa voix pour charmer la pierre et briser l’obscurité.  Le relicaire monumental de Saint-Sicaire, avec son groupe sculptural dramatique brisait la monotonie de la pierre blanche avec son ombre formidable et menaçante, une sorte de cerbère protéïforme.

Lors de la première note, c’est Orphée lui même qui hanta le théorbe de Nicolas Achten, nouveau trouvère venu pour nous émouvoir au sein du Périgord. Fable enchanteresse en musique que celle du musicien absolu. Orphée est le seul héros dont la force est autrement que physique, c’est la musique qui est son gourdin, sa foudre et son glaive. Pour une époque qui emprisonne l’art dans des esthétiques économiques, c’est une belle manière de libérer par le chant les beautés inattendues, ce concert est un acte de foi, un manifeste.

Le récital, reprenant peu ou prou le programme du disque éponyme, est une narration de l’histoire d’Orphée, depuis ses premiers émois avec Eurydice jusqu’à sa mort tragique et sa mystification, une sorte aussi de martyre éloquent dans une chapelle à la gloire d’un saint innocent. Comme quoi, les coïncidences font cohabiter l’imaginaire humain malgré les cultes et les âges.

Compulsant dans les belles partitions de Peri, Caccini, Sartorio, Rossi et Monteverdi, Nicolas Achten et sa troupe incroyable de joyeux interprètes nous offrent une belle soirée. Equilibrée, nuancée et aux couleurs chatoyantes, la musique émise par les membres des Scherzi Musicali fait la part belle à l’inventivité et l’ornementation heureuse.

Côté voix, Deborah Cachet, très jeune soprano campe assez bien les tourments d’Eurydice. Malgré quelques raideurs dans l’émission et une interprétation parfois trop sage, elle tire bien son épingle du jeu, étant tour à tour l’amante, le fantôme et l’égérie. Nicolas Achten, formidable en théorbiste et en baryton, campe un Orphée touchant de bout en bout, ayant l’émotion à fleur de peau.

A la fin des musiques, sur les toits de vieille ardoise de Brantôme, le noir de la nuit célébrait en diamants l’histoire d’Orphée, et la Dronne à ses pieds, semblait murmurer les échos de son immortalité musicale. Le lendemain allait se lever avec une journée au cœur des champs, dans le village de Cercles, pour d’autres festivités.

 

 

 

itineraire-baroque-perigord-festival-tom-koopman-2015Baroque en cercles, vendredi 31 juillet 2015. Le ciel se couvrit soudain d’une pelisse de zibeline, gardant tel un avare la perle dorée que le feu de Phébus offrit à l’été, la matinée se refroidit malgré le méridion. Et là, gravita entre les pierres blanches, la résine nouvelle et les fruits à mûrir un halo de fraicheur et de mélancolie.  La pluie allait venir par l’Est, les champs secs allaient certainement retrouver des nouvelles fleurs. Au coin de quelques villages, de clocher en clocher la brise ramena un soupir vers les monuments aux morts de chaque place, de chaque marché. Soudaine pensée qui fait un souvenir des ensevelis de l’Histoire, l’on saisit  dans ces contrées silencieuses l’émotion du vers d’Aragon : « Soudain vous n’êtes plus qu’un mot d’or sur nos places (…) soudain vous n’êtes plus que pour avoir péri ».  L’itinéraire est une route vers des nouvelles mémoires dans ces villages et ces champs.  Ce Vendredi c’était le tour de Cercles, posé autour d’une église aux voluptés romanes, sobres et chastes mais aux mystères intacts.

Cercles et sa célébration dans l’Itinéraire baroque avait le goût des promenades familiales du dimanche, de ces festins joyeux aux grandes tablées.  Devant l’église, la famille de cet Itinéraire se pressait pour, pendant toute une journée se croiser en musique dans l’Eglise de Cercles, comme une communion à plusieurs voix, un orgue humain qui ne chante pas mais entend.

 

 

 

itineraire-baroque-perigord-festival-tom-koopman-2015koopman tom festival perigord itineraire baroque festival tom koopmanQUATRE FOIS QUATRE - 12h. Intégrale des Concerti à Quatre clavecins de Johann Sebastian Bach (Transcriptions des concerti de Vivaldi / arrangements de Ton Koopman). AMSTERDAM BAROQUE ORCHESTRA – Ton Koopman. On connaît aisément les concerti pour clavecin du Cantor de Leipzig, certainement composés pour des représentations brillantes avec les membres de la famille Bach.  On savait aussi que Bach avait arrangé lui-même pour ces œuvres là des concerti de Vivaldi. Sans faillir au respect du style et de l’arrangement, c’est Ton Koopman qui nous offre ici une véritable intégrale, ayant fini par arranger les concerti du Preste Rosso que Bach n’a pas arrangé ou qui demeurent perdus.. L’exercice est plus que risqué et pouvait tomber dans la parodie. Cependant, la surprise demeure, sous les doigts alertes de Ton Koopman et de trois autres clavecinistes formidables, on retrouve un sens à cette intégrale, c’est une restitution, très très loin d’une quelconque caricature, c’est une création.  Nous espérons que cette nouvelle reconstitution parviendra aux générations futures avec un enregistrement.  Hélas nous avons, néanmoins, remarqué avec étonnement un léger manque de justesse et d’énergie dans le Concerto pour Deux Clavecins dirigé par la Konzertmeister Catherine Manson.  En absence de Ton Koopman, Catherine Manson a manqué d’une réelle cohésion avec les musiciens, laissant les tempi tomber un peu dans une lourdeur inexplicable. Néanmoins nous tenons à remarquer l’excellent altiste James Crockatt, son d’une richesse formidable et d’une énergie véritable.  Cependant, pour le Largo, c’est grâce au violon de Catherine Manson que les couleurs les plus belles ont été mises en évidence, l’émotion alliée à un sens très juste de la partition nous ont émerveillés.
Entreprise singulière que cette intégrale aux réverbérations vénitiennes, Ton Koopman et son incomparable équipe ont relevé le défi en engageant leur énergie dans une architecture solide et originale.

A la sortie du concert, le soleil apparut comme un invité de plus à la grande table familiale du midi.

 

 

 

itineraire-baroque-perigord-festival-tom-koopman-2015BRISK joue Bach - 16h30. BRISK : Marjan Banis, Susanna Borsch, Bert Honig, Alide Verheij. Transcriptions de Johann Sebastian Bach et créations de Toek Numan et Guus Janssen. Tout à coup le vent se leva, il poussa doucement le public vers l’intérieur de la petite église de Cercles pour un curieux concert. BRISK est un ensemble de flûtes à bec néerlandais. Une sorte de consort de vents. Avec plusieurs tessitures, le langage de la flûte à bec et les transcriptions sont enrichies avec éclat. Nous découvrons notamment le fil conducteur de l’Itinéraire baroque dans les œuvres de Johann Sebastian Bach et, en miroir des splendides créations composées pour l’occasion par des compositeurs néerlandais.  Il est étonnant le vent qui nous vient des Pays-Bas, empreint de couleurs, d’artifices et d’énergie. Nous avons été conquis par l’équilibre dans la transcription, l’inventivité des reliefs et l’investissement intense et sincère dans les créations. BRISK a réveillé en un coup de vent les accents les plus profonds du génie musical du baroque au contemporain.

 

 

itineraire-baroque-perigord-festival-tom-koopman-2015LA NUIT DU QUATUOR – 20h30. London Haydn Quartet. La nuit à Cercles le silence l’emporte. Mais comme dans les anciennes retraites aristocratiques, le soir invite à la contemplation oisive de la musique de chambre. Evidemment pas de nuit musicale sans les chefs d’œuvres de Haydn pour quatuor à cordes.  En effet de tous les maîtres du genre, c’est étonnamment le moins revisité, peut-être par le caractère monumental de sa production mais aussi par un léger manque de curiosité. Dans ce programme tout en subtilité Haydn et Mozart (dans sa sublime Quintette) cohabitent comme, de leur vivant, deux frères et deux amis. Pour interpréter ces chefs d’œuvre, reposants et contemplatifs,  c’est le London Haydn Quartet de Catherine Manson qui s’est invité dans cette soirée de Cercles.  Le savoir faire britannique dans l’interprétation du genre est une garantie pour la réussite de ce concert. Hélas, une certaine étrangeté a flotté dans les attaques et les mouvements des quatuors. Comme si l’hésitation dominait plus qu’une détermination. Par ailleurs, quelques fragilités de justesse se sont manifestées, certainement à cause des hésitations dans l’attaque. Néanmoins l’ensemble des interprètes ont un certain équilibre qui ne démérite pas d’élégance et de couleur.
Après la pause c’est le tour de Mozart. Malgré le caractère enjoué de la partition, on a sensiblement senti le crève-cœur dans chaque intervention de la clarinette exceptionnelle de Eric Hoeprich.  Ce véritable maître dans l’interprétation nous a ravi par la clarté et la justesse, une sensualité empreinte de mélancolie. Comme un souvenir nostalgique au cœur du tohu-bohu d’une fête,  les interventions de la clarinette, inventives et multicolores nous ont ému et convaincu juste par leur simplicité.

Cercles se vide petit à petit du public qui l’habita pendant une demi-journée, la musique restera sans doute, résonnante et pétrifiée dans le souvenir des murs de son église. Entre les pilastres romanes et les pierres multi séculaires de son cimetière, Cercles a défié les heures et le sablier véloce en musique, dans un Itinéraire qui nous mena toujours plus loin, au bout des mystères intimes d’un Périgord ouvert aux émotions.

 

Catherine Manson – violon
Michael Gurevich – violon
James Boyd – alto
Jonathan Manson – violoncelle

Eric Hoeprich – clarinette

Haydn – Quatuors op 55 n°1 en La majeur et op 54 n° 2 en Do mineur
Mozart – Quintette pour clarinette en La majeur (KV581)

 

 

 

itineraire-baroque-perigord-festival-tom-koopman-2015Samedi 1er Août 2015 – ITINÉRAIRE BAROQUE : La baroque en campagne ! Le réveil se fait présent au cœur du charmant bourg de Mareuil sur Belle, au fond du jardin centenaire on entend entre deux rayons de soleil, couler le ruissellement d’un affluent de la Belle. Évocation des champs et des bois, tournant dans cette région aux anciennes écorces et à la pierre grisée par le temps. Au loin, vers la sortie du village, la ruine magnifique du Château, ancien repaire des Talleyrand-Périgord, et nid d’aigle d’un des faucons de Bonaparte, le Maréchal Lannes. Pendant toute une journée c’est le principe même du festival Itinéraire baroque qui allait être développé : une visite itinérante d’une grande partie du département avec des étapes musicales au sein d’églises, pour la plupart méconnues. Grâce aux présentations liminaires de Alain de la Ville dans le programme général, notre plongée dans le patrimoine religieux de cette verte région allait être moins mystérieuse. En règle générale, comme l’explique M. de la Ville, l’ensemble de ces hauts lieux du Périgord mérite une restauration et une protection efficace. Ce n’est pas par un souci de culte, mais pour préserver l’œuvre humaine, le témoignage d’une époque et l’expression primordiale de l’art et de la culture.

 

 

 

itineraire-baroque-perigord-festival-tom-koopman-201511h – Saint-Sulpice de Mareuil. Dans la petite église hors des temps de Saint-Sulpice de Mareuil et sous un titre bien alambiqué, c’est l’Italie qui s’invitait dans le roman Français. Malgré un choix de pièces équilibré et intéressant qui mêla Vivaldi, Lanzetti et Domenico Scarlatti, le programme tomba un peu à plat.  Malgré une technique profondément judicieuse, la justesse du violoncelle de Werner Matzke n’a pas été à la hauteur des sonates de Vivaldi et de Lanzetti, nous avons été déçus par une rigueur exagérée. Au clavecin Seugnmin Lee a été techniquement irréprochable mais sans véritable intensité dans l’interprétation. Hélas, c’est souvent le jeu d’un itinéraire, de la variété mais aussi des risques.

Expressivité mélodique et virtuosité italiennes
Sonates de Vivaldi, Domenico Scarlatti et Lanzetti
Werner Matzke – violoncelle
Seugnmin Lee – clavecin

 

 

 

itineraire-baroque-perigord-festival-tom-koopman-201512h15 – Saint-Martin de Champeaux. Il est parfois dans une promenade musicale des instants magiques. C’est dans la charmante église de Saint-Martin de Champeaux que l’Italie déploya toute la chaleur et la beauté de sa musique sous les doigts habiles de deux interprètes d’exception. Le principe même de mettre en miroir les Bach n’est pas nouveau, mais dans ce contexte, ce concert nous révèle facilement que chez les Bach le génie est héréditaire. Patrizia Marisaldi est extraordinaire au clavecin. Son jeu est ponctué d’ornements justes et raffinés, la subtilité se dégage sans cesse. Alberto Rasi attaque ces partitions redoutables avec finesse et nous propose une interprétation mêlant émotion et virtuosité. A la sortie, le soleil nous attendait, appelé sans doute par l’Italie florissante révélée par les deux Bach, amoureux de la belle méditerranéenne.

Bach père et fils
Musique pour viole de gambe et clavecin de Johann Sebastian et Carl Philip Emmanuel Bach

Patrizia Marisaldi – clavecin
Alberto Rasi – viole de gambe

 

 

 

itineraire-baroque-perigord-festival-tom-koopman-201515h -  Saint-Pierre de Vieux Mareuil. Dans les murs solides de l’église fortifiée de Vieux Mareuil, c’est le tour d’un tout jeune et enthousiasmant ensemble l’ARCO SONORO. Traitant le programme comme une petite introduction à la sonate, dans un sens dramatique, ce concert est une sorte de « Teatrum mundi » qui déroule ses nuances et subtilités.  Que ce soit par la précision absolu et la richesse du timbre de l’hautbois de Yongcheon Shin ou les belles nuances du violon de Francesco Bergamin et du continuo, on a retrouvé à la fois la virtuosité de Vivaldi, la puissance de Platti et le théâtre de Händel. D’ailleurs nous saluons l’excellente idée de mettre Platti en miroir de Vivaldi et de Händel, ça permet toujours de nuancer le classement arbitraire des génies. Nous espérons très vite voir cet ARCO SONORO couvrir de leurs programmes les routes des festivals de France !

La Sonate en trio théâtrale
Musique de chambre dans le style italien

Sonates de Vivaldi, Platti et Händel

ARCO SONORO

Yongcheon Shin – hautbois baroque
Francesco Bergamin – violon baroque
Bob Smith – violoncelle baroque
Edoardo Valorz – clavecin

 

 

 

itineraire-baroque-perigord-festival-tom-koopman-201516h15 – Rossignol. Petite église nichée sur les champs de tournesols, comme un phare de pierre au dessus des collines boisées, dominant de son clocher une commune au nom éloquent. L’humidité rogne ses entrailles, mêlant à la fois la mousse et les images pieuses. Au cœur de l’autel, le baryton (plutôt un ténor grave) Jasper Schweppe nous offrait magnifiquement ces pièces empreintes de foi et d’humanité. Tant par la couleur que par l’intensité cet interprète a réussi à nous emporter loin de la réalité, hors des temps. A l’orgue, Gerard de Wit a notamment été formidable dans la pastorale de Zipoli, offrant une petite pause au génie Allemand. En sortant de ce concert, le soleil d’après-midi dorait encore l’arc céleste, la nuit était encore bien loin, malgré tout le Rossignol chanta.

Ich habe genug

Airs pour voix et orgue de Zipoli, Hollanders, Rosenmüller et Bach

Jasper Schweppe – baryton
Gerard de Wit – orgue

 

 

 

itineraire-baroque-perigord-festival-tom-koopman-201517h30 – Château de Beaulieu. Il est parfois de concerts qui achèvent en extase une journée musicale. Au cœur des champs entre futaies et forêts, le Château de Beaulieu s’élève dans la pierre blanche et la vigne vierge, au sein de ses salons d’apparat tapissés de marbre bicolore et des meubles précieux, nous avons été charmés par un programme très bien conçu et varié. Alliant à la fois des pièces des sublimes opus de Sylvius Leopold Weiss et des airs humoristiques et touchants des meilleurs compositeurs du genre, dont certains tels Kremberg ou Rathgeber n’ont jamais été joués auparavant. Nous remarquons notamment le splendide «  Toutes sortes de nez » de Rathgeber et « Die kunst des küssens » de Hammerschmidt notablement chantés par Bettina Pahn, vivante et dramatique, au chant précis et au timbre caressant. Le jeu de Joachim Held a été un voyage agréable dans les émotions des airs et la contemplation profonde des pièces de Weiss.

L’itinéraire s’achèva en mille dorures et un caléidoscope d’émotions. Le principe du festival Itinéraire baroque était résumé dans ce dernier récital, de l’humour, de la contemplation, de la fraicheur et surtout l’esprit convivial d’une réunion de famille au cœur de la musique.

Recueil de Musique de Table
Arias pour luth et voix du baroque Allemand

Telemann, Weiss, Kremberg, Rathgeber, Hammerschmidt

Bettina Pahn – soprano
Joachim Held – luth

 

 

 

itineraire-baroque-perigord-festival-tom-koopman-2015Dimanche 2 août 2015 – Eglise de Saint-Astier. L’énergie solaire… Tout au sud, vers la Dordogne, Saint-Astier plante sa pierre blanche sur des coteaux boisés.  Dans une église aux imposantes nefs, c’est notre hôte Ton Koopman qui nous reçoit pour un concert jubilatoire qui unit les quasi jumeaux Bach et Händel. En effet, nés à quelques semaines et quelques kilomètres d’écart, Bach et Händel ont souvent été opposés alors que de leur vivant ils s’admiraient et respectaient mutuellement. Nous laissons aux esprits de la cabale et à d’autres les suppositions d’une rivalité jamais prouvée. Rarement en France pour un grand concert, l’Amsterdam Baroque Orchestra s’illustre depuis des décennies dans l’interprétation de Bach qui est l’épicentre du projet artistique de cette formation. Néanmoins, Ton Koopman a lancé le chantier titanesque et réussi de l’intégrale formidable de Buxtehude et, l’on espère un jour, une intégrale des oratorii de Händel.

Pour certains, il faut choisir entre Händel ou Bach. Koopman toujours plus enclin à explorer Bach nous a ravit par le choix dans ce concert d’interpréter Händel avec son orchestre.

En effet, dès la première note de la Suite III de Bach on remarque une formidable énergie, un souffle fondateur qui déroule une myriade de couleurs. L’enthousiasme de la direction de Ton Koopman est un moteur incontestable pour la justesse, la brillance des timbres et la puissance des pupitres. C’est une très belle surprise et nous soulage par ce parti pris, enfin on peut entendre un chef qui engage son orchestre dans la joie de vivre et l’éclat. Sans aucun « bling bling », Ton Koopman sait nuancer dans tous les mouvements, ses phalanges sont très bien conduites par Catherine Manson et possède un ensemble de cuivres d’une justesse renversante.  Pour les airs des cantates et les extraits de Samson, c’est le jeune ténor Allemand Tilman Lichdi qui a su faire entendre les différences et les rapprochements entre Bach et Händel, mais aussi toute la puissance du recueillement et du drame de ces deux monstres sacrés du baroque.

En définitive, Ton Koopman et son Amsterdam Baroque Orchestra possèdent une flamme particulière qui éclaire les plus belles surprises des partitions. Ces artistes ont compris qu’on ne fait pas de la musique qu’avec des soupirs, ils convertissent par la lumière. L’Amsterdam Baroque Orchestra et Ton Koopman ont su dévoiler le soleil là où l’on ne songeait qu’à la nuit.

L’itinéraire baroque s’achève. Avec le retour vers la ville, en traversant les champs à toute allure, c’est le sentiment d’avoir quitté une maison familiale qui demeure. Comme les exilés des études, on espère le retour de l’été au cœur des sous-bois et des pierres anciennes pour partager avec Ton Koopman et son équipe, un nouveau festin musical.

BACH VS HÄNDEL

Johann Sebastian Bach
Suite III BWV 1068

Arias des cantates BWV 62, 117 et 19
Georg-Friedrich Händel

Extraits de Samson
Music for the Royal Fireworks HWV 351

Tilman Lichdi – ténor
AMSTERDAM BAROQUE ORCHESTRA
Dir. Ton Koopman

 

 

 

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